DXIX
Vlanusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, fol. 179 et 180 recto et verso.
A M. LE MARESCHAL DE TURENNE
[Paris,] 3i mai 16UU.
C'est avec beaucoup de desplaisir que je suis obligé à vous dire que la mauvaise conduite de M. vostre frère ne laisse plus de lieu aux pensées que j'eusse peu avoir de chercher encore icy quelque ressource pour ses affaires. S'il se fust contenté de sortir du Royaume sans permission, et d'avoir fait donner de fausses asseurances à la Reyne qu'il se rendroit à Lorges pour y terminer l'affaire de Sedan, j'eusse avisé ce que ie temps m'eust permis de faire pour adoucir cette faute dans l'esprit de Sa Majesté, et pour luy procurer le retour à ses bonnes grâces; mais, outre cela, il a passé par l'Estat de Milan, où il s'est abouché avec le gouverneur; de là il s'est rendu à Gènes, où il a eu plusieurs conférences avec les ministres et les partisans d'Espagne, et
même date: il doit aller surveiller la marche 6° Une lellre du Roi au sieur de Yaube-
(ies troupes d'infanterie et de cavalerie en- court sur tes mouvements des troupes diri-
voyées au secours du maréchal de La Mothe gées vers la Catalogne (Fr. 6170, fol. i3«*
(Fr. '1170. fol. i3o-i3a); 1 33 v°).
particulièrement avec le marquis de Spinola. Il a escouté les propo- Mai i6«â; sitions qui luy ont esté faites de la part de l'Espagne, bien qu'il ayl dit qu'il falloit encore attendre. Il va à Rome, où il doit voir les ministres d'Espagne et achever là ce qui a esté esbauché ailleurs. Il descrie autant qu'il peut nos affaires et donne des impressions contre ['Estât, comme si tout y estoit à la veille d'une révolte. Mmo vostre belle-sœur1 tient le mesme langage à Bruxelles, et donne des impressions comme si l'Estat estoit à la veille d'un soulèvement universel, cl n'y parle pas de moins que de le faire comprendre [le duc de Bouillon | dans le traité de la paix et restablir dans Sedan, comme si l'Espagne avoit les niesmes avantages sur la France que la France a sur l'Espagne. \ ous jugez donc bien, de tout cela, que M. vostre frère est trop avant il;ms le précipice affin qu'il s'en puisse retirer, et que la personne qui l'y a jeté n'est pas preste à l'en faire revenir. C'est pourquoy, dans la profession que je fais d'estre le plus cordial et le plus véritable amy que vous ayez au monde, je vous conseille de rompre toute sorte de commerce et de communion avec luy, pour empescher qu'il ne se prevaille du contraire, faisant accroire à ceux à qui il se voudra vendre bien chèrement, que vous deflererez lousjours à ce qu'il désirera de rous, et semblables eboses, lesquelles, sans que vous y eussiez rien contribué, pourroient préjudiciel- au service du Roy et à vous-mesme. Je oe dis pas cela sans cause, puisqu'on nous mande de bon lieu que Mmp de Bouillon, pour faire meilleure la condition de son mary et le rendre plus considérable, parle de vous comme d'une personne sur qui
• •Ile ;i tOUl pouvoir.
Il sera donc a propos que le monde sçache, qu'au mesme temps qne voui souhaites du contentement à M. vostre frère, vous n'avez point de commerce ni d'intelligence avec luy. Vous gçavei qu'il n\ a que rostre sage conduite, toute pleine d'affection et de zèle, et les
1 II y n m beUt tœw dans le manuscrit. Febronie <!<■ liorjy. que 1rs Mémoires du
1 'lu copiste, ra lien de poser* cardinal de Heiy. toni parfaitemenl connaître.
Kir. l..-i dockesse da Bouillon, h BQe moorat le t 'i juillet i ('».".mords Turenoe, <;iaii Kléonore-Gatberine
Mai i644. services que vous avez rendus à l'Ëstat, que la Revue a eu la bonté de reconnoistre, <[ui nous oui porté où vous estes. Vous devez aussy croire que c'est par là seulement que vous irez plus avant, et que c'est Sa Majesté, et non pas M. vostre frère, qui, ayant commencé, achèvera aussy vostre establissement et vostre fortune. Vous n'ignorez pas encore qu'elle ne sçauroit avoir plus d'estime qu'elle a pour vous, et que vous avez un amy auprès d'elle en qui elle a quelque confiance, qui la fortifiera tousjours dans les favorables seutimens qu'elle a pour vostre personne.
