CDX
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. loin. I, f" 2 5o recto.
A M. LE COMTE D'ALAIS
[Paris,] 5 février i66'i.
Monsieur,
Sur les advis que nous venons de recevoir que le roy d'Espagne doibt sortir luy-mesme en campagne bien plus tost qu'on n'avoit creu '.
derbollius nihilo secius easdem partes se- réchai de La Mothe est spécifié fol. 338 v° :
qui, quibus Ludovicus favebat, cujns opi- rrje vous diray que, comme dès lors que le
bus adjutus arcem porro tenere, et, si vis sieur de Bernoville a proposé, par deçà, de
adessel, defensare decreverat. » \oslre part, de faire quoique entreprise en
' On trouve, dans un manuscrit de la Bi- Catalogne, il a dit que vous vous contenle-
bliothèque impériale (Fr. ^170, fol. 337- riez de si\ \aisseaux, dix galères et quatre
33g). une instruction, en date du 7 février bruslols pour l'attaque de Tarragone". Ce
Hi'1'1. adressée au maréchal de La Molbe, qui a esté confirmé à mon cousin le cardi-
sur les opérations de la campagne qui devait nal Ma/arini par le sieur de La Vallée, en
bientôt s'ouvrir. Le siège de Boses est re- présence des sieurs de Noyers, evesque de
gardé comme présentanl le plus d'avantages. Bennes, vostre frère, et d'Argenson, assem-
Le renfort de rauseaiu réclamé par le ma- blés pour les affaires de Catalogne."
' I,'' maréchal avait indiqué quatre p'iirrs qui pourraient être attaquées. Le gouvernement préféra le siège
■ I'' Roi
LETTKKS
i.MiitM i6'i/i. puisqu'il laict estât d'estre en Aragon dès ce mois-cy avec une armée qu'il faicl de grands efforts pour rendre considérable, la Reyne, pensant à Ions les moyens de luy résister puissamment et n'estre pas prise au depourveu, a estimé que, en attendant les recreues de nos troupes, (|iii ne sçauroient estre s\,tost prestes, vostre régiment pourra aller servir trois ou quatre mois en Catalogne, pour retourner après l'arrivée desdictes recreues; et que vous avez assez de zèle à son service et de crédit dans la province pour donner de si bons ordres, que ledict régiment desbarque au moins mille hommes effectifs. Et bien que, aux choses que Sa Majesté désire de vostre affection, tout ce que je sçaurois y adjouster soit inutile, j'ay voulu neantmoins accompagner ses ordres de ces lignes, pour vous tesmoigner que l'occasion de ce service est très-importante, et que Sa Majesté aura aussy un ressentiment tout particulier des soins qu'elle se promet que vous y apporterez. Ce pendant, je vous prie de croire tousjours, etc.
CDXI.
Manusc. de la Biblioth. Mazaiïne, n° 1719. loin. I, f° 2 5o recto et verso.
A M. VERT'
Paris,] 5 février 16 M.
Monsieur
Je veux croire que vostre promenade de Languedoc sera finie, et que, vostre présence estant si nécessaire au quartier, vous y serez du
1 Ce commissaire des guerres était spécialement chargé des recrues pour les régiments de Mazarin. Le cardinal avait obtenu . par lettres patentes du 20 janvier 1 6 h h , une nomination de capitaine d'hommes d'armes. (Voyez les provisions accordées au cardinal Mazarin, dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale, Fr. 6169, fol. 289-2/10.)
