A M. LE MARQUIS DE LA FERTÉ-SENNETERRE
[ Paris,] i5 avril îblik.
Monsieur,
Je sçay que c'est vous obliger que de vous donner occasion de servir la Reyne. On luy a donné advis que, dans les troupes qui sont en vos quartiers, il y a un lieutenant d'une compagnie de cavalerie, nommé
Vigé, sy amy et despendant du sieur de Beaupuy1, qu'on a grande Avril iGùh. occasion de croire que toutes les .menées et cabales de M. le duc de Beaufort ne se sont pas faites sans sa participation et sa cognoissance. Sa Majesté désire beaucoup qu'avec adresse vous essayiez, ou vousmesme, ou par l'entremise de quelque personne aflidée, de le faire parler et luy tirer, s'il est possible, les vers du nez, et si vous reconnoissez qu'il soit informé de ce qui s'est passé dans lesdites cabales , que vous m'en donniez avis secrètement, et je vous feray envoyer des ordres du Roy de ce que vous aurez à faire. Croyez, etc.
CDLXXVI.
Manusc. de !a Biblioth. Mazarine, n° 1719, tort). I. f° 273 recto.
A M. BALTAZAR
[Paris, | 1 :> avril 1666.
Je vous escris celle-cy sur le sujet de la sortie de M. de Bouillon hors du Royaume et sa retraite en Suisse; et d'autant que nous avons quelque avis que, pendant son séjour en Limosin, il a dressé des pratiques en Vivarez et aux Cevennes, j'ay crcu vous devoir avertir de veiller soigneusement pour pénétrer ce qui en peut cstre et ce qu'on pourroit brasser à l'nd venir de ce costé-là, où il y a des humeurs assez fascheuses. Si vous descouvrez quelque chose qui le mérite, vous nous en advertirez promptement, afin que nous y apportions le remède nécessaire. Ce pendant, croyez que je sera} tousjours, etc.
1 Le comte de Beaupuy ou Bcaupuis,dc Beaufort, et s'était retiré en Italie. — On
la maison de Maillé, avait été un des chefs peut consulter sur ces événements les Mé-
dc la cabale des Importants. moires de Henri de Campion, publiés par
On l'accusait d'avoir voulu, avec Henri le général Grimoard (Paris, Treuttel et
Campion et plusieurs autres personnages, Wurlz, 1807, 1 vol. in-8), et l'ouvrage de
attenter à la vie de Maznrin. Il avait réussi Victor Cousin intitule '.Madame de Chevreuse.
h s'échapper après l'arrestation du duc de appendice. n° III.
MytZAMK. — 1. 8/1
\wil ifVVi.
GDLXXV1I.
Manusc. de la Bibliolli. Mazarine, n° 1719, tom. I. f° 273 verso.
A M. DE BERWGHEN.
[Paris,] 1 G avril 1 6'th.
J'ay receu vostre lettre du k de ce mois, et me suis resjouy que la voiture soit arrivée à bon port; j'ay esté aussy extresmement satisfait de la bonne disposition où vous voyez M. le prince d'Orange1, d'agir vigoureusement, cette campagne, et concourir comme nous le pouvons désirer à favoriser les entreprises que nous ferons. Je ne puis juger de quels artifices on s'est servy pour jeter les mauvaises impressions que vous me marquez, au préjudice de la véritable passion que j'ay pour son service. Vous m'obligerez extresmement de les desraciner en
1 On trouve clans le tome I (p. 91-92) des Lettres, mémoires et négociations du comte d'Estrades, une lettre du prince d'Orange à d'Estrades, qui contient les promesses les plus formelles pour cette campagne. Cette lettre porte la date du 17 avril 1 6^5 , mais elle est évidemment de 16W, d'après les renseignements qu'elle contient. En voici le texte :
ffM. de Beringhen m'a confirmé que l'armée du Roy atlaqueroit Gravelines (ce siège eut lieu en 16AA), et comme j'ay formé le dessein d'assiéger le Sas-de-Gand (ce siège eut également lieu en i64&), à qnoy je ne puis parvenir sans une grande diversion, j'ay jugé à propos de vous en communiquer ma pensée, afin que vous le disiez à M. le cardinal Mazarin.
ffMon avis seroit que nous entrassions en campagne le 10 de may. Je m'iray poster à Maldeghem , entre Bruges et Gand , pour y attirer l'armée des ennemis. Ce pendant
l'armée du Roy pourra investir Gravelines , et comme apparemment Piccolomini et les forces d'Espagne marcheront au secours de cette place , je tiendray mes ponts de joncs (sic) prests, avec les quinze cents nageurs dont je vous ay parlé, pour passer, durant la nuit, au clair de la lune, la rivière de Gand, et couper, s'il est possible, un corps de quatre mille hommes, qui est campé entre le fort Philippe et le Sas. Tasçhez de vous trouver auprès de moy à la fin de may. Je vous ay destiné le premier corps que je commanderay pour passer la rivière et pour investir la place.
