A MONSEIGNEUR LE CARDINAL SPADA, A ROME
De Saint-Germain, a3 janvier i643.
Je suis persuadé que la bonté de Votre Eminencc aura excusé ma faute, en ne recevant pas de lettre de moi à l'occasion du jour de sa naissance, et qu'elle lui aura fait penser que mon excessive douleur de la grande perte que j'ai faite par la mort de M. le cardinal-duc, mon grand protecteur, ne pouvait
' Ajouta do In main de Son Eminence à la lettre de bonne fête. {Note du ma. )
Janvien6/i3. sare ad altro che ad affligermi e rendermi sempre più inconsolabile; e vaglia il vero, in cambio di riçevere dal tempo qualche sollievo, mi lornisce sempre nuovi motivi d' accrescere le mie obbligationi. Pensava di havere permissione di sodisfare costi aile mie obbligationi verso questa Gorona, quando Sua Maestà, per deferire ai consigli e preghiere del signor cardinale duca, che morendo si compiacque parlare alla Maestà Sua a mio avvantaggio, mi comando di restare qui a servirla; ma come sono per mille rispetti incapace di sostenere un cosi gran peso, cosi spero che alla fine Sua Maestà acconsentirà che vadi a servirla in cotesta Gorte, ed assicuro Vostra Eminenza, come mio particolare padrone ed amico, che per mia parte farô tutte le diligenze possibile incessamente per oltenerne la gratia. Supplico Vostra Eminenza a volermi bene, e credere che sono ambitiosissimo di questo onore.
Degli sconcerti che passano costi sono inquietissimo, tanto più che non vedo il modo di potervi rimediare. Se Vostra Eminenza potrà contribuire ail' aggiustamento del duca di Parma, acciô sia reintegrato
me permettre de penser à autre chose qu'à m'affliger et à me rendre de plus en plus inconsolable. Il faut dire la vérité : au lieu de recevoir du temps quelque allégement, il me donne de plus en plus de nouveaux motifs de reconnaître tout ce que je dois à sa mémoire. Je pensais avoir la permission de m'acquitter en Italie de toutes les obligations que j'ai à la couronne de France, quand Sa Majesté, déférant aux conseils et aux prières de M. le cardinal-duc, qui en mourant a bien voulu lui parler à mon avantage , m'a ordonné de rester ici pour la servir; mais, comme je suis sous mille rapports incapable de porter un si grand fardeau, j'espère qu'à la fin Sa Majesté consentira à me laisser aller la servir dans votre cour, et j'assure à Votre Eminence , comme à mon particulier protecteur et ami, que de mon côté je ferai incessamment tous les efforts possibles pour obtenir cette grâce. Je supplie Votre Eminence de m'accorder sa bienveillance, et de croire que je suis très-ambitieux de cet honneur.
Quant aux brouilleries qui existent en Italie, j'en suis très-inquiet, d'autant plus que je ne vois pas de moyen d'y remédier. Si Votre Eminence peut contribuer à faire rentrer le duc de Parme dans les bonnes grâces de Sa Sain-
nella buona gratia di Sua Santità, la supplico di farlo, dependendo da Janvier i643. questo principalmente il ristabilimento délia buona corrispondenza tra la Santità Sua e Sua Maestà. Il mio zelo ed il desiderio cbe ne ho mi fa portare con ogni efficacia le mie umilissime preghiere sopra di ciô a Vostra Eminenza , délia quale sarô sempre cordialmente, ecc.
teté, je la supplie de le faire : le rétablissement des bonnes relations entre Sa Sainteté et Sa Majesté en dépend principalement. Mon zèle pour le bien et mon désir ardent de voir se rétablir la bonne intelligence me font une loi d'adresser à Votre Eminence mes très-humbles et très-instantes prières à ce sujet.
Je suis toujours sincèrement, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, P 12 recto.
A M. D'AMONTOT,
RÉSIDENT POUR SA MAJESTÉ PRES LA REPCIILIQUE DE c'nES.
[Saint-Germain-en-Laye,] 29 janvier i643.