Parmi les considérants, on fait dire au Roi : rr Sçachant bien que nous ne pouvons choisir pour cela une personne de qui la qualité soit plus relevée, ny qui remplisse plus dignement la charge de capitaine d'une compagnie de cent hommes d'armes de nos ordonnances que nostre très -cher et fcrèsamé cousin , le cardinal Mazarini . » etc.
moins à l'arrivée de cette lettre. Aussytost que vous l'aurez receue, Février 16M j'entends que vous fassiez partir pour Montbart ce qui se trouve d'effectif à Romans, suivant les routes que vous en avez entre les mains. Mon intention est aussy que la paye des monstres coure aux soldats dès le jour qu'ils seront entrés dans le quartier de Romans; et, pour vous donner moyen d'y satisfaire, outre ce que vous emportastes d'icy, je vous ay faict tenir une lettre de change de trois mille livres pour Lyon. H faudra donner ordre à Lyon pour la fourniture des armes, afin que les soldats les puissent prendre à leur passage.
GDXII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. tom. I. f° i5y recto.
A M. DE LA THL1LLERIE.
i Paris,] 5 février iti'-i.'i.
M. de Marsin s'en allant en Allemagne pour le service du Roy1, il a charge de conférer avec vous du sujet de son voyage, et de prendre là-dessus vos avis, qui ne pourront estre que très-sains, venant d'une personne fort intelligente et bien intentionnée. C'est an chevalier qui vaut beaucoup et que la Reyne estime et affectionne.
J'aurois tort de vous dire, après cela, pour vous le faire considérer davantage, qu'il est mon amy, et que son mérite et l'estime que j'en fais m'ont rendu ses interests aussy chers qu'ils le puissent estre. Vous ajousterez, s'il vous plaist, créance aux choses qu'il vous dira, et surtout quand il vous asseurera de ma part, comme je l'en ay prié, que je suis. etc.
■ Sur la mission donnée à Marsin de . «les lellres du Roi à M. de La Thuillerie el
faire des levées dans les pays de Liège. à MM. d'Avaux et Servien , plénipotentiaires
Glèves el Juliers, voyez plus haut, p. 53o. de la France au congrès de Munster, pour
On trouve, dan.-, un manuscrit de la Bibljo- qu'ils aient à seconder Marsin dans la mis-
tbèque impériale (Fr. '1170. fol.3oet33\ sion donl il csl chargé.
Février i li'i 'i.
CDXIII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. I, f° 157 verso.
A MADAME LA LANDGRAVE DE HESSE
[Paris,] 5 février 1666.
Madame,
M. de Marsin s'en allant en Allemagne et ayant charge de voir Vostre Altesse, j'ay pris cette occasion pour l'asseurer que le principal sujet de son voyage a esté les interests et le bien de ses affaires l.
La Reyne, ayant considéré Testât de la conjoncture présente, qui est un peu fascheuse pour Vostre Altesse, luy a aussy voulu despartir des assistances extraordinaires, affîn qu'elle pust non-seulement se maintenir contre les efforts de ses ennemis, mais encore entreprendre sur eux, quand il y aura lieu de le faire. Ledit sieur de Marsin a donc commandement de Sa Majesté de recevoir les avis de Vostre Altesse, de prendre ses ordres et de luy rendre toutes les defferences qu'elle pourra désirer pour la fin pour laquelle on l'envoyé, qui est, comme j'ay desjà dit, le bien particulier de Vostre Altesse, et, par reflexion, celuy du party confédéré.
Au reste, c'est un cavalier plein de mérite et de la conduite duquel je nie promets, Madame, que Vostre Altesse sera extresmement satisfaite. Elle ajoustera donc pleine créance aux choses qu'il luy dira, et surtout quand il l'asseurera, de ma part, que personne ne sera jamais avec plus de vérité et de passion que moy, etc.
1 C'est-à-dire te bien des affaires de la Hanau, veuve du landgrave de Hesse,Guillandgrave de Hesse. laume V. (Voyez l'introduction en tête de
Celte princesse était Amélie-Elisabeth de ce volume.)
Fé> ricr l 6 'l 'i.
GDXIV.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine. n° i 7 1 g . (uni. I. T 1 r>y verso.
A M. DE TRACY
[Paris,] 5 février iG'i'i.
