A M. LE COMTE D'OLDENBOURG
[Paris,] 1 a féM'ier îôi'i.
Monsieur,
Vostre Altesse doit s'asseurer que non-seulement la Reyne ne se desparlira jamais des protections et des neutralités que le feu Roy a accordées à divers princes, qu'au contraire elle les accompagnera, si elle peut, de plus grandes marques de bienveillance qu'ils n'en ont receu jusques icy de cette Couronne. C'est pourquoy Vostre Altesse peut se reposer sur ce fondement, que la neutralité dont elle jouit à nostre esgard ne sera jamais violée par les armes de la France, et que Sa Majesté employera, s'il est besoin, ses offices pour empescher qu'elle ne soit violée par celles de nos confédérés. Elle peut s'asseurer encore qu'elle luy sera aussy favorable qu'il luy sera possible au traité de la paix générale, et que, pour mon particulier, je fortiffieray tousjour* Sadite Majesté dans'ces magnanimes sentimens, et tesmoigneray par effet à Vostre Altesse que c'est avec vérité, etc.
CDXXVI.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 160 recto.
A M. D'AVAUX
[Paris,] i3 février 1666.
Monsieur,
J'ay receu deux de vos lettres en mesme temps et de mesme date. Pour l'une, je vous diray que la franchise avec laquelle je vous ay déclaré mon sentiment sur une action qui est en elle-mesme véritablement généreuse vous doit estre une preuve fort sensible de l'estime
et de l'affection que j'ay pour vostre personne; de cela vous en pouvez Février 1 6 h 4. estre tout asseuré '.
Je suis ravy du bon concert avec lequel vous et M. Servien agissez. et que, mettant à bas ce qui pouvoit regarder vos interests particuliers, vous ne vous proposiez autre règle de cette conduite que le service du Roy et le bien de ses affaires. Je vous conjurerois de continuer, si je ne voyois que ce seroit une chose superflue et que vous y estes très-resolu.
Je n'oublieray rien pour confirmer M. le prince d'Orange et madame la princesse dans la créance qu'ils me font l'honneur de prendre en moy, et je fairay la considération que je dois des moyens que vous m'ouvrez pour cela, et a fini que l'un et l'autre demeurent contens; à f|uoy je vous supplie de contribuer de vostre costé tout ce que la prudence et la connoissance que vous avez de leur humeur vous conseilleront.
Pour ce qui est de madame la landgrave de Hesse, il n'y a point d'apparence qu'elle se dispose à entendre à aucune sorte d'accommodement avec l'Empereur, puisque le Roy fait une despense de deux millions de livres pour remettre l'armée que commande M. le mareschal de Turenne en estât de repasser le Rhin et d'occuper la pluspart des forces ennemies qui seront delà; puisque les levées que va faire M. de Marsin, qui cousteront deux cent cinquante mille escus, ne sont que pour elle et pour servir dans son armée et sous le commandeuuiil de son gênerai; puisqu'on luy envoyé un extraordinaire de cinquante mille escus pour ses reercues, et pour luy donner moyen nonseulement de se deffendre, mais encore de faire des conquestes qui ne seront que pour elle, la Fiance se reservant seulement la gloire de l'avoir conservée. Attendant que l'argent qu'on luy destine parle, qui sera lundy prochain sans faute, ne faites point difficulté d'avancer ce que vous jugerez à propos pour commencer, et cela sur ma parole.
Il s'agissait d'an discours dans lequel mécontenté l'assemblée des états généraux d'Avaux avail parié en Faveur îles catho- de Hollande. Il sera question plus loin de liquns des Provinces-Unies. Ce discours avail cel incident.
IRU». 1. -j ![
I évri .i64/i. Je fairay mon profit de l'avis que vous nie donnez sur la tin de vostre lettre. Je vous diray cependant que je suis estonné que MM. les ministres de Suède ne nous ayenl donné quelque part de la lin cl du sujet de leurs armes contre le roy de Danemarck, et particulièrement que M. le baron d'Oxenstiern, ou M. Salvius, ne vous en ayent rien escrit, le pouvant l'aire si commodément et dans la correspondance que vous entretenez avec eux. Vous m'obligerez de me faire part de toute la lumière que vous recevrez de cette importante occurrence. Croyez, s'il vous plaist, que personne ne sera jamais plus véritablement que moy, etc.
CDXXVII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 160 verso.
A M. DE TURENNE
[Paris,] 16 février iHlth.
