A M. LE DUC CHARLES DE LORRAINE
[Paris,] 3i mars i6klt.
Monsieur,
Je ne puis voir partir MM. de Maugiron et Du Maurier1 sans prendre cette occasion d'asscurer Vostre Altesse de mon service très-humble et de la passion extresme que j'aurois que les résolutions qu'elle trouvera bon de prendre me fournissent les moyens de luy en donner souvent des preuves effectives. Vostre Altesse apprendra de leur bouche tout ce à quoy la Reyne peut se porter présentement et les considérations qui ne luy permettent pas d'en faire davantage. Je vous tiens, Monsieur, pour prince si équitable et si amy de la raison, que, quand on le remettrait absolument à la disposition de Vostre Altesse, elle ne vou-
1 La Barde , dans son Histoire de Louis XIV {De rébus Gallicis, p. 63), parle de celte négociation : trEa lempestale Garolus, ante- Iiac Lotharingiae dux, rursum se velle cuin llege redire in gratiam simulavit; qua de re missus ad eum clam fuerat Albericus Maurerius (Aubery Du Maurier), cuin qno ex ingenio suo egerat , pessimo scilicet et inlidelissimo. At post paulo Malgironum (de Maugiron), Dullingœ cum cœteris captnm nique Vormatiam abduclum, quo Garolus hiemabat, ipse, data ab eo de reditu fide, in Galliam dimisit, alqne abeunti quas Beginae l'errel conditioncs tradidit. Eae band iniquœ visœ; quamobrem, paucis modo immutatis, per eumdem Malgironum ad Carolum remisse sunt, cui est adbibitus Plcssius Besansonus (Du Plcssis- Besançon); nam per
bominem capite minutum rem tantam agere aut Iransigere minus ex Régis dignilate videbalur. Sed quoties de pace cum Carolo actum , loties frustra fuit, v
Dans une lettre du ih mars/i" avril (Epist. ined. p. ia3) Grotius parle aussi des négociations entamées avec le duc de Lorraine : rr Ad ducem Carolum missi Mauronus (il faut lire Malgironus) et iterum Maurerius, ut ei persuadeant ut quieti se det et exercitnm tradat régi Gallia?. At qui eum norunt non putant eum id faclurum, ut qui ex bellicis tributis non minus capiat, quam olim ex Lotbaringia et Barrensi regione (duebé de Bar) capere solebat. Tum vero Cantecroia (la princesse de Cantecroix3), quœ pro uxore ejus se gerit, velit etiam suis prospicere , id est efficere ut ad liberos suos
Réatrix do Cusance, princesse de Cantecioix.
droit pas se procurer des avantages qui peussent blesser d'ailleurs la Mars îov réputation de la conduite et du gouvernement de Sa Majesté.
Tout ce dont je puis asseurer Vostre Altesse, c'est qu'on ne in y promet rien qu'on n'ayt envie d'en faire au delà, et que, s'attachaul inséparablement aux interesls de cette Couronne, elle avancera de beaucoup les siens et aura bien plus de subject de se louer du traictement qu'elle recevra, qu'elle ne peut faire de celuy qu'elle a eu jusques icy du party contraire, lequel pourtant, à le bien prendre, ne doibt recognoistre beaucoup d'avantages, mais particulièrement les derniers (ju'il a remportés en Allemagne, que de la seule suffisance et de la .valeur de Vostre Altesse.
La cognoissance que j'en ay m'obligeant à la considérer comme un des plus grands capitaines de ce siècle, je la supplie très-bumblement de croire qu'une des plus fortes passions que j'aye, ce seroil de pouvoir si bien unir les interests de cette Couronne avec ceux de Voslic Altesse, que je pusse en mesme temps contribuer à l'avantage et à l'accroissement de la gloire de tous les deux, satisfaisant aux obligations que j'ay ta Sa Majesté et à l'inclination que j'ay d'honorer et servir Vostre Altesse, à laquelle après avoir baisé très-humblement les mains, je demeure, etc.
ilucatuslranseat, non ad Nicolœ (la duchesse de Charles IV, duc de Lorraine. On mit. Nicole), si ea forte Carolo supervivat, aut parle tableau suivant, que la succession de ad Francisci stirpem. n Charles IV ne passa ni aux enfants de la prin- Pour bien comprendre ce passage, il est cesse de Canlecroix. ni à Nicolas-François, nécessaire de se rappeler la généalogie de la frère de Charles IV. niais au fils de Nicolasmaison de Lorraine et d'indiquer la postérité François.