A MM. DE STRASBOURG
[Paris,] 9 février i644.
Messieurs,
Quand bien mesme la France ne seroit point intéressée au sujet pour lequel le duc Charles vous menace, la considération neantmoins en laquelle elle a tousjours eu vostre Republique l'obligeroil à vous despartir sa protection et son assistance en cette occasion et en toutes les autres qui s'offriront. On donnera ordre à M. le mareschal du
1 Celle lettre a été publiée dans le Recueil de documents . elc.de M. kenlzinjjer. cité plus haut (p. 38o, note 1 ); elle s'y trouve ;> la page 27 1.
3 Les magistrats de Strasbourg B'élaient adressés à Mazarin dès le 19 décembre 1 643 . et avaient imploré le secours de la France contre le duc de Lorraine, qui avait brûlé plusieurs villages dépendanl de Strasbourg
MAMIUV I
cl rançonné des marchands de celle ville. La requête des magistrats de Strasbourg a été publiée par M. Kenlzinger (Iiccueil de documents lires des archives de la ville de Strasbourg, p. 368-969). C'est à celte lettre que répond Mazarin. M. de Kentzinger n'a pas publié la lettre de Mazarin à Turenne avec la recommandation spéciale pour la ville de Strasbourg.
Pévrieri644. Turenne et aux autres officiers qui commandent les armes du Ro\. soit dans les places, soit à la campagne, d'empescher de tout leur pouvoir les entreprises qui pourroicnt estre faites; et, en mon particulier, je vous puis asseurer que, comme je sçay que vous avez de l'inclination pour les interests de cette Couronne, et que vous en rendrez tous les jours des preuves dans les occasions qui se présenteront, j'apporteray aussy tousjours ce qui despendra de moy pour vous en faire recevoir toute sorte de favorables traitemeus, et pour vous faire voir que je suis, etc.
CDXXI.
Manusc. fie la Biblioth. Mazarine , n° 1719. tom. I, P 1 5g reclo.
A M. DE TURENNE
[Paris,] 9 lévrier i6Uh.
Monsieur,
Cette seconde lettre, que vous recevrez en mesme temps avec une autre fort ample, est pour vous dire que j'ay fait ajuster les quartiers de la Lorraine selon vostre désir, comme vous verrez par les depesches de M. Le Tellier.
J'ayreceu la lettre du sieur Du Plessis-Besançon, qui a esté envoyé en Flandres pour traiter un nouvel eschange, [annonçant] qu'il avoit parlé à don Francisco; qu'il s'executeroit pour tous nos prisonniers d'Allemagne, à la reserve de ceux qui sont entre les mains du duc Charles. Nous avions desjà par avance arresté celuy de M. Oheim avec le comte de Garcies.
Vous pouvez voir par là, et le pourrez faire sçavoir à l'armée, en quelle considération la Reyne en a les officiers et les soldais, puisqu'elle a consenty à en rendre une autre fois autant, pour le moins, de ceux qui avoient esté pris sur les Espagnols, et dont ils fortiflieront leur armée des Pays-Bas, qui est mettre autant d'ennemis sur les bras des
noslres, qui agiront du costé de la Picardie et de la Champagne. Je Février 1 M z me persuade que cette nouvelle ne vous sera pas désagréable.
La ville de Strasbourg a imploré la protection de Sa Majesté contre les menaces que luy fait le duc Charles, à cause du passage quelle accorda, l'année dernière, aux troupes hessiennes qui estoient dans l'armée de M. le mareschal de Guebriant. Je vous supplie d'apporter tout ce qui despendra de vous pour la garantir des invasions dudit duc. avec la circonspection neantmoins et la prudence qui vous est naturelle. Vous fairez aussy, s'il vous plaist, sçavoir à ladite ville l'ordre que vous en avez receu, affin quelle voye que nous avons soin de ceux qui ont de l'inclination pour cette Couronne.
Vous mesnagerez avec la mesme circonspection et la mesme prudence la conservation d'Lberlingen l.
J'ay donné les mains à ce que vous avez désiré pour former un petit corps dans l'Alsace sous le commandement de M. d'Erlach, qui relèvera neantmoins de vous et en recevra les ordres.
L'alarme qu'on vous a donnée de l'accommodement des Francomtois est fausse; mais il n'est rien de plus véritable que la protestation que je vous fais d'estre, etc.