Monsieur,
Si je devois recevoir quelque joye de l'honneur que le Roy m'a fait de me donner part en la conduite de ses affaires, elle me viendroit sans doute des moyens que cet employ me peut fournir de servir les personnes de mérite. Ayant tousjours fait une estime particulière du vostre, vous ne devez point douter que je ne sois tousjours bien aise de vous en rendre des preuves. Attendant cela, je vous diray que les nouvelles que vous me donnez de ce qui se passe de delà m'ont esté fort agréables, et qu'il ne se peut rien ajouster à la manière avec laquelle vous vous conduisez avec la Republique. J'ay parlé à Sa Majesté, conjointement avec M. de Chavigny, du vaisseau chargé de bled qui a esté pris à
Janvier t643. Ferrari. J'espère qu'elle en aura satisfaction; mais je suis obligé à vous dire que les relations que nous avons reçues de M. de Longueville l, de M. Du Plessis-Praslin et M. Le Tellier, du traitement qu'elle nous a fait durant le siège de Tortone, ne s'accordent pas avec ce que vous nous mandez.
L'on a envoyé à M. Le Tellier l'argent nécessaire pour le payement des frais qui ont esté faits au siège de Tortone, sur quoy je ne doute point que vous ne soyez remboursé de vos avances, comme il n'est que trop raisonnable.
Je me promets que vous n'oublierez rien de ce que vous pourrez contribuer au lieu où vous estes pour la conservation de Tortone, vous asseurant qu'en la conjoncture présente vous ne sçauriez rendre un service plus important à Sa Majesté, ny qui luy fust plus agréable.
Elle a fait venir par deux fois des sommes considérables audit lieu, par les ordres qu'elle a donnez à M. Le Tellier sur cette presupposition que, payant avantageusement le bled et les autres choses nécessaires, les Milanois et les Génois, attirez par l'espérance du profit, se hasarderaient d'y en introduire bonne quantité; et, comme le ravitaillement de cette place est le point fondamental de sa subsistance, vous ne manquerez point d'y apporter tout ce qui dépendra de vous, sans exception ni reserve.
Vous sçaurez aussi la resolution que Sa Majesté a prise de faire passer en diligence de delà par mer le régiment des Galères, afin que, par le moyen de ce renfort et des autres troupes qu'elle fait passer en Piémont, on puisse prévenir les dessins que les ennemis pourraient ainsy former sur nostre foiblesse pour l'attaque de Tortone.
Je croy que la Republique ne fera point difficulté de donner passage aux troupes du Roy pour aller en tel lieu du Piémont que vous aurez concerté avec M. d'Aiguebonne, et qui sera jugé le plus à propos pour le service de Sa Majesté. Mais, au nom de Dieu, qu'il ne manque
1 Henri d'Orléans , duc de Longueville . avait alors le commandement de l'arme'e française en Italie.
point d'en donner promtement avis à M. de Tavanes qui commande le Janvieri6û3. régiment, et qui a ordre d'attendre à Antibes de ses nouvelles pour prendre ses resolutions là dessus. Je vous conjure autant que je puis de solliciter MM. Grimaldi et Doria pour la levée de deux compagnies de mon régiment royal dont ils sont chargés, et particulièrement d'avoir le soin de les pourvoir d'argent et de leur donner les adresses et les assistances nécessaires. Surtout il seroit extrêmement à propos de faire en sorte que, si cela se pouvoit ainsi, les barques qui conduiront le régiment des galères ramenassent une partie des compagnies avec quelques officiers. Pour cet effet vous en pouvez escrire un mot par avance à M. le comte de Carlos, qui commande en Provence en l'absence de M. le comte d'Alais, afin qu'à leur arrivée il leur donne quartier et route pour aller à Maçon, qui est le rendez vous gênerai de l'assemblée de mon régiment. Le Roy me parle si souvent de l'augmentation de mon régiment, que vous ne trouverez point estrange que je vous presse de faire tout ce que vous pourrez pour obliger ces Messieurs de ne point perdre de temps. Vous pourrez aussi les asseurer qu'ils seront ravis de la resolution qu'ils ont prise de servir un si grand Roy, et de prendre part à la gloire que ses armes lui acquièrent de tous costés.