Monsieur,
11 n'y a que fort peu de jours que je vous ay escrit; mais, d'autant que c'estoit fort à la liasle et fort succinctement, je vous diray par celle-cy que, quand je vous ay parlé du bon mesnage qu'il falloit apporter en la dispensation de l'argent du Roy, ce n'estoit pas qu'on doute en aucune façon ny de vostre capacité ny de vostre probité; de cela j'en seray tousjours garant à la Revue, bien que vous n'eu ayez pas besoin. C'estoit seulement pour vous donner à entendre les efforts que nous faisions pour le restablissement de l'armée et pour la mettre en estât de pouvoir agir cette campagne, et affin que cette considération vous donnast moyen de contenir dans les termes de la raison ceux qui pourroient avoir des prétentions exorbitantes, comme il n'y en a tousjours que trop.
On envoyera le fonds à M. de ïurenne, à mesure qu'on le pourra fournir. Tour la disposition, nous laissons à son jugement de la faire, et pour la connoissance qu'il pourra prendre plus certaine, estant sur les lieux et dans les occasions, des besoins auxquels il sera nécessaire de pourvoir.
"Nous avons payé au sieur Hervart les trente-cinq mille escus qu'il avoil fournis durant la vie de M. le mareschal de Guebriant, avec les interests pour le temps qu'on les a gardés, dont il est demeuré content . et vous, par conséquent, deschargé. Il a donné ordre pour remettre à Rasle cinquante mille |>islolIcs en espèces, outre encore trente mille que le sieur Brachet a portées avec soy. Il faudra prendre, sur les trente mille pistolles du sieur Hervarl , cinquante mille livres que M. le mareschal de Turenne a prises à bon compte par avance.
UAZABtX. — I. 7 A
Kévrien64/i, Je vous suis très-obligé dos livres que vous avez pris la peine de me faire recouvrer; ne vous donnez pas la peine de faire relier ceux qui iule seront pas, mais de les faire porter en blanc [en feuilles], afin que je les lasse relier à ma mode. Je seray bien ayse [de voir] le lieutenant-colonel de mon régiment de cavalerie, qui vous doit accompagner à vostre voyage à la Cour. Je luy tesmoigneray que je sçay estimer les personnes de mérite et de service, comme on m'asseure qu'il l'est. J'aura] aussy le soin que je dois du régiment, comme aussy de ccluy d'infanterie, de quoy je vous supplie d'asseurer les olïiciers. Surtout croyez. en vostre particulier, que c'est avec une très-veritable affection que je suis, etc. après m'estre remis de plusieurs autres eboses aux depesebes «le M. Le Tellier.
Gt)XV.
Mauusc. de In Biblioth. Mazaiine, 11° 1719. loin. I. f° 1 58 recto.
A M. DE TURENNE
I Paris,] 5 février vèkh, • L J
Monsieur,
Bien que je vous aye escrit depuis peu deux lettres que vous recevrez en mesme temps, je ne laisseray point de vous dire, par celle-cv. comme le sieur Hervart a donné ordre de vous faire fournir à Basic cinquante mille pistolles en espèces, sur lesquelles neantmoins il luv faudra desduire les cinquante mille livres que vous avez prises de luv à bon compte.
Vous aurez encore receu, à l'arrivée du sieur Brachet, trente autres mille pistolles, de toutes lesquelles sommes, aussy bien que des autres qui vous seront fournies à l'avenir, nous avons trouvé à propos que la disposition vous fust laissée pour les employer aux nécessités de l'armée; de sorte que, sur ces fonds, vous pourrez faire acheter des bleds et pourvoir aux attirails de l'artillerie, donner de l'argent aux gens de
guerre, comme vous le jugerez plus expédient pour le service du Uo\ Février i6flft, et pour le restablissement de ladite armée. Vous pourrez juger par là avec quelle confiance nous traitons avec vous, el quel fondement nous faisons sur vostre conduite.
