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Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. tom. I,f t8C verso.
A M. LE DUC D'ENGHIEN
Sans date.
Monsieur,
Je croy que, s'il n'arrive d'autres forces aux ennemis que celles qui sont dans le Luxembourg, ils ne seront pas en estât d'empescher vostre voyage, principalement avec la jonction des troupes que vous attendez. On m'a asseuré d'assez bon lieu que Bec n'avoit pas plus de quatre mille hommes de pied et huit à neuf cens chevaux, en y comprenant un régiment de Croates; et vous pouvez voir, par le bruit qui a couru de ce qui devoit passer à Givet, qu'estant foibles en effet, ils font provision tant qu'ils peuvent de forces imaginaires. J'espère donc que rien n'empeschera la jonction que vous sçavez1, et que j'auray eu raison de l'approuver, non-seulement par l'estime en laquelle j'ay vostre conduite, mais par la considération de l'événement. Ce ne sera pourtant que le prélude de ce que la Reyne attend de vous, cette campagne, et je me promets que vous ne donnerez pas peu de matière à la joye qu'elle reçoit de la prospérité des armes du Roy, qui ont jusques icy si bien reussy entre vos mains.
Quant à moy, vous croirez, s'il vous plaist, qu'après le bien de l'Estat, rien ne me peut estre plus cher que vostre gloire, et que j'en reçois une si vive reflexion par la passion que j'ay pour vous, quil me semble qu'en quelque façon elle m'appartienne.
1 II s'agissait de réunir les troupes levées par Marsin dans le pays de Liège avec celles du duc d'Enghien.
Vous verrez bien que je suis homme de parole et au delà, puisque, Mai 16M. au lieu de deux cens chevaux d'artillerie que je vous avois promis, outre ceux que vous avez, j'ay fait en sorte qu'on vous en cnvoyast quatre cens. Je vous supplie de croire que je tascheray tousjours. Mutant que je pourray, de vous tromper de la sorte.
Le siège de Gravelines s'achemine tousjours1, et, s'il estoit auss\ meure contre le secours des ennemis du costé de la mer que de celuy de la terre, je vous en donnerois la prise infaillible. C'est à quoy on travaille autant qu'on peut, et cela despend de la prise du fort Philippe, auquel on se devoit attacher. M. le duc d'Orléans est tousjours dans le camp, tant pour haster les travaux et animer nos troupes par sa présence, que pour conserver l'union entre les chefs, qui est maintenant assef bonne.