Monsieur,
Vous aurez receu trente mille pistoles en espèces par l'arrivée du sieur Brachet. Le sieur Hervart vous en a fait fournir autant à Basle, comme vous aurez appris par ma dernière depesche. Ce sera à vous à user de cet argent comme vous le jugerez plus à propos pour le bien de l'armée et pour la mettre en estât d'agir puissamment la campagne prochaine. Vous pouvez faire faire l'achapt des bleds, et les faire conduire aux lieux qui seront les plus commodes pour les desseins auxquels vous serez vraisemblablement obligé de vous embarquer; ce qu'on remet à vostre choix.
J'approuve la proposition de M. d'Erlach pour les huit compagnies de fantassins allemans qu'il promet pour le commencement de la campagne, en luy donnant ce pendant de quoy en faire huit autres pour les mettre en leur place. Vous avez veu que nous avons fait tout ce qui a despendu de nous pour sa satisfaction et pour mettre la bonne intelligence entre luy et M. d'Oysonville, qui tesmoigne une générale
et absolue soumission à tout ce qui sera nécessaire, aflin que le service Févrien664. du Roy se fasse1. Vous mesnagerez, s'il vous pkist, et achèverez, s'il est
1 Voyez les lettres du Roi au général d'Eriach et au baron d'Oysonville (dernier jour de février i644) dans le manuscrit de ia lïibliollièque impériale (Fr. 6170. fol. 64- 66). Ces lettres n'ont pas été publiées dans les Mémoires concernant le baron d'Eriach. Comme la lettre au baron d'Oysonville fait connaître quelques-uns des griefs que d'Erlach avait contre lui, je crois utile de la donner ici :
-•Mous, le baron d'Ovsonville, nf avant esté représenté par le sieur d'Erlaoh qu'use partie du bled qui avoit esté destiné pour Brizac avant esté employé pour l'armée, vous ne l'avez point l'aict remplacer, ny rien laid employer, pour cet effecl . des cenl mille livres que je vous ay l'aict envoyer pour acbapts de bleds audict Brizac; que d'ailleurs feu mon cousin le marescbal de Guebriant ayant tiré quantité de munitions et d'esquipages d'artillerie de Brizac, et vous avant eslé envoyé divers fonds pour le remplacement desdictes munitions et osquipages, vous n'y avez point pourveu; que presenleiiionl vous faicles faire quanlilé d'habits à Lyon pour les soldalz de la garnison sans luy en avoir rien communiqué, et que, lorsqu'il vacque dis (barges dans la garnison de Brizac. vous choisissez des personnes pour les remplir sans luj on donner aucune pari . non plus que des autres choses qui concernent mon service et son! de vostre connoissance; je vous fais celle leltre pour vous dire, de l'adxis de la rewic régente, madame ma . ipic s'il \ a quelque remplacement à faire des bleds des magasins dudicl Brizac, auquel vous n'avez poinl pourveu . VOUS
li' Fassiez, par le moyen des fonds destinés
,1 <•(•( effect; que vous donniez pareHIemenl
ordre au remplacement des munitions et esqm'pages de guerre lirez de ladiele place et qui y sont nécessaires, y employant ce qu'il conviendra des fonds qui ont esté pour ce ordonnez; que vous me donniez compte de la nature du fonds et de la somme (pie vous aurez faict employer pour babiller les soldatz de ladicte garnison, et en donniez congnoissance audict sieur d'Eriach , en faisant la distribution avec ses advis. et qu'à l'advenir vous ne fassiez aucune de ces despensps que de concert avec luy, luy faisan! voir clair en tous ces remplacemens, auxquels il prétend qu'il y a eu quelque manquement; et lorsqu'il viendra à vacquer quelque ebose dans le corps François, vous m'en donniez vostre advis et me proposiez , de concert avec ledicl sieur d'Eriach, les personnes que vous jugerez capables de les remplir, et qui ne pourront y eslre establies que sur mes provisions et en donnant connoissance audict sieur d'Eriach, ainsy qu'il es! accoustumé d'eslre faict aux gouverneurs des places, vous recommandant derechef de vivre avec ledict sieur d'Eriach, en toutes affaires et occurrences, en sorte qu'il ne puisse avoir aucun subject raisonnable de mauvaise satisfaction. A quo\ m'asseurant cpie vous apporterez vostre bonne conduitte accoustumée, je ne vous feray la présente plus longue que pour prier Dieu qu'il vous a\l. Mous, le baron d'Oysonville, en sa sainle garde.
irEscrità Paris, le XXVIII febvrier 1 644.-
Signé » LOUIS.
El plus bas
-l,i Tellibr. -
th.
588 LETTRRS
FévrieriôM. besoin , cette correspondance et en esloignerez tout ce qui la pourrait troubler, avant que la campagne commence, affin qu'il n'y ayt plus rien à desmesler ny à esclaircir lorsqu'il ne sera question que d'agir et d'avoir affaire aux ennemis.
