‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 25 sur 335 · ROI , ET COMMANDA · texte numérisé non relu

ROI , ET COMMANDA

[Saint-Gerniain-en-Laye,] ag janvier i643.

tniux.iiu. de CAMP de* ARMÉES m iîoi , et uimiuudant de casil.

Monsieur.

J'ay entretenu le gentilhomme que vous m'avez envoyé et appris avec plaisir ce qu'il m'a dit de vostre part, et les pensées que vous avez de donner de nouvelles marques de vostre inclinai ion pour le service de Sa Majesté. Je luy ay fait le rapport de tous vos desseins, qui ne luy a pas esté désagréable, et je vous puis asseurer qu'elle fait une estime très particulière de vostre personne. Je n'oublie rien pour faire -•n sorte que la garnison de Casai soit en estai d'agir et de faire quelque chose de bon. en une conjoncture où il ne fut jamais si nécessaire et où elle peu! tant contribuer pour la conservation de Tortone.

Janvier 1643. Je vous remercie du choix que vous avez fait d'un lieutenant [jour une compagnie de mon régiment, et je vous conjure de presser la levée des gens que vous pouvez faire et de les accompagner de deux bons sergens italiens.

J'ay escrit à M. Le Tellier pour fournir l'argent nécessaire pour cette levée, et lu y ay envoyé des ordres pour la commodité du passage par le Daupluné et ailleurs jusques à Maçon, où est le rendez vous gênerai de l'assemblée de mondit régiment. Au reste, je vous supplie, Monsieur, de croire qu'il n'y a personne à qui je désire plus de bonheur qu'à vous ny que j'ayme avec plus de tendresse. Vous recevrez des preuves de cette vérité en toutes les occasions qui se présenteront et qui me donneront moyen de vous faire paroistre que je suis de toute mon ame, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 1/1 recto.

A M. D'AIGUEBONNE

MUIESCHAL DE CAMP NES AIW1ES DE SA MAJESTE, ET GOCVEnNElil'. DE TUBIR.

[Saint-Germain-en-Laye,] -iq janvier 166.S.

Monsieur,

Vous aurez veu, par mes despesches précédentes et par celles de M. de Ghavigny, la forte passion que le Roy a que vous travailliez de tout vostre pouvoir à oster toutes les suites d'aigreur qui pourroient naistre entre Madame et Messieurs les princes. Vous devez croire que vous n'aurez point de plus grande affaire au lieu où vous estes, et qu'il n'y en pourroit avoir de plus préjudiciable au service de Sa Majesté, de Madame et des princes, qu'une mauvaise intelligence, soit qu'elle fust véritable, soit qu'elle fust crue telle par nos ennemis et par les peuples.

Nous sommes fort en peine de la maladie de Madame, et nous ne pouvons deviner d'où luy vient cette humeur triste, veu qu'elle reçoit

de Sa Majesté des marques continuelles de sa bienveillance. Nous es- Janvier 1 643. perons pourtant que Dieu la remettra bientost en santé et luy rendra sa première joye.

J'ay parlé au Roy du mauvais estât de la garnison de Turin; il a donné ordre à M. de Noyers d'y remédier et de pourvoir à toutes les choses qui regardent cette place. Je m'asseure que, par le retour de M. Talon, vous aurez tout sujet de satisfaction et d'estre en repos de ce costé là.

Sa Majesté, ayant appris de plusieurs endroits la perte d'armes que les soldats avoient faite à la retraite de Tortone, a ordonné qu'on en achetast en Piémont pour les distribuer à ceux qui n'en auroient pas. Sur quoy, ayant promis à M. de Noyers de faire fournir celles que je vous fis remettre dans la citadelle de Casai, je vous supplieray de remettre à M. Le Tellier les trois mille mousquetz qui y sont avec les bandoulières et mille piques, et s'il a affaire des autres mille piques, vous trouverez bon , s'il vous plaist, de les luy faire remettre aussy, prenant de luy un récépissé en bonne forme du nombre des armes que vous fournirez, lequel récépissé vous m'enverrez par la première occasion.

H sera à propos que vous teniez correspondance avec M. d'Amontot, particulièrement pour le passage du régiment de Tavanes, afin qu'il se fasse seurement et par les lieux qui seront jugez les plus commodes par M. le prince Thomas et par les officiers qui sont dans l'armée; surtout il faut prendre garde que ce passage soit tenu le plus secret qui se pourra, pour plusieurs raisons que vous pourrez aisément deviner.