CDXX1I.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. I, f° 25o verso.
Al SIEUR RENET2.
[ Paris, ] i (1 l'i;\ lier i (i'i 'i .
Monsieur,
Je vous a vois escrit dès le 22 du passé, mais la lettre est demeurée icy, faute de sçavoir des commodités pour vous la faire tenir seuremeiil.
1 Sur la situation d'Uberlingen , voyez mont des armées. Il commandait alors les
la noir 9 de la page 564. rennes italiennes qui devaient entrer dans
J Un des officiera chargea du recrute- le régiment de Mazarin.
i ,wh, iii'r'i. Vous m'aviez mandé qu'au premier jour vous me marqueriez par quelle voye je pourrois vous envoyer de l'argent et mes lettres; ce pendant j'ay tousjours attendu. Je vous envoyé encore quinze cens livres, que je n'ay sceu vous faire remettre que par la \oye de Dijon, où vous irez les recevoir, comme l'autre fois. Envoyez un compte bien exact de toute la despense de l'argent que vous avez touché. Mon intention est que vous chassiez lous les François qui se trouveront au quartier; je ne puis comprendre pourquoy le sieur Ferrary vous les a envoyés, ny moins pourquoy il y a adjousté que c'estoit de mon consentement, n'en ayant jamais ouy parler.
J'entends que vous teniez tous les soldats qui sont présentement au quartier pour estre de ma compagnie, et qu'en cette qualité vous les commandiez, en attendant autre ordre, sans que les officiers plus anciens que vous qui arriveroient s'en meslent.
Jescris au commissaire Vert qu'il fasse acheminer, sans perte de temps, à Montbard tous les soldats qui se trouveront présentement au quartier de Romans. C'est pourquoy vous songerez à leur faire préparer les logemens par advance.
Les habitans de Montbard m'ont escrit pour une chose que je trouve juste, qui est que, par les ordres du Roy, il est porté que Semur logera aussy la moitié de mon régiment, et demandent qu'on y despartisse les soldats qui arriveront doresnavant; à quoy je désire que vous satisfassiez, à proportion de ce que chacun desdits lieux pourra porter et eu esgard à ce que ceux de Montbard ont desjà souffert.
P. S. Jadjouste ces lignes pour vous dire de surseoir Tordre que je vous donnois de chasser les François que vous avez à Montbard. parce qu ils se trouveront tout levés pour le régiment d'infanterie françoise que je fais pour le service du Roy.
L'aumosnier m'escrit que l'on vous a recherché pour le service du Pape. Je vous donne advis que la paix d'Italie est sur le poinct de se conclure. Neantmoins, si vous croyez d'y trouver mieux vostre compte, je seray très-ayse de tous vos advantages.
Février 1 6/1 h .
CDXXIII.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine. n° 1719, tom. I. f" -201 recto et verso.
A M. VERT
[ Paris, ] 10 février 1 lî^i 't.
Monsieui',
Je vous reitère Tondre que je vous ay envoyé par le dernier ordinaire, de faire acheminer, incontinent que vous l'aurez receu, tout ce qu'il v aura de soldats dans le quartier de Romans à celuy de Montbard; et, afin qu'il n'arrive aucun desordre dans leur marche et qu'ils vivent avec toute la discipline possible, vous les envoyerez accompagnés, si vous le jugez à propos, par quelqu'un qui y ayl particulièrement l'œil, recommandant outre cela à celuy qui les commandera, qui pourra estre le chevalier de Morette, et de se taire craindre et de chastier rigoureusement ceux qui failliront. Pour vous, je ne désire pas que vous desempariez dudict Romans, afin d'y recevoir les troupes qui arriveront de Piedmont, ou par mer du costé de Provence; el pour les uns et pour les autres, vous ferez en sorte, avec ceux qui commandent dans les provinces, que les routes ne leur manquent point: car il y en a qui se plaignent que, faute de les avoir, il a fallu qu'ils ayent faict toute la despense de la conduite, de leur argent.
Il faudra que vous teniez correspondance non-seulement avec M. Talon, mais arec M. l'ambassadeur, parce que ledict sieur Talon pourra bien quitter le pays pour aller faire un voyage, (pie Sa Majesté luy a ordonné, autre part.
