PRESIDENT AD PARLEMENT DE TOULOUSE
[Saint-Germain-en-Laye, J h février i6i3.
Monsieur,
Quelque grande que soit la douleur que vous avez reçue de la mort de M. le cardinal-duc, je ne puis que je ne la trouve fort juste. La médiocrité qui change les passions en vertus seroit un défaut en celle-cy pour certaines personnes; et, pour moy, je ne croyrois pas assez raisonnable si l'affliction où cet accident m'a jeté pouvoit recevoir des bornes. Je sçay que les sujets qui la causent ne me sont communs avec personne; mais je n'ignore pas aussy combien vous en avez de vous affliger, et je voy assez ce que vous perdez en vostre particulier dans la perte que le public a faite d'un des plus grands
1 Le président de Gramond est auteur l'ouvrage du président de Thou. C'est à celte d'une histoire latine destinée à faire suite à histoire que la lettre de Mazarin fait allusion.
hommes qu'il ait jamais eus. Vous perdez le plus digne estimateur des Févrien643. richesses de votre esprit que vous eussiez pu vous choisir, et une partie du prix qui fust venu du dehors au mérite de vostre ouvrage est tombée par la mort de celuy dont la seule authorité estoit capable d'en donner à des ouvrages sans mérite. J'ajoute encore que, quoyque cet homme incomparable ayt eu le contentement avant de mourir de voir tous ses desseins couronnés de succès heureux, cette satisfaction luy a manqué de n'avoir pas veu le règne du Roy en sa gloire dans vostre livre, ni son administration triomphante dans la plus belle et la plus générale de toutes les langues. Quant à moy, qui fais profession d'honorer la vertu en quelque sujet qu'elle se trouve, et qui suis obligé plus que nul autre à désirer la grandeur et la gloire du Roy, je m'esloignerois bien de mon inclination et de mon devoir, si je refusois mes applaudissemens et mon tesmoignage à vostre histoire, et si je ne taschois de faire valoir auprès de Sa Majesté la peine que vous prenez pour communiquer à toutes les nations et à tous les âges les merveilles de sa vie. Continuez donc, Monsieur, ce que vous avez si bien commencé, et asseurez vous que je ne perdray point d'occasion où je vous puisse faire paroistre que vos interestz me sont fort chers et que personne n'est plus véritablement que moy, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, lom. I, P 17 recto.
A M. RRASSET,
!:f MUENT POU» SA MAJESTÉ PUES MESSIEURS LES ESTATS GENERAUX DES PROVINCES-UNIES ET DES PAYS-RAS.
[Saint-Germain-cn-Laye,] 5 Février i643.
Monsieur,
J'ay veu par vostre dernière du -2 6 janvier les offices que vous avez faits auprès de Messieurs les Estats Généraux pour leur confirmer les asseuranecs que je leur ay données de la passion que j'ay pour les interestz de leur republique. Je vous supplie de leur rafraisrhir de
Fémeri6û3. temps en temps cette vérité, dont j'espère que les effets leur rendront des preuves indubitables. Vous m'obligerez d'asseurer aussi M. le prince d'Orange du ressentiment que j'ay du souvenir qu'il a de moy, et du désir de mériter ses bonnes grâces par mes services; il le croira facilement s'il considère que, dans la liaison d'interest que Messieurs les Estats ont avec cette Couronne, je ne puis, comme bon François, avoir d'autres sentimens; mais il n'en doutera point aussi, quand il sraura la profession que j'ay faite de tout temps d'honorer les hommes de grand nom et de grand mérite. Pour vostre particulier, croyez que je ne perdray point d'occasion où je vous puisse tesmoigner que je vous estime beaucoup et que je suis véritablement, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. IV. P 1 56 recto.