Vous me permettrez, avant que de finir, de vous dire en confidence qu'on se plaint continuellement icy des logemcns qu'on donne dans la ville de Turin et du mauvais traitement qu'on y fait aux habitans. (jui disent n'estre en estât de souffrir les grandes charges qu'on leur met sus pour la nourriture et l'entretien de la garnison. Comme tout le monde parie librement au Roy, j'ay creu estre obligé de vous avertir de cpcy, afin que vous régliez tellement vostre conduite, qu'elle ne soit

lanviertf)'i3. pas seulement sans aucun reproche en elle inesine, connue je sçav <[u'elle l'est, mais encore en apparence, et que personne n'y puisse trouvei' de quoy en parler desavantageusement. Je m'asseure que vous recevrez cet avis en bonne part, comme venant d'une personne que vous estimez très particulièrement et qui est tort véritablement, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. I, f° 1/1 verso. Bibl. imp. S. F. n° 6880, f 2.

A M. LE TELLIER

conseiller du uoï en ses conseils, et intend\nt de la justice pour, les finances de luimée de PIEMONT a tubik.

[Saint-Germain-en-Laye, ] 3o janvier 1 663.

Monsieur,

Pour responses à vos lettres, dont la dernière est du 9* du courant, j'ay fort peu de chose à vous dire, vous ayant l'ait une ample dcspesche la semaine passée1, et particulièrement vous ayant donné avis des grands soins qu'on apporte icy pour la conservation de Tortone, ainsi que vous aurez pu le voir par ma despesche, parcelle de M. de Noyers et par les ordres qu'on a donnés de tous costés pour renforcer au plus tost l'armée d'Italie, où l'on a aussy envoyé de l'argent pour remonter les cavaliers qui sont à pied et pour introduire des vivres dans Tortone. Je vous diray maintenant que vous apprendrez de la bouche du sieur Talon, comme le Roy a consenti de donner mille livres d'augmentation pour les recreues de chaque compagnie de cavalerie, que le fonds pour cela et pour les recreues d'infanterie est desjà à Lyon, sauf les cinquante mille escus qu'on vous a envoyez pour les employer aux recreues qui se font au lieu où vous estes; que Sa Majesté trouve bon aussi qu'on donne des armes aux fantassins qui les ont perdues à la retraite de Tortone, et

Vnv. cette dépêche dans l'introduction , en tête de ce volume.

qu'on leur fournisse des souliers et des chausses; que j'escris pour cel Jamiei i643 effet à M. d'Aiguebonne de vous remettre entre les mains trois mille et tant de mousquetz avec les bandoulières et mille piques, dont vous lui baillerez un récépissé qu'd aura le soin de m'envoyer; que les capitaines des gardes travaillent de leur costé aux recreues qu'ils sont chargés de faire, et à acheter des mousquets pour en fournir à ceux de leur corps qui les ont perdus en la mesme retraite; que Normandie et plusieurs mareschaux de camp ont aussi fait leur traité, et travaillent eu diligence à faire leurs recreues, de sorte que nous avons tout sujel d'espérer qu'infailliblement dans le 1 oe de mars il y aura pour le moins trois mille hommes de pied qui passeront en Italie, avec quoy nous ne doutons point qu'on ne puisse pas seulement empescher les ennemis de songer à reprendre Tortone, mais qu'on ne les mette encore sur la défensive et en estât de recevoir ailleurs quelque échec; qu'afin que M. le prince Thomas ait lieu de faire à la Cour le voyage qu'il a résolu, le Roy fait partir dans deux jours M. le comte Du Plessis, qu'il a gratifié d'une bonne abbaye pour un de ses enfans, d'un gouvernement pour luy et d'une somme en argent.

Vous aurez soin de concerter et résoudre avec M. le prince Thoiiwiet M. d'Aiguebonne les lieux par où le régiment des galères pourra estre seurement conduit, afin qu'encore qu'on ne puisse cacher son débarquement ny sa marche, les ennemis n'ayent point moyen de luy faire du mal durant cette marche jusqu'au lieu de son rendez vous. Nous nous promettons que la république de Gènes ne fera point difficulté de luy accorder le passage que M. d'Amontof est chargé de luy demander. Encore que nous voyons assez qu'il faille beaucoup d'argent pour entretenir la garnison de Tortone, et que les ennemis n'ayent autre but quelle recouvrer cette place, à cause de la facilité qu'ils ont d'en entreprendre; le siège, la relation neantmoins que vous nous avez envoyée ayant esté lue ce malin au Roy, luy a fort .soulage'1 l'esprit et nous a fait espérer que nous n aurons eu que la peur de reperdre cette place. \ ous prendrez surtout garde de ne point laisser manquer d'argent M. de Florenville. afin qu'il ait moyen de bien munir et accommoder

Janvien643. le chasteau et qu'il n'espargne quoy que ce soit pour y mettre du bled; car, comme la saison ne peut permettre aux ennemis de l'attaquer par la force à cause de sa situation, il faut aussi leur oster le moyen de le prendre par famine.