Vous verrez aussy ce qui se pourra faire pour M. Smitberg, de quoy nous nous remettons à vous, et [désirons] d'apprendre là-dessus vos senlimens. desquels nous ferons tousjours la considération qu'ils méritent.
Si le nom de lieutenant gênerai choque les grands officiers de l'armée, j'estime qu'il n'y aura point d'inconvénient d'y mettre un gênerai d'artillerie, qui est, comme vous sçavez. la seconde charge des armées d'Allemagne, allin qu'ils s'accoustuinent à cette supériorité , qui ne les blessera pas tant, comme ils s'estoient accoustumés à defferer à M. le mareschal de Guebriant avant qu'il eust le caractère de gênerai et de mareschal de Fiance. A ous jugez bien 1 importance de cette charge ei les bons elfects qu'elle peut produire en certaines conjonctures.
Si vous pouviez retirer1 le sieur Kolhas, ce seroit une fort bonne chose, car il est fort bon officier et qui a du crédit; mais j'av peur que, plus on tesmoignera de le désirer, plus on se roidisse à ne le relascher point. Si cela ne se peut, on taschera de le retirer par une autre VQye, dont vous serez avertv.
Pour le nouveau régiment de dragons que vous trouveriez bon qu'on fis! en France2, M. Le Tellier vous en doit escrire, comme de plusieurs autres choses que je remets à ses depesches.
J'auray tousjours M. de Beinave en la considération que méritent ses bonnes qualités et la profession que vous faites d'est re particulièrement son amy. Vous pouvez aussy croire que M. le comte de lîoucx ( vous estant ce qu'il est, et de parenté el d'amitié, outre son mérite,
1 Retirer de prison. (Voyez plus baut, pelé comte de Roye, servait dans l'armée de
l>. .">•».*! ci 534.) Tnrenne en i c, y r> . au moment où ce gé-
J Voyez plus haut, p. 536, note. aérai fui tué. M'"c de Sévigné écrivait, le
' e comte de Roucy, ou Rouci était a8 août i < » y .r> : »On l'emporte [Turenne]
François de La Rochefoucauld, qui avait dans sa tente. Ce fut là où M. de Lorges.
épousé Julienne-Catherine de La Tour, sœur M. de Roye et beaucoup d'autres pensèrent
de I u renne. Le lits du comte de Rouci . ;i|)- mourir de douleur Ses deux véritables
Février 1 64 h. je ne perdray point d'occasion de le servir: de quo\ vous pouvez vous asseurer.
Pour ce (jiii est de M. do Ruvigny, je croy qu'il ne doute pas que je ne l'estime et ne l'ayme, et (|ue je ne luy en rende des preuves, quand je pourray, avec la incsme joye que j'ay l'ait jusques icy; mais, pour luv obtenir la permission d'aller servir auprès de vous en quelque qualité que ce fust, j'estime qu'il seroit impossible. Je ne vous diray point icy les raisons qui s'y opposent, que vous jugeriez très-fortes, et qu'à mon avis vous comprendrez sans que je vous les escrive. Après cela, je vous tiens trop raisonnable pour vouloir exiger de moy une satisfaction que je ne puis vous procurer; et pour y manquer, s'il se pouvoit, je fais trop profession d'estre, comme je le suis, etc.
CDXVI.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. loin. I.f1 108 recto.
A MADAME LA LANDGRAVE DE HESSE
[ Paris,] 6 février i<> '1 h.
Madame,
Je puis asseurer à Vostre Altesse qu'elle fait une action superflue de me recommander ses interests, que nous ne distinguons pas icy de ceux de cette Couronne. Le mesme devoir qui m'oblige à apporter mes soins pour maintenir les uns m'impose l'obligation de contribuer tout ce qui despendra de moy à l'avancement des autres; mais, outre cette considération, de laquelle je ne pourrois me despartir sans eslre mauvais François, je supplie Vostre Altesse de croire que l'estime extraordinaire que j'ay tousjours faite de sa générosité et de sa constance dans le bon party a fait naistre dans mon ame une passion très-particulière de la servir.
neveux [les comtes de Lorges et de RoyeJ pouvez penser. M. de Roye. tout blessé, s'y étoient à cette pompe dans lestât que vous lit porter.')
