A M. LE MARQUIS DE LA FERTÉ-SENNETERRE
[Paris,] '1 janvier 16M.
Monsieur,
Je n'ay pas besoin de recevoir des preuves de vostrc affection pour me persuader que vous en avez pour ce qui me touche; de cela je n'en suis que trop asseuré. J'ay seulement à vous supplier d'escrire à \I. le colonel Ralilly qu'il tienne la main à empescher les Bénédictins de Lorraine de me venir troubler en la jouissance du prieuré de Ghastenois1, en laquelle j'ay esté confirmé par arrest du Conseil du Roy, et de faire en sorte que ceux qui y sont maintenant, entre lesquels est un nommé Rupert Cailher, en sortent, puisque le bénéfice est simple et non pas conventuel.
Je vous prieray aussy de vouloir interposer vostre authorité2 en ce que M. l'abbé de Bourlemont vous donnera à entendre estre juste, raisonnable et nécessaire pour l'abbaye de Saint-Avaux 3, qui m'appartient.
Je croy vous en avoir assez dit, me reposant du reste sur la bonne volonté que je sçay que vous avez pour moy, puisque je suis plus que personne du monde, etc.
1 Ghaslenois ou Châtenois (en allemand dans les départements des Vosges, du Jura
Kestenholz) est un village du département et de la Haute-Saône, du Haut-Pdiin, arrondissement de Belforl. 2 La Ferté-Sennelcrre était gouverneur
Il y avait autrefois un prieuré soumis à la de Lorraine.
règle de Saint-Augustin. — Il existe un autre 3 11 faudrait lire probablement Saintvillage de Châtenois dans le département du Avold. Cette petite ville de la Lorraine ai- Bas Kbin , arrondissement de Schelestadt. — lemande (auj. départ, de la Moselle) avait Enfin on trouve des villages du même nom une célèbre abbaye de Bénédictins réformés.
Janvier i6'i&. CCCLXXXVH.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, lom. I, f* i5i verso.
A M. LE COMTE DE HARCOURT
[Paris,] 8 janvier iGhlt.
Monsieur,
Je vous suis très-obligé de la part que vous prenez, pour l'amour de moy, en la perte de M. le mareschal de Guebriant, dont j ay particulièrement aymé la personne et estimé le mérite. Puisque vous jugez que vos offices seront désormais inutiles pour la pacification de l'Angleterre, la Reyne a donné les mains pour vostre retour, et vous en recevrez la permission dans les depesches de M. de Brienne. 11 reste seulement que, après que les derniers eflorts que vous fairez pour cette pacification n'auront rien produit, comme il n'y a pas lieu de s'en rien promettre, vous travailliez puissamment à la deslivrance de M. le mylord Montaigu.
C'est un poinct qu'il faut absolument taseber d'emporter, et de procurer cette satisfaction à la Reyne, qui la désire avec passion. Je ne vous parle point de l'interest que j'y prends, puisque vous ne l'ignorez pas. et que je ne sçaurois rien ajouster à ce que je vous en ay desjà escrit, non plus qu'aux asseurances que je vous ay données, et que je vous donne encore icy, d'estre toute ma vie et plus que personne, etc.
Vous rnesnagerez tellement les offices que vous fairez pour M. le mylord Montaigu, qu'il ne s'y passe rien contre la dignité ni contre le service du Roy.
Outre la subvention qui vous a esté envoyée il \ a quelque temps, vous en recevrez encore une autre.
Je vous supplie, si vous pouvez recouvrer quelques livres rares ou des manuscrits excellens, de les porter à vostre retour.
Janvier i6A4,
GCCLXXXVIII.
Manusc. de la Bihliolli. Mazarine, n° 1719, tom. I , f° a 45 verso.
A M. VERT'
[Paris,] 8 janvier iC'i'i.