Gela mesme vous doit obliger de régler tellement, avant ce tempslà, Testât de l'armée, qu'il puisse tousjours durer, etluy donner la forme sous laquelle elle puisse se maintenir durant tout le cours de la guerre. C'est pourquoy je vous supplie de consulter en vous-mesme et de conférer avec ceux que vous connoistrez capables et bien intentionnés, et • de sonder les humeurs et les sentimens des officiers de l'armée, et, là-dessus, de nous mander ce que vous jugerez le plus faisable pour les grandes charges de ladite armée, de lieutenant gênerai, de gênerai de l'artillerie, de generaux-majors, et de qui on consentiroit qu'elles fussent remplies, d'AUemans ou de François; bref, de tout ce qui se pourra faire en cela, sans faire murmurer et sans altérer la bonne disposition que tous doivent apporter au service. Nous prendrons là-dessus nos dernières resolutions pour une bonne fois, etestablirons l'ordre qui sera trouvé le meilleur et le plus convenable.
Je vous envoyé un chiffre, affîn que vous vous en serviez, si vous avez quelque chose de particulier à escrire.
Je désire, si quelque inconvénient considérable ne l'empesche, augmenter mon régiment d'infanterie de quatre compagnies; à quoy, à mon avis, on ne trouvera rien à dire, pour l'amour de moy, et qu'on donnera à ma considération ce que peut-estre on auroit eu peine d'accorder pour celle d'un autre. Vous m'en manderez vostre sentiment.
Pour les chevaux que vous me mandez qu'il seroit à propos d'acheter icy pour remonter les cavaliers démontés, il y aura bien de la difficulté, à cause des levées et des recreues de cavalerie qu'on y fait, de sorte que, si vous pouviez remédier d'une autre manière à cet inconvénient, nous en serions grandement soulagés. Si cela ne se peut, on faira tout ce qui sera possible pour vous contenter.
Nous avons asseurance, de la part de don Melos, de l'eschange dont
DU CARDINAL MAZAKIN. 589
je vous ay desjà escrit, et nous avions par avance arresté la deslivrance Fevrien64fi, de MM. Oheim, Scliomberg et Close (Colas?).
Bien que ce que vous m'escrivez, que l'armée bavaroise se fortiffie extresniemenL, nous soit confirmé de plusieurs endroits, nous allons ncantmoins fortiffier de telle sorte, par de nouvelles levées et par des recreues, l'armée de madame la landgrave de Hesse, quelle sera capable d'occuper les autres armées qui avoieut coustume de fortiffier la bavaroise.
Pour ce qui est des Suédois, ils ne nous ont encore rien mandé du sujet ny de la fin de leurs armes contre le roy de Danemarck et contre l'Empereur, et [on croit] qu'ils pourront mesme envoyer, comme ils avoient accoustumé, un petit corps sur le Weser, pour appuyer les Hessiens; à quoy nous les solliciterons vivement; et par conséquent j estime que vous ne rencontrerez point de forces supérieures en nombre à celles que vous commanderez, et j'espère que les choses se pourront rendre1 de telle sorte à l'avantage du party confédéré, que ceux qui semblent s'esloigner maintenant des pensées de la paix ne seront pas faschés d'y entendre. Souvenez-vous qu'on faira de deçà toutes les choses possibles, atfin que rien ne vous manque pour cela, et que, en mon particulier, j'y contribueray tout ce qui despendra de moy.
CDXWIII.
M.'iimsc. de la Bibliotb. Mazarinc, n" 1719, loin. I. i îtji recto.
A M. L'ESLECTEUR DE TRESVES.
[Paris,] 19 février îfi'i'i.
Monsieur,
J'ay desjà fait souvenir à Vostre Altesse qu un des principaux points dont estoil chargée l'instruction de MM. les plénipotentiaires de Sa
Même S' n-. (jue rétablir, remettre.
Février 16/1 4. Majesté estoil de luy procurer, dans l'assemblée de la paix, le rang [u'elle y doit tenir et le droit de suffrage qui luy appartient. Je luy confirme, par celle-cy, les mesmes asscurances, et la supplie de croiro qu'il ne sera rien oublié, denostre part, pour son entier reslablissemenl el pour luy donner sujet de se louer de la protection de cette Couronne. Mais, d'autant qu'elle doitbientost voir des eiïects de ce que je viens de dire, je me conlenteray de luy dire qu'en mon particulier je reputeray tousjours à grand bonheur de luy pouvoir tesmoigner que, ayant pris grande part en ses disgrâces, je ne désire rien avec plus de passion que de l'en voir deslivrée.
CDXXIX.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I.f° 161 verso.