Vous n'aviez pas besoin que je vous représentasse tout cela, pour vous exciter à estre ce que vous avez tousjours esté, c'est-à-dire inesbranlable dans vostre devoir, contre lequel je sçay que vous estes incapable de manquer pour ce qui est de l'essentiel et de l'effectif. Mais j'ay creu que vous ne trouveriez point mauvais que je vous fisse prendre garde à le tesmoigner par les démonstrations extérieures, afïin d'oster tout sujet aux personnes imprudentes, ou mal intentionnées, de parler mal à propos; outre que je ne doute point que vous ne croyiez assez que tout ce que je vous escris ne vienne de l'abondance de la véritable affection que j'ay pour vous, et que j'auray tousjours à un point qui ne vous est pas encore connu.
Pour ce qui est du régiment de Guy, on a ordonné cet ajustement, qu'il serviroit avec vous tant que vous seriez deçà le Rbin; à quo\ je ne croy pas qu'il doive faire difficulté. Que si vous estiez obligé de passer delà, en ce cas vous [en] serez remplacé [par l'envoi] des troupes de M. le duc d'Anguien, avec qui vous devez entretenir une parfaite correspondance.
Vous trouverez dans l'instruction de M. Le Tellier ce qu'on a avisé pour ce qui regarde M. d'Erlacb.
Vous vous employerez aussy pour divertir le gouverneur de Holienweil1 d'entendre à la recberche que les ennemis luy font pour leur rendre cette place, si tant est que l'avis soit véritable.
1 On a vu plus haut (p. 5G/j, note 2) Widerboit, et que cette ville, située dans que le gouverneur de Hohenwcil se nommait le Wurtemberg, était dans une forte posi-
J'eseris à M. d'Erlach la lettre cy-jointe '; vous pourrez la luy foire Mai i644. rendre si vous le jugez à propos.
Le siège de Gravelines s'achemine tousjours; ou a attaqué le fort Philippe, de la prise duquel despend principalement celle de la place.
Ou n'oublie rien pour obliger les Suédois de renvoyer M. Torstenson en Allemagne.
Ayant travaillé à l'instruction que vous envoyé M. Le Tellier, qui contient beaucoup de choses, particulièrement lestai auquel nous sommes avec M. de Lorraine, je n'ay rien à y ajouster.
\ ous n'aurez pas désagréable que jaye fait donner de l'employ à M. de Ruvigny, et un régiment d'infanterie dans le Poitou et Limosin, où il servira de mareschal de camp; je luy ay fait donner un bon ajulo di costa. J'ayme beaucoup sa personne et estime beaucoup ses qualités, parnn lesquelles celle d'estre fort vostre serviteur et attaché a vos interests n'est pas des moindres. Il s'est entièrement attaché aux miens, et je lu\ faira\ connoistre, dans les occasions, que la resolution qu'il a prise ue hiy sera point préjudiciable.
J ay fait donner à M. le vicomte de Gourval une reconnoissance des lervices qu'il a rendus, et nous lui devons asseurer ce qui se pourra pour I exécution de la proposition du régiment pour le renvoyer au plus tost.
tion. \\ iderfaoll irompa les Bavarois, dont il copiis appropinquare, Angianum in Germa*
Peignit il écouti r !■ - propositions, niam venire accepil . simul induciarum tem-
Voici, -m Hobenweil et son gouverne- pusexibat, tumn&Usimriationis mdigens,
niPiii . la suite du passage de La Barde cite si imperator Vitembergum ducera in inte-
plushaul p. 564-565, note | : -Ubiprimum grum restituere el in mil,. m quoante hélium
tefia riiTiini Hoentviele mmunive- statu esse veut, sese ab Ludovico impe-
proculeraDl Ludovici copiœel auxilio- traturum confidere, nii per eum liceai qui
longinqua videbatur. Quo factuiu Hoentvielemteneant.eosneutri parti studere
il bostemarte tractare Viderboltius in autadversari;sin aliter Imperatoris senientia
duceret Eo deditioneui sua- tit, sese aroeni adversum quorumvis conatul
dent iautadtare, que ferebantureoodilione», defensuruni déclarât. Deia tormentis casteUe
queomnino probare, oeque planeab- hostium incessere, eruptiooibus pugnare
ioducieee gratis uti fièrent posta- excurrere longius, donec ii ubi vident (ru
ii<|n<' ioterea tempos prooedem Post stra iooœptum, poatremoabscessere.il ulii aderanl «su va, atque Tureoam eum Voyes cette lettre ci-après p. 781.
Mai l'î'iv Je vous laisse à penser si je désire avec passion que voha lassiez quelque chose dans vostre passage du Rhin. Jeu altendray avec impatience des nouvelles.