Monsieur,
Jay veu, par vos lettres des 2/1 et 26 décembre, l'establissement que vous avez faict, dans le quartier de Romans, du prix auquel les habitans fourniront les denrées, en sorte qu'il restera par jour à chaque soldat un sol et six deniers, qu'il faudra employer à leur acheter des souliers et à s'accommoder. J'escris au sieur Talon ce que vous me mandez du commissaire Rozet, affîn qu'il le vérifie et y mette ordre. Si vous n'estes desjà parti pour la Provence, je ne vois pas qu'il soit à propos que vous abandonniez le quartier de Dauphiné, à cause des soldats qui pourront arriver tous les jours du Piedmont. Vous pourriez y envoyer quelqu'un, affin de résoudre toutes choses avec M. le comte d'Alais, suivant les ordres qui vous ont esté remis pour luy à vostre despart; aussy bien le desbarquement de ceux qui viendront par mer est trop incertain pour l'attendre sur les lieux.
J'ay faict desjà tenir quinze cens livres au sieur Benêt, à Montbart. Je luy ay mandé que j'entendois qu'il ne fust rien deu aux soldats jusques à la fin de l'année dernière, et qu'il tinst bon compte de l'employ de cet argent.
Je vous envoyé présentement une lettre de change de trois mille livres, m'asseurant que vous prendrez soin de la mesnager autant qu'il sera possible. Je vous adresse ci-joinctes les lettres que vous m'avez demandées pour les deux lieutenans qui sont au quartier. Je persiste tousjours dans ce que je vous ay mandé que, lorsque vous aurez un corps considérable de trois à quatre cens hommes, vous le fassiez venir
1 Commissaire des guerres, chargé spécialement du recrutement des régiments italiens que Mazarin faisait lever.
à Montbart, et que vous-mesmc les conduisiez, affin que toules choses Janvien644. se passent mieux dans la route et à leur arrivée dans ledict quartier, laissant pourtant de si bons ordres audict Romans, que, s'il y arrive des soldats du Piedmont, ou de Provence, en vostre absence, toutes choses se passent comme si vous y estiez. Selon les advis que vous aurez, de M. Talon, du temps qu'il fera passer les levées, vous pourrez prendre le vostre pour faire une course en Provence, pour y establir, soubs les ordres de M. le comte d'Alais, le quartier de desbarquement, nonobstant ce que je vous mande cy-dessus, dont je me remets à ce que vous estimerez plus à propos, etc.
CCCLXXX1X.
Manuse. delà Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I. f' 1 5 1 verso.
A M. bE LA THUILLERIE.
[ Paris,] 9 janvii r 1 <\!i '1.
Monsieur,
.le vous envoyé un duplicata de la lettre que j'escris à M. le duc de iNeubourg1. Vous en verrez le sujet, affin que vous travailliez sur les mesmes fondemens et que vous y ajoustiez ce qui vous viendra dans l'esprit pour la fin pour laquelle je luy escris. Ce n'est pas que je croye que ce prince se porte jusqu'où nous voudrions qu'il allas! ; mais ce ne sera pas peu si nous le pouvons maintenir dans la mauvaise humeur où il tesinoignc estre contre l'Empereur, quand ce ne seroit que pour traverser les desseins qu'il a dans la Westphalie3 el pour luy estre une espine au pied. Vous pourrez conférer de tout cela avec MM. les plénipotentiaires.
Pour ce qui regarde vos interests particuliers, dont M. d'Avaux a pris la peine de m'escrire, je vous diray, en gênerai, qu'il n'y a per-
1 Voyez ci-après, p. 54a-544. s'agissait d'organiser une ligne dans la
' On a vu plus haut (p. 3a8 et S34 ) gu'il Weslnhalie.
Janvim Hi'i',. sonne à qui ils puissent estre plus chers qu'à mov. ni qui mette à plus liaul prix vostre mérite et les services que vous rendez depuis tanl d'années. Je vous diray, en outre, sur le sujet de la lettre dudit sieur (I A vaux, dont je vous a\ l'ait mention, que, si vous vous résolvez de continuer à servir au lieu où vous estes, et que pour cela vous desiriez quelque cliose pouf le faire avec plus de satisfaction, vous n'avez qu'à vous expliquer franchement et à me faire sçavoir vos intentions, qui, ne pouvant estre que fort raisonnables, ne peuvent aussy manquer d'avoir les succès que vous prétendrez. J'y'lcontribueray avec joye tout ce qui despendra de moy, puisque j'ay une forte passion de vous donner des preuves effectives de l'estime que je fais de vostre personne.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" i5i verso.