A M. LE BARON DE BAI ME
[Paris,] 99 avril 1 66 '1.
Monsieur,
J'ay veu, par la vostre du 18 de ce mois, le devoir où vous vous mettez de bien servir le Roy. Quelles qu'ayent esté, les campagnes passées, les forces de mer des Espagnols, nous avons avis qu'elles seronl fort petites cette année, à cause de la disette d'argent où ils se trouvent. Cela vous donnera plus de liberté et de commodité de faire quelque chose de considérable; mais surtout n'entreprenez rien que vous ne l'ayez concerté avec M. le mareschal de La Mothe, avec lequel vous devez tenir une continuelle correspondance, puisque de là despend le principal avantage du service de Sa Majesté, à quoy vous devez principalement viser, rendant toute autre considération subalterne à celle-là.
Les deux galères que vous demandez auront ordre de se joindre à vostre escadre.
Bref, on n'oubliera rien de deçà pour vous donner moyen d'agir avec réputation et succès.
Je le désire avec passion, pour i'interest du service du Roy, et aftin d'avoir moyen, de plus en plus, de faire valoir vos services et vous en procurer, dans les occasions, la reconnoissance qu'ils méritent. Soyez-en ;i^"iiré, puisque je suis plus que personne du monde, etc.
' Le Dictionnaire fie In Noblesse indique îles personnages indiqués dans ces généa-
ptusienrs branches de la famille de La Baume, logies ne paraît être le baron de Baume
on de La Baulme-Saint- Amour, puis de la auquel s'adresse Mazarin, Je n'ai pas trouve'
famille de La Baume-Montrevel. Mais aucun de renseignements sur ce baron de Baume.
\wil i(i'i/i.
CDLXXXVI.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, loin. I, (° 277 verso1.
A M. BRASSET.
[Paris,] 3o avril i6/i'i.
Monsieur,
Quoyque nous soyons sur le point de depescher par delà le sieur de L'Estrade2, je ne laisse pas de mettre cette lettre à l'ordinaire, qui peut-estre vous sera rendue avant son arrivée. C'est pour vous donner avis comme l'armée du Roy que va commander M. le duc d'Orléans3 prendra sans faute sa marche vers le pays ennemy, le quatre du mois prochain, et que, dans le dixième infailliblement*, elle aura attaqué quelque place. Sa Majesté s'asseure que, dans le mesme temps, M. le prince d'Orange aura, de son costé, attaqué la place qui a esté concertée. C'est pourquoy, s'il y avoit du retardement, ce qu'on ne peut croire, après les asseurances qu'a données ledit sieur Prince de vouloir commencer de bonne heure une vigoureuse campagne, vous ferez les offices nécessaires pour le presser et l'obliger à l'entreprise sans perte de temps, affin d'estourdir d'abord les ennemys par une forte attaque en divers endroits. On ne doubte point icy que présentement les trente vaisseaux de guerre5 de MM. les Estats ne soient devant
1 L'original signé se trouve à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. C'est d'après cet original que M. le comte A. de La Ferrière a publié cette lettre dans les Archives des Missions scientifiques , 20 série, t. IV, p. 2-5. Il y a des différences entre les deux textes; je les ai indiquées en note.
Le sieur d'Estrades (texte publié par M. de La Ferrière).
Monsieur (texte publié par M. de La Ferrière). Gaston d'Orléans était quelquelois désigné par ce titre , quoique Louis XIV
eût un frère, qu'on appelait aussi Monsieur, ou le petit Monsieur, pour le distinguer de Gaston d'Orléans.
4 II y a encore ici quelques variantes peu importantes. Voici la phrase donnée par
M. de La Ferrière : « L'armée prendra
sans faute sa marche vers le pays ennemy le quatriesme du mois prochain infailliblement, et que , vers le 1 0 , elle aura attaqué quelque place.*
6 Les trente vaisseaux de Messieurs les Estais (texte de M. de La Ferrière).
Dunquerque; mais il est nécessaire que l'amiral qui les commande Avril ayt des ordres très-precis d'assister, en cas de besoin, et favoriser les desseins que nous pourrons entreprendre de ce costé, en sorte qu'il exécute sans difficulté tout ce dont il sera prié par M. le duc d'Orléans, lequel, selon les occurrences, lui depeschera des personnes expresses avec lettres de créance.
Ce pendant nostre armée s'avancera, avec asseurance que celle de mer1 de MM. les Estats est desjà preste devant Dunquerque, et si nous entreprenons quelque chose du costé de la mer, l'officier qui s'avancera le premier avec des troupes pour investir [la place} depeschera expiés à l'amiral de MM. les Estats, pour luy en donner avis aussytost qui! l'aura fait.
