‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 201 sur 335 · A M. L'EVESQUE D'ORANGE · texte numérisé non relu

A M. L'EVESQUE D'ORANGE

[Paris,] . . . janvier 1 6 6 /î .

Monsieur,

Je vous suis bien obligé des avis que vous me donnez; je vous supplie de continuer et de croire que je les fairay valoir, dans les occasions., selon leur prix. Surtout je suis bien ayse d'apprendre que les Huguenots demeurent dans leur devoir. Ils auroient grand tort de faire autrement, puisque l'intention de la Reyne est de les conserver inviolablement dans tous les droits et avantages où ils estoient à la mort du feu Roy. C'est ce que vous leur devez donner à entendre comme une chose très-infaillible, aussy bien que la passion avec laquelle je suis, etc.

CDVII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I , f° 1 54 verso.

A M. L'ESLECTEUR DE COLOGNE.

[Paris,]. . . janvier 166/1.

S'il est arrivé quelque desordre au duché de Bouillon, au préjudice de la neutralité accordée à ce pays-là, Vostre Altesse doit s'asseurer que c'est contre l'intention et les ordres de Sa Majesté; elle n'a pas neantmoins laissé de les renouveler aux gouverneurs de ses places frontières, pour empescher que cela ne se fasse à l'avenir, et affin que Vostre Altesse connoisse que, du costé de la France, rien ne sera jamais plus religieusement observé que la bonne foy. Ce sont des re-

solutions dans lesquelles je fortiffieray tousjours l'esprit de la Reyne, Février 16M. tant qu'elle me faira l'honneur d'escouter mes conseils, et c'est en quoy je suis certain que non -seulement nos alliés, mais encore nos ennemis, n'auront jamais sujet de se plaindre de sa conduite. Je me souhaite quelque plus importante occasion où les interests de cet Estât et le service de Sa Majesté me permettent de tesmoigner à Vostre Altesse la véritable passion avec laquelle je suis, etc.

CDY1II.

Manusc. de la Biblioth. Mnzarine. n° 1719, loin. I, (° 9./19 verso.

A M. D'AU MONT

[Paris,] 2 lévrier i6hh.

Monsieur,

J'ay appris, par vostre lettre, comme l'approche des armes du Roy commençoit à dissiper les factions qui sembloient se former en Poitou '. La Reyne se promet que vous n'oublierez rien pour rendre redoutable sa puissance aux mal affectionnés, et pour arracher toutes les semences de révolte; à quoy, de ce costé-cy, nous vous fournirons les moyens que vous jugerez les plus convenables. J'attends, pour cet effect, les mémoires que vous me promettez, suivant la connoissance que vous aurez, estant sur les lieux, du mal et des remèdes. Asseurez-vous, ce pendant, que Sa Majesté pense à vous, et qu'on ne sera pas longtemps sans vous tirer de l'employ que vous avez, pour quelque autre qui vous sera plus agréable2. J'y tiendray la main en ce qui despendra de moy, comme estant avec inclination, etc.

' \ oyez plus haut, p. 54g, note 1. Mazarin propose de donner au marquis

1 Voyez plus haut (p. 533) le passage d'Aumont le commandement de la cavalerie de la lettre au maréchal de Turenne où Française.

Févriei i ij'i 'i.

CDIX.

Manusc. do la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I , f " ibf recto.

A M. D'ERLACH1

[Paris,] h février i6/i'i.

Monsieur,

Je vous suis bien fort obligé des plans que vous m'avez envoyés. Je serois bien ayse si, sans vous incommoder, vous pouviez m'envoyer ceux des autres places qui sont dans vostre gouvernement2. Vous pou-

' Cette lettre n'a pas été publiée dans les Mémoires concernant le général d'Erlach.

2 Outre la ville de Brisach (le Vieux Brisach), dont d'Erlach était gouverneur, la France avait encore en Allemagne les villes d'Uberlingen et de Hohenweil : la première, sur les bords du lac de Constance ; la seconde , dans le Wurtemberg. Le vicomte de Courval était gouverneur d' Uberlingen , et Widerholl . de Hohenweil. Comme il sera souvent question de ces deux villes dans la correspondance de Mazarin, je donne ici l'extrait de l'ouvrage de La Barde où il parle du siège de ces places par les Bavarois (lib. II, p. 91) : •rMense januario (i644), Baioari Uberlingam ad Acronium lacum, qua nostri nuper potiti, obsidere cœperant, prœsidiis circumquaque dispositis; at mox oppidum arctius habuere atque oppugnavere. At Corvallius" vicecomes, oppidoprœfectus, egregie propugnare,hostium stationes perlurbare, pellere, mox, ubi propius accessi erant,eo frequentius erumpere, quas incipiebant opéra prohibere, destruere, ubi cuniculos in murum atque aggerem moliebantur, eos adversis cuni-

culis excipere atque irritos reddere, denique magna mûri atque aggeris parte collapsa, impetum bostium inter ruinas ac rudera sustinere ac propulsare; prorsus ab eo propugnatum supra quam dici potest egregie, resque ad vi id. maias (le 1 0 mai) producta ; qua die denique , subveniente nullo , deditionem facere coactus est. Ex hostibus complures eo, cum hyemis, tum nostrorum saspius erumpentium sœvitia, periere.

fr Uberlinga recepta, Baioari frustra Hoentvielem, in Vitembergensi agro, tentavere. Castellum est in prœrupti montis vertice, cui prœfectus erat Viderholtius , homo callidus, magnaque rei militaris scientia. Hostes castella quatuor circum exstruxerant . prohibendo commeatui, nam locum oppugnare difficile videbatur. Quod cum Baioari satis intelligerent , varias prœfecto tulere conditiones , uti Vitembergo duci arcem permitteret; nam, ante baec bella, Vitembergi ducis fuerat, qui mox, Austriacorum armis oppressus, fœderatorum Germaniœ principum partes deserere coactus fuerat, atque tune in Austriacorum erat potestate. At Vi-

Le vicomte de Courval, dont il est souvent question dans la correspondance de Mazarin.

vez desjà commencer de voir, et vous le verrez encore plus clairement Février i644. avec le temps, que nous n'avons rien plus à cœur que les affaires d'Allemagne, comme je vous ay escrit. Asséurez-vous que rien ne sera oublié de ce qui sera nécessaire pour la seureté des places que nous y tenons, et pour donner moyen à l'armée de ne leur tomber pas sur les bras, comme elle a fait l'année passée; mais, quelque dessein qu'on fasse, il ne s'en formera point auquel vous ne concouriez et d'une manière qui vous faira connoistre la confiance qu'on a en vostre fidélité et l'estime qu'on fait de vostre mérite. Je seray tousjours pour cela vostre caution auprès de la Reyne, et ne me satisferay pas peu quand j'auray lieu de vous tesmoigner, par effect, que je suis parfaitement, etc.

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