‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 241 sur 335 · A MM. LE MAGISTRAT ET CONSEIL DE VILLE DE COLMAR · texte numérisé non relu

A MM. LE MAGISTRAT ET CONSEIL DE VILLE DE COLMAR

[Paris,] 23 mai t64'i ?.

Messieurs,

Le sieur Mouch, voslre député, vous pourra tesmoigner avec quelle affection je me suis porté à protéger les interesls que vous avez eu cette Cour. S'il y a eu quelque retardement eu la satisfaction que vous avez recherchée, vous le devez imputer à la multitude des affaires qui nous occupent, qui ont besoin de temps pour s'expédier, et qui ne peuvent se faire que les unes après les autres. Car, au reste, je vous puis asseurer que la bonne volonté que la Reyne a pour vostre ville ne sçauroit estre plus grande, et que ce qui la concerne ne luy est guères moins cher que ce qui touche les propres sujets du Roy. Oulnl'inclination que Sa Majesté a pour le bien des princes et les villes de l'Empire, elle croit estre obligée d'en avoir une particulière pour la vostre, qui, seule entre toutes, s'est déclarée pour nous et mise bous la protection de cette Couronne.

Je seray pourtant bien ayse que vous rendiez ce véritable tcstnoignage à celles avec lesquelles vous entretenez correspondance et estes liés d'amitié, qu'elles doivent, avec le mesme courage qu'elles ont refusé de payer les contributions que l'Empereur exigeoit d'elles pour continuer la guerre, poursuivre d'estre admises à l'assemblée générale de Munster, pour assister et opiner, comme il Jour est permis par les loix de l'Empire, au traité de la paix qui s'y doit conclure3;

1 L'original ne contient qu'une partie de le recueil de M. de Kentzinger (p. 284-a86),

la dépêche. d'après les archives de la ville de Stras-

â Une note à peu près semblable fut re- bourg, mise par Stella de Morimont au sénat de la 3 Une lettre circulaire avait été adressée

ville de Strasbourg. Elle a été publiée dans aux princes et états de l'Empire par les plé-

Que la Suède et la France les maintiendront jusques au bout en Moi 16U, cette protection, et qu'elles n'ont rien à craindre et ont tout à espérer, si elles s'attachent et s'unissent pour ce sujet aux deux Couronnes:

Que d'cstre receues dans cette assemblée, comme il leur appartient et [comme] elles le doivent désirer, ou d'en estre exclues, comme nos ennemis le prétendent, est un point décisif de la conservation ou de la perte de leur liberté, selon que les affaires de l'Empire se conduiront, à l'avenir, par les voix et les suffrages des princes et villes libres, ou par la seule disposition de l'Empereur et de ceux qui conspirent avec luy à mesme fin;

Que, pour maintenir ce point fondamental de leur liberté, on n'exige point d'elles, bien qu'on pourroit le faire raisonnablement, de mettre des troupes sur pied ou de donner de l'argent; on demande seulement qu'elles osent en cela déclarer leur volonté, puisqu'elles le peinent faire sans courir fortune de quoy que ce soit;

Que le Roy, avec ses alliés, veuf bien courir cette fortune et qu'il est lu de n'espargner, comme il n'a point fait jusques icy, ni le sang, ai le bien de ses sujets, pour remettre les choses de l'Empire en l'esta où elles doivent estre selon ses constitutions1;

Qu'elles peuvent juger ce qu'on diroit d'un malade pour lequel il

entiaires français à Munster. Elle avait de Francfort, hors ceux de Mayence <•( de

itlie, d'après le passage sui- Bavière, ont esié d'avis d'envoyer icy des

vaut d'une dépèche que d'Âvaui et Servien depputés Nous apprenons en mesnu

itala Reine le 28 mai i644 : rl,es temps que les villes de Lubec, Hambourg

demi' Francfort , et ceux que nous el Bresme se disposent d'envoyer icy, et que

>ns «le plusieurs nulres endroits nous le reste des princes el villes du cercle de I;

confirment ce que nous avons en l'honneur Saxe suivront bientost leur exemple.'

Vostre Majesté par nostredepesche Végociationa tterètes touchant la paix dt

lettres (pie nous avons Vututer, 1. II. p. 60-61.)

tu princes et estats de l'Empire y ' Dans la lettre de Mazarin publiée 1

ont produit un assez l»nn effet. La pl'ispaii M. de Kentziuger, le texte est un peu dif-

tesmoignentd'i lient reni : pour remettre k« ckotes de l'Empirt

oblig ,; te l'honneur qu'elle t* l'ettat ou efa doivent ettre êtlon U$ *

leur .1 fait par colle remmislranrr qui leur titillions <t l'ont rsté l'an 1 Ci i S i oesl-à-din

«ravenir de leur propre bien I au commencement de la gnem de Tranti

■ les depput tte m

Mai i«;'i'i. se trouveroit un médecin si généreux qu'il De voudroit pas seulemenl

prendre la peine de le traiter, mais qu'il le voudroit encore traiter a ses despcns; que diroit-on, dis-je, d'un malade qui , en cet estat-là, n'oseroil tesmoigner le désir qu'il auroit destrc guery, ni se prévaloir des remèdes qui luy auroient esté préparés pour cet effet?