«Vous direz aussy, de ma part, à M. le cardinal Mazarin, que, pour agir avec justesse dans une telle entreprise, il est nécessaire qu'il donne ordre à quelque personne de confiance de l'armée du Roy, de m'avertir lorsqu'on aura passé le fossé de Gravelines, parce que je prendray ce temps-là pour exécuter mon dessein. Je suis,* etc. .
sorte qu'il n'en reste rien, et, véritablement, je m'estimerois bien knâit6àh. malheureux, si, ayant une partialité tout entière pour ses interests. quelques malins prevaloient à persuader le contraire; enfin vous n'en sçauriez tant promettre sur ce sujet, que, dans les occasions, je n'en veuille tenir davantage.
On m'a donné avis que Brillet (ou Briet) etFeuguerey1, qui sont les deux personnes qui ont eu le plus de part dans la confidence de M. de Beaufort, et auxquels il s'est le plus ouvert dans la conspiration qui avoit esté faite contre ma personne, sont allés servir dans les troupes en Hollande, ayant pris de grandes barbes qu'ils ont laissées croistre, afin de n'estre pas connus, et ont changé de nom, Brillet se faisant appeler La Ferrière. Je vous prie de faire toutes les diligences possibles pour vérifier si cela est, et donner ordre, quand vous reviendrez, à quelque personne confidente pour veiller de près à leurs actions, parce que nous songerions aux moyens de les avoir.
Je vous adresse une liste des livres que je vous prie de me faire acheter et me les faire tenir.
Vous serez surpris de la nouvelle du congé que la Reyne donna avant-hier à Mme de Hautefort2. La chose arriva sur quelque demande que faisoit à Sa Majesté ladite dame, pour l'interest de quelqu'un de ses amis; elle le porta si avant, que, de paroles en autres, Sa Majesté vint à blasmer la conduite de certaines personnes. Mmc de Hautefort, ayant pris cela pour elle, mit le marché à la main de se retirer; ce que Sa Majesté, qui esloit desjà mal satisfaite de sa conduite, accepta sur-le-champ, et depuis a deiïendu à tout le monde de luy en parler \
' Feuguerey (H. de Campion, seigneur nëc 16A/1, et l'ouvrage île M. Cousin inti-
uguerey) s'était relire dans l'île de tulé : Madame de Hautefort.
Jersey, comme nous rapprennent ses Mé- ' Voyez, aux Analyses, deux lettres de
moires (édit. Grimoard, p. aC5). Il se nu Maznrin à d'Avaux el Servien. en dnle du
'lil onsuito en Italie. (Ibid. p. 271-280.) 16 avril [644; elles ont éW publiées dans
! Comparez, sur celte intrigue de cour. les Négociations secrètes touchant la paix de
les Mémoires de madame de Motlcvillc, à l'an- Munster, t. Il . p. 1 5-i 7.
•\vrii ili'i'i.
CDLXXVIH.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, loin. I. f° 173 recto.
A M. DE LAUSON1
[ Paris,] ig avril 1 Ç>hk.
Monsieur,
J'ay veu, par la vostre du 1 1 de ce mois, l'avis que vous nous donnez des inconveniens qu'il y auroit. en Guyenne, de lever la taille à main armée. Je ne seais pourquoy vous avez cette appréhension, puisqu'on n'a point icy d'autre pensée, sinon qu'elle se lève avec le plus de douceur et le moins de violence qu'il se pourra2, pourveu que les peuples ne se montrent pas rebelles à la paye. En eiïet, c'est ce que vous et ceux qui sont dans des emplois semblables au vostre leur devez représenter, de servir gayement le Roy, jusqu'à ce que Dieu luy ayt fait la grâce de les pouvoir soulager, et de diminuer les frais qui se font à les y contraindre, puisque absolument, dans Testât présent des affaires, Sa Majesté ne sçauroit se passer d'estre secourue du bien de ses sujets.