Je vous supplie d'asseurer le sieur Janotin Justiniani de l'estime que je fais de son mérite, et que je seray tousjours bien aise de rencontrer des occasions où je luy en puisse donner des preuves. Je voudrois aussi sçavoir quelle personne est le sieur Luc Assarini et à quoy il seroit propre.
Je n'avois point, par bonheur, escrit par aucun des courriers qui ont esté pris par la garnison de Final, qui est cause que je n'ay rien à vous dire sur cela ny sur la procédure des Espagnols, d'avoir mis en galère des prisonniers de guerre, sinon que cela répugne aux lois de la bonne guerre, et que cela fait bien voir combien ils seroient insolens et outrageux dans la prospérité, puisqu'ils exercent de telles violences dans la décadence de leurs affaires; mais que Sa Majesté trouvera le moyen d'y remédier et de faire cesser ces désordres aux despens de ceux qui les font.
i643. Pour ce qui est des propositions du comte de la ' elles méri-
toient, certes, une response encore plus rude que celle qu'il a reçue, et les Espagnols font bien voir, par une telle conduite, que leur fait n'est pas sans quelque teinture de desespoir, et qu'ils ressemblent à ceux qui se noyent, qui se prennent à tout ce qu'ils rencontrent.
Que si la Republique vouloit prendre une bonne resolution de profiter de la conjoncture présente, qui ne se présentera peut estre pas si favorable dans la suite, il y auroit moyen de luy oster non seulement la jalousie que luy cause le don que le Roy a fait de Tortone à M. le prince Thomas, mais d'accroistre encore son domaine par l'adjonction de cette place et des pays circonvoisins, Sa Majesté s'asseurant que ledit prince ne feroit point difficulté de donner cela à la République et d'en recevoir rescompense ailleurs.
J'ajousterai à cela que si la Republique se conduisoitpardes maximes qui n'eussent pour but que le bien gênerai de son Estât, et si elle se pouvoit dispenser de condescendre aux desseins de quelques particuliers qui, ayant tout leur bien en Espagne, font passer leurs interestz devant les siens, je ne doute point qu'elle ne prist des resolutions capables d'establir pour une bonne fois sa grandeur, et de se délivrer de la servitude dans laquelle elle gémit sous une vaine apparence de liberté.
Je passe outre et estime qu'il ne seroit pas peut-estre impossible de gagnei' quelques particuliers de ceux qui sont intéressés avec les Espagnols, en leur représentant la commodité qu'il y auroit de les • desdommager du bien qu'ils ont en Espagne, mal asseuré et de petit revenu, par un bien stable et fort rendant qu'on leur donneroit à la bienséance de Gènes et qu'on ajousteroit à son territoire et à sa souveraineté. De sorte que le domaine de la Republique dont ils font partie s'augmenteroit et s'estendroit beaucoup par ce moyen, et eux m retireroient en leur particulier de notables avantages, ayant l'usufruit de ce dont elle auroit la souveraineté. Vous mesnagerez ces choses
1 Le nom est en blanc dans le manuscrit.
avec adresse et n en traiterez qu'avec des personnes discrètes et dont Janvier i6û3. il faudra sonder de loin les sentimens et les dispositions. Il n'y aura point pourtant d'inconvénient d'en converser, de nia part, avec Messieurs de Fiesque.
Pour ce qui est de la proposition de Ponçon, il sera à propos que vous en escriviez en Piémont, et de concerter là ce qu'il sera besoin de faire, et particulièrement avec M. Du Plessis Praslin, à qui on en a desjà parlé et qui s'en retourne bientost.
Quant à ce qui regarde le chevalier Campano, je n'ay rien à vous dire, sinon qu'il faut attendre que le sieur Bidaut ait esté mis en liberté et soit retourné à Gènes, pour voir alors ce qu'il sera nécessaire de faire; qu'au reste, je ne fais ny n'ay jamais fait grand cas de cette proposition. Je finis en vous asseurant que vos interestz me seront tousjours fort chers, et qu'il n'y a personne qui soit plus véritablement que rnoy, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. 1, f° i3 recto.
A M. DE CONONGES,