‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 283 sur 335 · A M. FABERT · texte numérisé non relu

A M. FABERT

[Paris ou Ruel,] juin 1666.

Monsieur,

M. de Barlemont m'a fait voir une lettre que M. de Thibaud luy a escrite touchant les propositions qui luy ont esté faites de la somme de vingt mille escus et d'une pension de trois mille livres, comme vous sçavez1. J'avoue que, après les déclarations qu'il nous a faites de ne vouloir capituler avec Sa Majesté, aux volontés de laquelle il estoit résolu de rendre une parfaite delïerence, j'ay esté surpris de voir dans la susdite lettre un procédé tout contraire, et qu'il trouvoit mauvais qu'on luy ofi'rist si peu par la comparaison de la rescompense qu'a eue \1. de Schomberg pour le gouvernement de Melz. Je vous laisse juger si cette comparaison est recevable, du gouvernement dune grande ville et d'un gouvernement fixe et stable, comme est celuy-là, avec celuy d'une petite place, où M. Thibaud n'avoit esté mis que comme dans une place qui pouvoit estre rasée à toute heure, ou remise au duc

1 II s'agissait du gouvernement de Ste- Thibaud, et donne' au duc d'Enghien. (Voy. nay, qui devait Aire abandonné parle sieur ci-dessus, p. 717, texte et note 1.)

Charles par accommodement, s'il se fust trouvé qu'un tel accommode- Juin 16M ment eust esté avantageux au Roy et au bien de ses affaires.

Je vous supplie donc de luy faire bien comprendre cette inesgalité, et de le disposer de conclure au plus tost cette affaire. Que s'il est nécessaire d'ajouster quelque chose aux vingt mille escus proposés, vous pourrez aller jusqu'à dix-huit ou vingt mille livres, lesquelles ne seront neantmoins payables plus tost d'un an l, mais dont on luy asseurera bien le payement. Vous pourrez aussy luy représenter que la Reyne n'a point eu dessein de le retirer de Stenay qu'avec la pensée de le pourvoir, avec le temps, de quelque chose qui valust autant ou plus. Vous mesnagerez tout cecy avec vostre prudence accoustumée et ne fairez qu'à l'extrémité l'ouverture du supplément que je vous escris à la somme de vingt mille escus. Mais surtout, je vous conjure que le tout se termine promptcment, puisqu'il importe ainsy pour le service du Roy, et de croire que je seray tousjours plus que personne du monde , etc.

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