A M. LE MARESCHAL DE LA ME1LLERAYE
[ Paris,] 2 1 mai îfi.'i.'i.
Monsieur
Le sujet pour lequel j'ay estimé qu'il estoit à propos d'envoyer des chevaux d'artillerie pour l'armée de M. le duc d'Enghien n'est pas moins important à celle de Son Altesse royale1 qu'à celle de l'autre | général], puisque celle-cy iuy doit servir de diversion, en donnant de la jalousie aux ennemis. H est certain qu'ils en recevront fort peu s'ils la voient sans artillerie, sans laquelle on n'est point en estât d'entreprendre quoy que ce soit. Il vous sera fort aysé de luy fournir jusqueà six cens [chevaux], en y comprenant les trois cens que lève M. de Cliouppes, j'entends quelque temps après que vous aurez embarqué \ostre entreprise. Après quoy. vous n'en aurez pas besoin d'un si grand nombre, outre que Son Altesse royale m'a dit en partant qu'on pouiroit employer à ce qu'on voudroit ceux qui auroient porté son bagage.
\u reste, vous me faites tort de vous imaginer que j'aye creu qu en tout cecy il y ayt eu de vostre faute. Je suis trop asseuré de vostre zèle et de vostre exactitude pour tout ce qui regarde le service du Roy. el j'espère que toutes les preuves que vous en avez rendues par le pas» seront au-dessous de celles que vous en rendrez cette campagne. Je
1 Ces mois désignent Gaston d'Orléans, qui avait entrepris le siège de GraveKnea
vous diray donc, une fois pour toutes, que rien ne sera jamais capable Mai 16M de diminuer ni la véritable amitié que je vous ay promise, ni la confiance eu la vostre, que je tiens à toute esprcuve.
Pour ce qui est de la fermeté avec laquelle vous me mandez que Son Altesse royale se porte à toutes les choses hautes, cela ne me surprend point, et je ne suis pas tant en peine de la grandeur de son courage, qui m'est connue, que de la modération contre laquelle il pourroit pécher, si la prudence ne le retient.
T'est pourquoy, c'est à vous et aux autres en qui il a de. la confiance. à le contenir dans les bornes convenables au rang qu'il tient dans 1 Estât el dans l'armée, et à considérer combien il y auroit à hasarder, pour l'un cl pour l'autre, en sa personne. Je ne vous en diray point davantage, puisque vous le sçavez aussy bien que moy, et je vous asseur» t;i\ seulement que rien ne m empeschera jamais d'estre avec une extresme passion, etc.