Sa Majesté désire aussy que vous fassiez instance pour faire donner les ordres nécessaires au gouverneur de Maeslrich de favoriser et assister le sieur Marsin des soldats de sa garnison et autrement dans les entreprises qu'il pourra faire, pendant que les troupes qu'il a levées2 séjourneront en ces quartiers-là. On ne doute point que les ordres que MM. les Estats en envoyeront audit gouverneur ne soient en bonne forme, et qu'ils ne soient bien exécutés, puisqu'en ce rencontre3 il s'agit beaucoup plus du service de mesdits sieurs les Estats que de nostre avantage, et que jusques icy ledit sieur gouverneur a tcsmoigné grande affection en tout ce qu'on a désiré de luy, à ce que nous mande le sieur de Marsin, dont vous pourrez prendre occasion de faire par delà les remerciemens convenables, affin de l'obliger d'autant plus à continuer.
La levée de Marsin, fortifliée avec une partie de la garnison de Maëstrich, obligera les ennemys à laisser quelque petit corps dans le Brabant, auquel cas les oppositions qu'ils pourront4 faire à nos entreprises
' Les mots de mer sont omis dans le texte imprimé. L'usage était, à cette époque
de M. de La Perrière. do faire le mot rencontre du genre masen-
* Voyez ci-dessus, p. 53o, sur les levées lin. faites par Marsin. ' Qu'ils petuent faire (texte de M. de La
Il y a cette rencontre dans le texte Ferrière).
vmH i'.i'i et à celles de M. le prince d'Orange seront plus (bibles, et si le peu de troupes qu'ils ont ne leur permet pas de rien laisser1 dans le Brahant, 1 y aura moyen de les incommoder beaucoup de ce costé-là, parce |ue les nostres pourront2 courir jusques à Bruxelles et à Namur.
L'armée <[ue commande3 M. le duc d'Orléans est composée de dixliuit mille hommes de pied effectifs et six mille chevaux; celle de M. le due d'Anguien, de huit mille hommes de pied et trois mille chevaux4. M. le mareschal de Gassion en commandera une troisième, qui demeurera entre les deux, soit pour joindre celle de M. le duc d'Orléans pour la bonne issue de son entreprise, soit pour se joindre à M. d'Anguien, en cas que les ennemis voulussent faire diversion en France: elle sera composée de trois mille chevaux effectifs et de six mille hommes de pied, le tout avec l'artillerie et autres choses nécessaires à proportion.
L'armée de M. le mareschal de Turenne est aussy en bon5 estât: elle sera toute ensemble le 10 du prochain; elle n'a jamais esté si forte, y ayant présentement près de sept mille chevaux et huit à neuf mille hommes de pied effectifs.
Outre cela, M. le marquis de Vijleroy est parti pour se tenir dans le milieu du Royaume, du costé du Poitou, Limosin et Guyenne, avec cinq mille hommes de pied et douze cens chevaux, afin d'empescher que personne ne songe à rien remuer contre le service du Roy; et, auprès de la personne de Leurs Majestés, il y aura tousjours un bon corps d'infanterie et de cavalerie.
1 Lascher (texte publié par M. de La thèque impériale (Fr. 4i6q, fol. 101 et
Ferrière). Le mot lascher ne présente ici suiv.) :
aucun sens. i° '-Instruction donnée au duc d'Anguien
' Peuvent (ibid.). s'en allant commander 'l'armée de Cham-
3 Commandera (ibid.). pagne ;i en date du ier mai i644. (Ibid.
" Le passage relatif aux armées que la fol. 101 v°-io4 r°.)
France mit en campagne en i644 a été 2° rr Instruction donnée au mareschal de
imprimé dans les Négociations secrètes tou- Gassion s'en allant commander une armée
/■liant la paiœ de Munster, t. II, p. 27. entre celles de Flandres et de Champagne; «
Les instructions données aux généraux, en date du i"mai \()kh.(Ibid. fol. 10A-106.) au commencement de mai, se trouvent en 5 Très-bon estât (texte de M. de La Fergrande partie dans le manuscrit de la Biblio- Hère).
Voilà Testât de nos forces de ce costé-cy, dont il sera à propos d'in- VvrH l64 i. former M. le prince d'Orange, lequel sçaura d'ailleurs que les armées de Catalogne et d'Italie seront fort puissantes, et que celle de la mer ne sera pas moins forte que les années dernières, estant desjà sortie de Toulon une escadre de vaisseaux et de galères, et M. le duc de Brezé s'apprestant pour aller faire sortir le reste.
Nous sommes tousjours en négociation avec le duc Cliarles ' et ne sçavons encore ce qui en réussira.
M. de L'Estrade partira demain en toute diligence; mais comme le voyage de la mer est incertain, et que ce qu'il devra dire en substance à M. le prince d'Orange est contenu dans cette depesche, vous pourrez le prévenir, affin de ne perdre point temps. Je nescris point à M. de Beringhen, le croyant party, et, au cas qu'il ne le fust pas, vous luy communiquerez, s'il vous plaist, tout ce que je vous mande.
Ce pendant je vous prie de me croire, etc.
GDLXXXVII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, torn. I, P -.279 recto.