Que la France, sans parler de la Suède, est en plus forts termes eu esgard à l'Allemagne, puisque c'est elle qui soustient le plus grand faix de la guerre pour le recouvrement de sa liberté; qu'elle prend les remèdes elle-mesme, souffre les saignées et autres opérations dangereuses, pour la guerison de l'autre1;

Que c'est la seule fin qu'elle propose à ses armes, sans avoir ni dessein, ni pensée, quoy que ses ennemis luy ayent peu imposer2, de tirer d'autre avantage, de tant de sang respandu et de tant de bien employé pour le salut de ses voisins et de ses alliés, que la gloire d'avoir aydé à les sauver et les garantir de l'oppression qu'il souffroient et dont ils estoient menacés;

Qu'elle n'avoit pas seulement une volonté constante de les protéger et d'aller jusqu'au bout de la carrière, mais qu'elle en avoit encore la puissance; que les sources d'où luy venoient l'argent et les hommes n'estoient pas sujettes à se tarir, et qu'elle jouissoit au dedans d'une tranquillité si profonde et d'un calme si asseuré, par la sage et courageuse conduite de la Reyne, qu'il n'y avoit jamais eu dans l'Estat moins de crainte ni d'apparence de brouillerie;

Que, quelque soin et artifice que les ennemis apportent «à commet desguiser leur foiblesse, elle estoit neantmoins assez sensible; que l'Espagne estoit de toutes parts sur la deffensive et ne pouvoit plus envoyer de l'argent en Allemagne, n'en ayant pas assez pour elle-mesme;

Qu'elle n'en pouvoit plus recevoir des hommes3, comme elle avoit

Les deux paragraphes qui précèdent ne C'est-à-dire qu elle ne pouvait plus tirer

se trouvent pas dans la note publiée par des troupes d'Allemagne en échange de 1 ar-

M. de Kenlzinger. gent qu'elle y envoyait. Le sens de la copie

1 II y a imposer dans la copie. Il semble étant raisonnable, je n'ai pas cru pouvoir

qu'imputer serait préférable changer le texte. Il est possible toutefois

DU CARI)li\AL MAZAR1N.

lait par le passé, et, par conséquent, que cestoit une chose fort Mai i64û. nécessaire que, sa force venant tousjours à diminuer, la France se trouvast en estât d'agir plus puissamment en Allemagne, où la puissance de l'Empereur se devra aussy affaiblir par la soustraction de l'argent d'Espagne.

Voire mesme, si on tomboit en quelque grande extrémité, comme la chose est fort possible, qu'il n'y a voit plus lieu qu'il en attend ist ces secours qu'il en a receus cy-devant, comme celuy du duc de Feria durant le siège de Constance1, et celuy du feu Cardinal-Infant durant le siège de Nortlingen '2.

Je ne veux pas examiner icy par le menu lestât présent des affaires d'Allemagne, qui ne peut estre inconnu à ceux de cette nation; mais i'ose bien asseurer que, si jamais la conjoncture a esté favorable au restablissement des choses de ce pays-là, qu'elle lest présentement et qu'il y a seureté entière à se joindre maintenant au bon party, ne ^agissant principalement que d'obtenir l'usage d'un droit qui ne peul estre disputé que par ceux qui veulent abolir toutes les franchises et privilèges des princes et des villes de l'Empire3.

Ce sont des considérations sur lesquelles, si voua les trouvez aiiss\ fortes à persuader qu'elles sont véritables, vous pourrez à peu près dresser vos avertissemens, ne désirant point qu'il \ avt [autre chose| que la raison et la vérité, et les seuls inlerests fie ceux à qui vous eserires, qui fassent l'effet qu'on prétend d'eux. Je ne vous en diray poinl davantage, me remettant ;i vous autres d'\ ajouster ce que vous

qu'il \ ail me altération du texte dans ce j . . i — » - ; . il qn'fl faille lire : -Qu'elle (lEspagne)n'en poavoil plu- recevoir àea Indes comme par le passé* t« etc. c'est-à-dire m pooTu'l plu tirer de l'argent, comme par !• det fades oeckleatalea | Amé-

iiipi'

tance avait été assiégée, en 1 633 .

p. h Gustave Hora et Bernard de Saxe-Y^ • ij m.ir. Alvarez <!<• Figuera, 'lui de Feria, vint

au secours do la place et contraignit l« généraux ennemis à se retirer.

2 En 1 634 . lorsque la ville de fyordlingeu "h Nortlingen, <:lait assiégée par les Impériaux et secourue par les Suédois, l'arrivé du cardinal-infant don Fernando. gOUVei neur des Pays-Bas. donna l'avantage aux Impériaux (septembre- 1 634).

1 là s'arrête la note publiée par M. de

Kentiinger.

lai iti'i'i.

jugerez à propos, cl au sieur Moucli de vous informer des choses qui vous regardent, dont il s'en va pleinement instruit. Croyez, ce pendant, (jue je seray tousjours très-veritablement, etc.

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