En quoy je vous diray encore, Madame, que je ne fais que suivre Févrien6/iû ies sentimens de la Reyne, qui ne sçauroient estre plus avantageux qu'ils sont pour la personne de Vostre Altesse. Elle en recevra des preuves considérables en cette conjoncture, dont nous comprenons assez l'importance' et elle jugera, par les levées que Sa Majesté l'ait faire en Liège et ailleurs par M. de Marsin, qui sont tellement destinées pour le service de Vostre Altesse, que, depuis quelles auront joincl son armée, elle y aura le mesme pouvoir sans distinction, soit pour le commandement, soit pour la manière de les faire subsister, que sur le reste de ses troupes. Elle verra encore, par la subvention extraordinaire d'argent qui luy sera faite pour fortiffier son armée, que l'intention de Sa Majesté est quelle ne soit pas seulement en estât de se maintenir contre les efforts de ses ennemis, mais encore de les attaquer, quand il y aura lieu de le faire. Je ne parle pas des autres moyens que Sadite Majesté prépare pour soustenir les affaires d'Allemagne. Elle les apprendra de MM. ses plénipotentiaires, du sieur de Groisic, à qui j'en escris, et du sieur de Potlieme, que j'en ay entretenu, auxquels me remettant, je finiray, après avoir conjuré Vostre Altesse de croire qu'elle ne sera jamais trompée en la confiance qu'elle me fait l'honneur d'avoir en moy, ny en la protestation que je luy fais d'estre toute ma vie el plus que personne du monde, etc.
CDXVn.
M.iiiiisc. de la Biblioth. Mazarine, n" 171c). loin. I. f° i58 verso.
\ M. DE GROISIC.
| Paris, | ii févriei i 6/i 'i.
Monsieur,
Pour response à celle que vous avez pris la peine de m'escrire du
'•» du passé, je vous diray que vous me faites torl de croire que j'aye
besoin il estre excité à protéger les interests de madame la Landgrave;
Février 1 64 4. unis devez croire que je suis pour cela le mesme que vous m'avez laissé, el que je ne me despartiray jamais des asseurances (jue je vous a\ données: que je ne distingue point ce qui la touche de ce qui regarde celle Couronne. Les preuves extraordinaires qu'elle en recevra vous
confirmeront de telle sorte cette vérité, que vous n'aurez jamais sujet d'en douter.
Mais, pour venir au particulier de la conjoncture des affaires d'Allemagne, je vous supplie de croire que nous en considérons assez lestai. el que nous voyons assez que l'esloignement présent des armes suédoises1 et le voisinage de celles de Hatzfeid la rendent un peu fasclieuse pour madame la Landgrave. Mais vous devez croire aussy que nous n'oublierons rien pour luy donner moyen de soustenir tout le faix qui lu y pourroit tomber sur les bras, et que les levées que M. de Màrsin va Caire en Liège et ailleurs ne sont destinées que pour elle, et sur lesquelles, quand elles auront, joinct son armée, elle aura la mesme autorité, sans distinction, soit pour le commandement, soit pour la manière de les faire subsister, que sur le reste de ses troupes. Outre cela, Sa Majesté luy a ordonné une subvention extraordinaire pour les recreues et les autres besoins de son armée, comme vous l'apprendrez de MM. les plénipotentiaires et du sieur Potheme. De sorte que, de cette subvention et du renfort que luv mènera M. de Marsin, il se pourra former un corps considérable, et capable de tenir en escliec toutes les forces des ennemis qui seront de ce costé-là.
