‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 198 sur 335 · A MM. LES ESTATS GENERAUX DES PROVINCES-INIES · texte numérisé non relu

A MM. LES ESTATS GENERAUX DES PROVINCES-INIES

[Paris,] 3o janvier i64i.

Messieurs,

Je suis marry que je n'aye peu vous procurer la satisfaction que vous tesm oignez désirer pour les vaisseaux qui ont esté pris par ceux du Roy sur quelques-uns de vos sujets. Je vous puis asseurer que, l'affaire ayant esté mise en délibération au Conseil de Sa Majesté, on a cherché toute sorte de couleurs pour faire paroistre innocente la conduite de ceux qu'on vouloit gratiffier en vostre faveur. Mais, toutes choses examinées, la faute s'est trouvée si manifeste, et la conséquence, si elle demeure impunie, a esté jugée si dangereuse, non-seulement pour cet Estât, mais encore pour vostre Republique, qu'on a creu que d'en faire exemple c'estoit suivre vos intentions ; que , estant bien informés du fait, vous auriez opiné comme nous et eussiez esté les premiers à exiger la réparation d'un dommage qui, nous estant causé directement, tombe indirectement sur vous autres.

En effet, si la licence que prennent quelques-uns de vos sujets, contre vostre approbation, de servir à l'ennemy commun en plusieurs choses importantes n'est arrestée par quelque peine, vous et nous en sentirons à l'avenir de très-dommageables effets, comme nous avons fait jusques icy.

Quant à l'affaire dont il est maintenant question, ceux qui vous en ont desguisé la vérité [ne] pouvoient faire pis contre nous que de traisner la soldatesque des Espagnols avec leurs vaisseaux. Que s'ils disent que c'a esté contre leur gré, et qu'ils y ont esté forcés, qui ne voit que cette force est volontaire, non-seulement en ce que, prévoyant de pouvoir estre forcés, ils s'y sont exposés de leur bon gré, mais en ce que le tout s'est fait par un marché préalable et au plus haut prix d'argent

dont ils ont peu convenir? Ce qui monstre clairement qu'ils l'ont bien JanvienôM. voulu, puisque, estant portés à l'entreprendre par le désir du gain, ils en ont esté bien ayses.

J'estime que vous demeurerez satisfaits de ces raisons, et que vous ne trouverez rien à dire à un jugement qui n offense point l'alliance commune, ni mesme n'altère rien de la bonne volonté que la Reyne a pour vostre Republique. Que si, nonobstant cela, je voyois quelque jour à obtenir grâce aux coupables (ce qui, à mon avis, sera fort difficile et qu'apparemment vous ne désirerez point), je vous promets que je m'y employeray pour l'amour de vous et avec cette passion avec laquelle je suis, etc.

CDI.

Mamisc. de la lîihlioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° a&g recto.

A M. Dl! PLESSIS-BESANÇOiN l.

[Paris,] 3o janvier i644.

Monsieur,

Je ne vous fais ces trois lignes, profitant de l'occasion de l'ordinaire . que pour vous renouveler la prière, que je vous fis à vostre despari . de ne rien obmettre pour terminer l'affaire de la rançon du sieur Jcannetin Doria. Vous sçavez à qui il a tenu jusques icy qu il ne soit desjà en liberté, et. quelque chose que vous résolviez touchant les autres, Sa Majesté n'est pas résolue de rien changer, pour ledit sieur Jcannetin, à ce qui a esté concerté dès le commencement. A quoy elle se promel que vous apporterez tous vos soings. Ce pendant, je demeure, etc.

1 Voyez |)lu> liant, j>. 55o, note 2. les et, p. 553, la lettre où Mazarin parie de

instructions données à Du Plessis-Besanron . Jcannetin Doria.

Janvier iti'i'i.

CDU.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719- tom. [,r" 1 56 verso.

A M. LE DUC DESPERNON.

[Paris,] 3i janvier i646.

onsieur.

Je vousdiray, pour response à vostre dernière, que. l'affaire du sieur d'Ortan ayant esté proposée au Conseil, M. le Prince a esté un de ceux qui ont le plus fortement opiné contre les excès que commettent les gens de guerre. Il a, à la vérité, jugé à propos que, quand vous seriez obligé d'en chastier quelques-uns, vous y appelassiez l'intendant de la province, affïn que le chastiment en fust plus régulier et dans l'ordre. En un mot, vous vous souviendrez, s'il vous plaist, de ce que je vous aydesjà escrit, que l'intention de Sa Majesté est de faciliter aux peuples tous les moyens possibles de payer ce que la nécessité des affaires oblige d'exiger d'eux: elle entend, par conséquent, qu'on en destourne toutes les violences et les exactions indeues des gens de guerre, qui les incommodent quelquefois plus que la taille et la subsistance1.

M. Quartier vous devant escrire exactement ce qui regarde vos interests particuliers, je me contenteray de vous dire en gros que je n'av point eu de peine à vous faire accorder par la Reyne l'une de vos prétentions, et qu'elle s'y est portée avec toute la bonne grâce et tout le sentiment d'estime et d'affection que vous pouviez désirer.

Pour les autres affaires, à cause qu'il y a quelque chose à esclaircir, elle n'attend que d'en recevoir plus de lumière ou de terminer cela à vostre retour à la Cour. Quoy qu'il en soit, vous devez croire, Monsieur, que je n'espargneray ni mes soins ni mes offices pour vous tesmoigner en cette occasion, et en toutes les autres où il s'agira de vos interests, que personne ne sera jamais plus que moy, etc.

' Le mot subsistance indique ici les vivres et le logement que les populations devaient fournir aux troupes.

DU CARDINAL MAZAR1Y 559

" Janvier 1 (i'i 'i.

CDIII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. f, f i54 verso.

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