Quand voua aurez bien eslably toutes choses pour l'arrivée des troupes, vous pourrez faire un tour à Lyon, afin dadjuster avec MM. Senainy lacbapt des armes, leur en laissant faire le marché, mais ayant seulement l'uni qu'elles soient bien esprouvées, bien propre! et toutes de la mesme façon. Par les traictés qu'on a laids avec tous les officiers, ils sont chargés d'armer leurs soldats moyennant les quatre
iïmi.i ii.'.'i. mille cinq cens livres qu'on leur a baillées pour la levée de cent cinquante hommes, tellement que l'achapt des armes doibt aller sur leur compte; mais, parce que peut-eslre n'auront-ils pas l'argent tout prest, vous pourrez, eu ce cas, vous contenter d'en retirer d'eux une promesse pour estre repris sur leurs monstres, et MM. Senamy l'advanceront, suivant ce que je leur en mande.
11 faudra, quand les soldats passeront par Lyon, leur faire consigner les armes dont on chargera bien exactement les oflîciers, leur recommandant d'avoir soin non-seulement de les bien, garder, mais qu'elles soient tenues propres, ne désirant rien plus que cela. Je n'entends pas qu'on donne à personne ny la qualité, ny les armes d'appoinctés ' ; mais ou devra bien faire apprester des cuirasses et des pertuisanes comme celles de l'année passée, lesquelles on fera conduire au quartier de Monlbard, où je donneray ordre pour la distribution. J'ay esté bien marry de l'accident qui vous est arrivé; je veux croire que M. de Chazé, qui en a faict les informations, ne laissera pas impunie telle violence.
Dans la longue lettre que vous m'avez escrite, je n'ay point trouvé ce que je cherchois principalement, qui est le nombre des soldats qui sont à présent arrivés au quartier de Romans.
CDXXIV.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° -25-2 recto.
A M. LE COMTE D'ALAIS
[ Paris , ] 1 o février 1 6 h b .
Monsieur,
Après ce que vous aviez mandé au Roy dans l'occasion de la création des consuls d'Aix et de Marseille, Sa Majesté avoit espéré que, autorisant, comme elle fit avec esclat, les personnes que vous portiez
1 On appelle, à la guerre, soldats aj>- que les soldais ordinaires. (Dictionnaire de pointés ceux qui ont une plus haute paye Furetière. au mot Appointés.)
à ces charges, ses intentions ne trouveroient plus aucun obstacle clans Février 16M. la province. Cependant j'apprends, par la lettre dont vous m'avez favorisé depuis peu, que, bien ioing d'en estre asseuré, vous n'estiez pas seulement en résolution de proposer dans 4'assemblée des Estats l'entretien de la garnison de Mourgues1, quoyque cette despense, si utile pour la province mesme, puisqu'elle regarde la seureté d'une place qui luy sert de boulevart, soit beaucoup moindre que celle du régiment des Galères, qu'elle estoit obligée d'entretenir et dont on l'a deschargée à condition de supporter l'autre. Je veux espérer pourtant. la chose estant si juste, que vous ne nous aurez représenté les obstacles que pour en faire valoir le succès, et que la première nouvelle que nous en aurons sera l'establissement du fonds de ladite garnison sur la province. Sa Majesté souffrant présentement tant d'autres despenses de tous costés, ce sera luy rendre un service bien agréable de descharger ses finances decelle-e\.
Vous me mandez que les serviteurs du Roy se desgoustent du pou d appuy qu'ils reçoivent; je n'ay pas sceu qu'on ayt encore rien refusé de tout ce que vous avez désiré, et, si vous me laites la faveur de m'en mander le destail, je prendray soing moy-mesine de l'exécution, sçachant bien que vous ne vous laisserez point surprendre pour des passions et des vengeances particulières, et que vous n'aurez esgard qu'au plus grand bien du service du Ro\ .
Je ne puis finir sans vous recommander de nouveau les levées d'Italiens qui desbarqueront en vostre gouvernement pour les recreues de mon régiment, dont je vous supplie de tout mon cœur de vouloir prendre un soin particulier, et de leur faire donner un quartier de rafraischissement avant qu'elles se mettent en chemin pour venir par deçà, suivant ce que vous aura dict plus particulièrement le commissaire Vert. Ce pendant, je demeure, etc.
1 \ oyte p. 980 note •>.
Février i <i'i h.
CDXXV.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719- tom. I. f" 1G0 recto.