Pour ce qui est des avantages que madame la Landgrave pourroit l'étirer, en cas de besoin, de MM. les Eslats, MM. les plénipotentiaires de Sa Majesté ont eu ordre de faire de sa part tous les efforts possibles pour les luy procurer2; ce qui n'empeschera point que nous n'agissions aussy du costé des Suédois, pour les obliger d'envoyer, cette campagne. un corps d'armée sur le Veser. Quoyqu'ils se soyent engagés à une nouvelle guerre3, il y a de l'apparence que, ne l'ayant fait ny par bou-
' Voyez plus haut, p. &91. pour négocier avec les états généraux des
2 On se rappelle que les plénipotentiaires Provinces-Unies. français s'étaient d'abord rendus à la Haye, ; La guerre contre le Danemark.
tadc, ny par désespoir, ils en ont preveu toutes les conséquences, el Février 16 M, qu'ils se sont creus assez puissans pour se maintenir dans leur dernière conqueste, et pour donner assez d'occupation à l'armée de l'Empereur et l'empeschcr de songer [à se porter] ailleurs.
Quant à l'armée du Roy qui doit servir en Allemagne, la despense qu'on l'ait pour la mettre en estât d'y pouvoir agir puissamment est telle, que c'est une espèce de miracle que la France y puisse fournir avec toutes les autres despenses qu'elle est obligée de Faire. J'espère donc que, avec cela et les autres desseins qu'a le Roy el pour lesquels on l'ait tous les préparatifs nécessaires, les affaires du party confédéré se pourront maintenir avec avantage, et que la paix générale se pourra faire avec honneur et avec seureté pour eux.
Je ne vous responds point sur l'impression que l'on vous a voulu donner, que l'on avoit icy quelque pensée que 1 argent que le R<»\ envoyoit à madame la Landgrave estoit mal despensé: nous avons trop de connoissanec de la conduite de cette princesse pour en avoir le moindre soubçon, el nous savons Irop ce que c'est que les frais dune armée et de l'cntretenement d'une guerre, pour croire qu'elle l'aytpeu taire, quand niesme elle en auroit eu la volonté. C'est pourquoy mettezvous l'esprit en repos de ce costé-là, el'empeschez que cela ne vienne aux oreilles de madame la Landgrave; car j'en aurois nu très-sensible desplaisir.
Je remets plusieurs autres choses à MM. les plénipotentiaires el au sieur Potheme '. pour finir el vous asseurer que personne ne sera plus
que ino\ , etc.
1 Ce nom est écrit tantôt Polheme , tantôl représenter la landgrave de Hesse auprès Potheme. C'était le personnage chargé de <!<' la cour de France.
576 LETTRKS
|V\ i ier i (i'i 'i.
CDXVIII.
Maniisc. de In Bibliotb. Mazarine, n° i 7 1 <j . tom. I. I' i">9 verso.
A M. DEYFELD,
GENERAL DE CAVALERIE ILLEMAKDE EN L'ABHÉS DE LA REPl'BLIQCE DE VENISE.
[ Pnris,] 9 février 1 6 '4 '1.
Monsieur,
Gomme j'ay tousjours beaucoup estimé vostre personne, je n'ay pas aussv esté peu touché de vous voir quitter le service de la France. Cela est cause que j'ay receu avec grande joye l'avis qu'on vient de me donner que vous aviez dessein d'y rentrer, en cas que la paix se fist en Italie, et que vous vous faisiez fort de mener cinq mille hommes de guerre sur le Rhin pour servir en l'armée de M. le mareschal de Turenne, ou en tel lieu qu'il plairoit à Sa Majesté. J'escris à M. des Hameaux, afïin qu'il concerte avec vous sous quelles conditions, et que, au plus tost, il nous en donne part, vous asseurant que je tascheray de vous les procurer les plus avantageuses que vous pourrez raisonnablement désirer. Me remettant donc de cela à M. des Hameaux, je vous asseureray que personne ne sera jamais plus que moy, etc.