11 sera à propos, auparavant que M. le prince Thomas parte, qu'il concerte avec M. Du Plessis Praslin ce qu'il sera nécessaire de faire en cas que les ennemis se mettent en campagne et veuillent tenter quelque chose. J'ay dicté avec M. de Noyers le mémoire que porte de delà le sieur Talon, par lequel vous verrez quelle est l'intention du Roy en toutes choses, et particulièrement sur la disposition de l'argent destiné pour les recreues des troupes de Madame et de M. le prince Thomas.

Il sera à propos que celuy qu'il faudra donner pour les recreues de l'escadron de Savoye se prenne à Lyon, comme estant plus à la bienséance et commodité de cet escadron, à- cause de la proximité du pays.

Vous tiendrez compte séparément de ce qui reviendra de bon des compagnies de Madame et de M. le prince Thomas, auxquelles on ne donne d'ordinaire plus de deux mille livres, et donnerez avis à M. de Noyei's de ce qui sera de reste. Vous prendrez, s'il vous plaist, la peine de m'en informel" aussy.

Je vous envoyé trois routes en blanc de M. d'Esdiguières ' pour le passage de mon régiment par le Dauphiné, afin que vous les remplissiez selon que vous le jugerez plus à propos.

Vous délivrerez à M. de Cononges l'argent qui sera nécessaire pour la levée de cinquante ou soixante hommes avec un lieutenant et deux sergens, et vous le presserez de les faire passer au plus tost avec les autres troupes qui se pourront offrir pour le mesme sujet. Je désire aussi, s'il vous plaist, que vous en usiez de mesme envers la compagnie que j'espère que M. le prince Thomas fera lever pour mon régiment, et je vous conjure encore de fournir toutes les adresses et assistances nécessaires à deux compagnies que j'ay fait lever par deux

1 De Lesdiguières , gouverneur du Dauphiné. (Voy. la table alphabétique, à la fin du volume. )

gentilshommes de condition de Gènes qui doivent prendre la route du Janvien6à3. Piémont, ainsy que vous apprendrez de M. d'Amontot, à qui j'ay escrit de vous en donner part.

H sera encore à propos que, dans la distribution de l'argent destiné pour les recreues des troupes de Madame, vous luy donniez toute la satisfaction et rendiez toute la complaisance que vous luy pourrez rendre, sans vous despartir des ordres que vous aurez reçus.

Je vous diray confidemment que, n'estant pas possible de contenter M. le marquis Ville 1 sur les prétentions qu'il a pour le commandement, il y a apparence qu'il sera plus esloigné que jamais de vivre en bonne intelligence avec M. Du Plessis. C'est pourquoy il sera de vostre prudence d'employer tous les moyens que vous jugerez à propos pour tourner cet inconvénient, qui ne peut estre que très préjudiciable au service du Roy et à celuy de Madame. J'en escris aussy audit marquis en des termes si forts et si efficaces, que je veux croire qu'il se laissera vaincre à la raison et que nous aurons tousjours sujet d'estre satisfaits de sa conduite.

J'ay entretenu au long M. de Castellan des affaires de delà, de quoy je. ne vous parleray point; je me contentera y de vous dire, avant que que de finir, que je ne perdray point d'occasion où je vous puisse faire paroistre combien j'estime vostre personne et combien je la tiens utile au service de Sa Majesté. Asseurez vous que je ne manqueray point d'employer en temps et lieu mes offices, afin qu'elle rescompense vos services et que vous receviez des marques de sa bienveillance, que vous souhaite celuy qui est véritablement, etc.

Seigneur piémontais qui fut tué en 1668 au siège de Crémone.

'UZAIIIN. —

Janvier i 6'i3. ~~

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, tom. IV, f° 1 53 recto.

\L SIGNOR PRENCIPE TOMMASO DI SAVOIÀ

Di San-Germano, l1 ultime» gennaro 16'4'i.

Se ne viene costi il signor Tailone1, e dovendo Vostra Altezza intendere dalla sua viva voce le risolutioni che si sono prese per contribuire sempre più e cou maggior sollecitudine alla conservatione di Tortona ed a rinforzare cotesto essercito, mi dispenso io di tratternerne Vostra Altezza, a cui aggiungero solamente che il signor conte di Plessis fra tre giorni si incaminerà a cotesta volta, gratificato di una buona abbatia e di un governo, volendo Sua Maestà che, mentre 1' Altezza Vostra habbia risoluto di venire a vederla, possi farlo prontamente. Lasciando al detto signore gli ordini di quello dovrà operare costi, in caso che li nemici si mettino in campagna, accio 1' absenza di

A MONSEIGNEUR LE PRINCE IHOMAS DE SAVOIE

De S.iint-lïermain , dernier jour de janvier t6A3.

