A DOIV FRANCISCO DE MELOS
[Paris,] 21 janvier 16 4 fi.
Monsieur,
M. le cardinal de Grimaldi m'ayant tesmoigné le désir de Voslie Excellence pour la liberté des prisonniers de guerre de part et d'autre, j ay concouru d'abord de tout mon cœur à ce bon œuvre, compatissant extresmement aux misères qu'ils soutirent, et dès que le sieur Du Plessis-Besançon1, qui a esté cy-devant chargé de cette affaire, a esté de retour de son voyage d'Allemagne2, je me suis employé auprès de
de La Grave, de ChastiUon, Chermans, Villeneuf , Linières , Rousles , Pressac , Forgues , et depputé pour agir avec ledict sieur de Chasteaucouvert, le sieur de Gouvrelles, qui est de la religion prétendue reformée et beaucoup considéré parmi ceux qui en font profession, -n — On verra plus loin la suite de ces agitations, qui avaient eu pour principale cause la levée des impôts.
1 La lettre royale contenant les instructions donne à Du Plessis-Besançon le titre de sergent (Je balai/le es années du lïoy.
' Du Plessis-Besançon avait été chargé d'une mission près du duc de Lorraine, que Mazarin aurait voulu détacher du parti des ennemis de la France.
Les instructions qui lui furent données pour l'échange des prisonniers se trouvent dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale (Fr. /n 69, fol. 81 r°-83v°).
La première partie de l'instruction esl remplie de plaintes sur ce que les traites antérieurs n'ont pas été exécutés. Puis on ajoute : -'Ledict s' Du Plessis estant si bien
DU CARDINAL MAZAR1N. 551
la Revue pour luy faire donner les ordres d'en reprendre la nego- Ja ciation; mais, pour surmonter plus aysement toutes les difficultés et mesme pouvoir représenter l'inexécution des choses accordées et conduire le tout à bonne fin, j'ay estimé qu'on travailleroit plus utilement d'aller à la source que de négocier par lettres. C'est pourquoy ledit sieur Du Plessis part d'icy avec tous les pouvoirs et instructions nécessaires, tellement que, l'ayant charge de tesnioigner à Vostre Excellence l'estime singulière que j'ay tousjours faicte de sa personne, je me reinettray à ce qu'il luy en dira, et demeure ce pendant, etc.
informé fie ce qui s'est faiet ey-devant pour In rançon el l'eschange de chaque prisonnier en particulier, que l'on sçait n'estre pas nécessaire de luy en rien specitfier, Leurs Majestés se remeltenl à sa prudence et adresse accoustumée de mesnager toutes ces choses en sorte quElles en reçoivent contentement. El parce que ledict gouverneur des Pays-Bas el ceux qui ont traicte' avec ledict sieur Du Plessis et luy ont plusieurs fois, depuis sou retour de Flandre, lesmoigné qu'ils seraient Itien ayses de nioyenner l'establissement d'un quartier3 gênerai entre les armées des deux Couronnes pour la deslivrance de; prisonniers de guerre qui pourraient estre faicls de part et d'antre, l'intention de Leurs Majestés est qu° ledict sieur Du Plessis presdudict gouverneur des Pays-Bas s'il si dans la résolution de traitter et conclure
l'establissement dudict quartier gênerai, 'el s'il en a le pouvoir dudict Roy Catholique. et à quelles conditions, sans en excepter aucun prisonnier qui serait faict, par terre ou par mer, du coslé de France. d'Espagne, Italie, Allemagne, Pays-Bas, et en quelque lieu, rencontre et occasion que ce puisse estre, où les armées et troupes des deux Couronnes se pourraient trouver opposées, pour, après avoir sceu dans quels sentimens est ledict don Francisco de Melos sur ce suhject, en donner advis à Sa Majesté el luy envoyer un mémoire bien exact, où toutes les conditions qu'il pourrait prétendu et auxquelles Ton se pourrait arrester, à l'exemple de ce qui s'est faict cy-devanl en pareilles occasions, soient specifliées , el qu< Sa Majesté en puisse renvoyer la résolution.»
«Le mot quartier signifie le traitement qu'on promet à des troupes qui se rendent, qui mettent les armer onditio, compoxitin). Celle façon de parier vient de ce que les Ilollandois et les Espagnols étoient autrefois convenus que la rançon d'un officier <>u d'un soldat se payerait d'an quartier de sa paye.» ( Dictionnaire d« Kuretière.)
Jam ier i 644.
CCCXC) I.
Manusc. de la Bibliotb. Mazarine, n" 1719, tom. I, f" i5i recto
A M DE SAJNT-CHAMONT \
\ un iss \ nun poon s» majesté PBBfl sa sunteïé.
[ Paris,] 2a janvier i 644.
Monsieur,
Pour response à la vostrc du 5 de ce mois, je vous diray que j'estime (jiie vous aurez maintenant receu vos passe-ports, M. le cardinal Bichi ayant par deux fois escrit qui! les devoit bientost envoyer. On a aussy avis de Lyon de la réception des depesches de M. de Brienne, de sorte que vous voilà en estât d'aller où vous estes attendu avec tant de raison, et où je ne doute point que vous ne confirmiez par vostre conduite la réputation que vos emplois precedens ont acquise. et ne contentiez l'attente de ceux de qui vous estes désiré.
Pour les interests que vous avez icy, vous en devez estre [tranquille] et vous asseurer que je les porteray avec la mesme affection et le mesme soin que les miens propres; vous le connoistrez par les eflects, auxquels je m'en remets. Vous recevrez satisfaction pour la pension que vous avez.
M. le commandeur Des Goûtes a une affaire à Rome, en laquelle il a besoin de l'authorité du Roy pour en appuyer le bon droit; je vous conjure de l'y servir efficacement, comme un homme que la Reyne considère, et les interests duquel, vu les services qu'il a rendus et qu'il doit rendre, méritent qu'on en prenne soin. Outre cette considération, je vous diray que je prendray part à ce que vous fairez pour luy.
' Mile de Saint- Ghamont avait rem- vici XIII lemjpora, lanlisper administer replacé dans l'ambassade de Home le marquis gni fuerat, dein foris legationis in Germade Fontenay-Mareuil. La Barde (De rébus niam specie dimissus. » Gallicis, lib. II, p. 112) en parle dans les On voit, par celte lettre, que l'ambassalermes suivants : trMelchior Miles, San-Cha- deur était encore en France, attendant les mondas marcbio, Romœ legalus erat, vir passe-ports qu'on devait lui envoyer de génère ac dignilate clarus, qui, per Ludo- Rome pour qu'il pût se rendre à son poste.
Je croy que vous trouverez à Marseille trois balles de celles que je Janvier 16/iù vous ay prié de porter, et le sieur Senamy a ordre d'y faire tenir les autres. Je finis avec la véritable protestation que personne ne sera jamais plus que moy, etc.
CCCXCVII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. tom. I, f° 2^8 verso.