Pour ce qui est du schisme que vous me mandez s'estre formé, entre les vicaires généraux de M. l'archevesque de Bordeaux et les religieuses, pour la confession, j'estime qu'il sera maintenant apaisé, et, en tout cas, j'espère que cette matière se réglera de telle sorte, qu'il n'y aura plus, à l'avenir, lieu de desordre pour ce sujet.
C'est ce que j'avois à vous dire pour response à la vostre, après vous avoir asseuré que je seray tousjours, etc.
1 M. de Lauson était intendant de * Voyez ci-dessus (p. 625-6-26) la lettre
Guienne, comme on l'a vu plus haut, de Mazarin au duc d'Épernon, gouverneur p. 5i5. de Guienne.
CDLXXIX.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 172 verso.
A M. D'ERLACH
[Paris,] 22 avril i(jhk.
Monsieur,
Vous pouvez croire que ce nous a esté une chose bien sensible d'apprendre l'audace avec laquelle les soldats de la garnison de Brisacli se sont soulevés contre leurs officiers, pour le retardement de quelques mois de prests qui leur estoient deus1. J'ay pourtant jugé à propos de ne pas faire esclater cet accident, puisque la connoissance de sein-
Avril îiiV
1 Grotius parle (Episl. ineditœ, p. i3&) de cette révolte de la garnison deBrisach, et paraît l'attribuer à l'animosité de d'Erlach contre d'Oysonville, qui était lieutenant du roi de cette ville, dont d'Erlach était gouverneur. rrBrisaci , écrit Grotius le ao/3o avril i644, quas fuerat militum seditio putalur oxcitala per Erlachium, ut Oisonvillam (le lexle porte Osseneillam) , quem maxime illa seditio petebat, exea urbe depelleret, et sic a-inulum a se amoveret. n
Dans les Mémoires concernant le gênerai d'Erlach (t. I, p. aoi-2o3), on impute à la conduite du baron d'Oysonville, qui retenait l'argent destiné aux troupes, la sédition qui éclata le 8 avril : n Les soldais fran- <;ois demandoient haatemenl les huit mois de paye qui leur étoient dus. Leurs officiers, au lieu de les calmer par la douceur, vou- 1 nient les intimider par des mépris; ils leur déclarèrent qu'ils ne recevroient que deux mois de paye et leur imposèrent silence à coups d'épéc. Ils parurent tranquilles; mais lorsqu'ils se rassemblèrent pour monter la
garde (le 8 avril iGi4), ils demandèrent. à grands cris , et la mèche allumée , (pion eût à les payer. Les ofliciers voulurent les forcer, l'épée à la main, de les suivre et de monter la garde. Les soldats se mirent en défense, les chargèrent, en blessèrent trois cl chassèrent les autres de la place où ils s'étoienl rassemblés.
rr D'Erlach accourut pour calmer ce tumulte et les trouva pleins de rage : ils se plaignaient de ce qu'on retenoit leur payement, et protestaient qu'ils ne quitteraient la place que lorsqu'ils semienl satisfaits; ils menaçoient le baron d'Oysonville, voûtaient piller sa maison et le massacrer lui-même. D'Erlach réussit à le tirer de leurs mains. mais ne put les faire retirer. Ils demeurèrent sur place tout le jour, loute la nuit suivante, sans mouler la garde, sans permettre que les Ulemands la montassent; ils pillèrent même quelques maisons , dans l'obscurité. Il fallut enfin, pour éviter des malheurs plus grands, leur accorder ce (pi ils demandoient.')
\wii ift'j'i. blablcs choses doit plustost estre supprimée que respandeue, à cause des conséquences qu'elle traisne. Je ne l'ay pas mesme voulu faire sçavoir à la Reyne, à cause du desplaisir qu'elle auroil peu en recevoir. Cependant je ne puis que je ne loue le soin et la diligence avec laquelle vous vous estes porté à estoufïer ce commencement de sédition, et vous verrez, par la depesche de M. Le Tellier, qui vous en escrit amplement1, la promptitude dont nous avons esté pour y apporter le remède. Me remettant du reste à sa depesche, je vous asseurerav que personne ne sera jamais plus que moy, etc.
CDLXXX.
Manusc. de la Biblioth. Mazaiïne, n° 1719, tom. I, f" 172 reclo.