M. Talon "se rend près de vous. Comme vous devez entendre de sa bouche les résolutions prises pour contribuer de plus en plus et avec la plus grande célérité à la conservation de Torlone et pour renforcer l'armée d'Italie, je me dispenserai d'en entretenir Votre Altesse. J'ajouterai seulement que M. le comte du Plessis s'acheminera dans trois jours de votre côté, pourvu d'une bonne abbaye et d'un gouvernement. Sa Majesté désire, puisque Votre Altesse a résolu de venir la voir, qu'elle puisse le faire promptement; elle laisserait audit seigneur les ordres pour ce qu'il devra faire en Italie, en cas que les ennemis se mettent en campagne, afin que l'absence de Votre Altesse ne nuise pas

: Il a déjà été question plus haut de attaché à l'intendance de l'armée, sous les l'envoi de Talon en Italie. Il paraît avoir été ordres de Michel Le Tellier.

DU CARDINAL MAZARllY 67

Vostra Altezza non pregiudichi punto al servitio. Spero dunque di po- Janvier i663. ter havere ben presto l'onore di rassegnarle la mia divotissima servitù, piena di desiderj diessercitarla in avvantaggio di Vostra Altezza.

Supplico Vostra Altezza a ben concertare il luogo più proprio dove havrà da fennarsi il regimento délie Galère e la sicurezza de! passaggio, quando li Genovesi permettino lo stare, corne non si dubita. Il signor d' Amontot avviserà di tutto M. d' Aiguebonne, e spero che questo rinforzo, cbe sarà di mille fanti effettivi senza gli officiali, sarà quantoprima in Piemonte, e che mediante li buoni ordini di Vostra Altezza seguirà senza pericolo.

Bisogna travagiiare a rimontare li cavalieri che sono a piedi , ed essendosi mandato una buona somma di danari a questo effetto, mi persuado che dallo stalo di Milano medesimo si potrà fare estrattione di qualche cavalli.

Dirô a Vostra Altezza confidentemente che se bene la riposta délia republica di Yenetia ail' instanze di Sua Maeslà di unire le sue armi per assicurare la pace in Italia, occupando lo stato di Milano e dividen-

au service. J'espère donc bientôt avoir l'honneur de [trouver à Votre Altesse tout mon dévouement et mon désir ardent de travailler dans son intérêt.

Je supplie Votre Altesse de bien préparer le lieu où doit s'arrêter le régiment des Galères et de pourvoir à la sûreté du passage, si toutefois les Génois lui permettent de séjourner chez eux, comme on n'en doute pas. M. d'Amontot informera de tout M. d'Aiguebonne : j'espère que ce renfort, qui sera de mille fantassins effectifs sans compter les officiers, sera au plus tôt en Piémont, et que, moyennant les ordres que Votre Altesse aura donnés, il poursuivra sa marche sans danger.

Il faut travailler à remonter les cavaliers qui sont à pied; comme ou a envoyé une bonne somme d'argent à cet effet, je suis persuadé que même de l'état de Milan on pourra tirer quelques chevaux.

Je dirai en confidence à Voire Altesse que, bien «pie la réponse de la république de Venise aux instances que lui a faites Sa Majesté de réunir ses armes aux nôln-s pour assurer la paix de l'Italie, en occupant l'état de Milan et en le

F.niio. Mi'i3. dolo alli prencipi italiani che si dichiareranno pef l'impresa, non è taie come Sua Maestà havrebbe desiderato, ad ogni caso non togliendo affatto le speranze, mentre le differenze col Pontifice restino composte, si puo credere che rimettendosi dal nostro canto le cose in stato da (are progressi, si renderà la detta republica più facile a prendere una buona risolutione. Cou che resto, ecc.

partageant entre les princes italiens , qui se déclareront pour l'entreprise , ne soit pas telle que l'aurait désirée Sa Majesté, elle ne nous ôte pas néanmoins toute espérance : en attendant que les différends avec le Pape se terminent, on peut croire que si, de notre côté, les choses sont remises en état de faire des progrès, ladite république se montrera plus disposée à prendre une honne résolution. Sur ce, je suis, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. 1, f" 16 verso.

A M. DE GRAMOND,

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