AU PERE PROVINCIAL MAZARIN, A ROME
De Paria , le \h février 1 6U'i.
Je vous dirai franchement ce que je pense; je sais que je puis le faire sans que vous vous imaginiez que je manque d'affection pour vous et que je mets quelque différence entre vos intérêts et les miens; j'espère vous prouver le contraire dans peu de temps de la meilleure manière qu'il me sera possible.
Je ne sais ce qu'on aura fait de la dépêche de Sa Majesté, portée par M. de Montreuil à M. l'ambassadeur; mais comme l'aversion qu'a pour vous le cardinal Barberino ne me donne pas lieu d'espérer rien qui vous soit avantageux, el que, d'ailleurs, je ne voudrais pas que nous restassions ses obligés pour une petite facilité qu'il pourrai! apporter à l'arrangement de vos intérêts, je suis d'avis, nonobstant les ordres qu'on ne cesse de donner à l'ambassa -
Février i643. basciatore di confirmarsi alla vostra volonté in quello riguardo il generalato1, che prendeste una generosa risolutione, e, domandando audienza alla Santità di Nostro Signore, rimetteste alla Santità Sua tutte le vostre ragione, e rinuntiaste in ogni miglior modo aile giuste pretentioni che havete di essere mantenuto nel possesso délia carica che canonicamente havete havuta nel capitolo a Genova. 0, se non giudicaste a proposito di fare questa attione a dirittura con il Papa, crederei che potreste valere de! mezzo de! signor cardinale Sacchetti, o de! signor cardinale Spada, o di tutti due insieme, avvertendo di ricusare assolutamente ogni gratia che vi si esibisce per parte di Sua Santità, e dimostrare solamente che il puro zelo che havete per la vostra religione, la risolutione di non voler disputare quelle cose aile quali vedete essere contraria la mente di Sua Santità, e la particolar premura di non volere, etiam indirettamente, dar luogo che si ascriva al sostenimento dei vostri interessi la mala intelligenza de! Re con la Santità Sua, vi hanno mosso a prendere una tal risolutione, non consiglia-
deur pour ce qui concerne le généralat, de se conformer à votre volonté sur ce point, que vous preniez une généreuse résolution, et que, demandant audience à Sa Sainteté, vous lui exposiez toutes vos raisons, et que vous renonciez de la meilleure grâce possible aux justes prétentions que vous avez d'être maintenu dans la possession d'une charge que vous avez eue canoniquement dans le chapitre de Gênes. Ou bien, si vous ne jugez pas à propos de vous adresser directement au Pape, je crois que vous pourriez avoir recours à monseigneur le cardinal Sacchetti ou à monseigneur le cardinal Spada, ou à tous les deux à la fois, en les priant de refuser toute faveur que pourrait vous accorder Sa Sainteté elle-même , et de lui remontrer seulement que le pur zèle (pie vous avez pour votre ordre, la résolution de ne pas discuter sur des questions où vous savez que Sa Sainteté a une opinion contraire à la vôtre, et la crainte de voir imputer à la défense de vos intérêts la mésintelligence entre le Roi et Sa Sainteté, vous ont déterminé à prendre une telle résolution,
1 II s'agissait de la dignité de général des dominicains.
tavi da altro che dal vostro desiderio di contribuire al ben publico Février 16/13. senza haver riguardo al pregiuditio particolare che ve ne risulta.
E quando vi fosse proposta gratia taie che giudicaste accettabile, vi prego a non volerla ricevere senza havermene data prima parte. Io stimo che una tal risolutione sarà lodata da pertutto, e che per altro la vostra riputatione non sofïrirà alcun discapito, perche, oltre le suddette ragioni, non havete con che diffendervi dalla violenza che vi vien fatta, e non voleté farlo a costo délia divisione de! vostro ordine: e per quello tocca il vostro avvantaggio, dovendo in questo caso restai' particolare nella vostra religione, vi assicuro che in brevissimo tempo godrete gli effetti délia protettione del Re in modo che, senz' havere obbligatione a nessun altro che a Sua Maestà, havrete occasione di rimanere intieramente contento.
Io mi muovo tanto più a darvi questo consiglio, quanto che antivedo che per altre ragioni si aumenteranno ogni giorno più i disgusti di Sua Maestà con il Papa, e se il vostro interesse non rimanesse aggiustato, si ascriverebbe assolutamente ad esso la cagione délia rottura,
qui ne vous a été dictée que par votre désir de contribuer au bien public sans égard au préjudice qui peut en résulter pour vous.
Et si l'on vous propose une faveur que vous jugiez acceptable, je vous prie de ne pas la recevoir avant de m'en avoir fait part à moi le premier; j'estime qu'une telle résolution sera louée par tout le monde, et que d'ailleurs votre honneur n'en souffrira aucune atteinte; car, outre les susdites raisons, vous n'avez aucun moyen de vous défendre de la violence qui vous est faite, et vous ne voulez pas le faire en jetant la division dans votre ordre; et, pour ce qui tient à vos intérêts, en restant en tous cas simple membre de votre ordre, vous pouvez être sur que, dans très-peu de temps, vous jouirez des effets de la protection du Roi, de sorte que, sans avoir d'obligation à d'autres qu'à Sa Majesté, vous aurez sujet d'être entièrement satisfait.
Je m'empresse d'autant plus de vous donner ce conseil, que je prévois que pour d'autres raisons les mécontentements de Sa Majesté contre le Pape augmenteront tous les jours; et si votre affaire n'était pas arrangée, on ne manquerait pas d'attribuer la rupture à cette cause, ce qui ne me nuirait pas peu
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Février i643. il che pregiudicarebbe non poco al posto nel quale mi trovo in Francia, essendo certo che tutti maie afletti al governo présente prenderebbero occasione di lacerare la mia persona e rendere il mio nome in questo regno odioso a tutti quelli che, senza esaminare la vera origine délia rottura, s' applicherebbero solo a condannare la poca diflerenza o sommissione prestata alla Santa Sede, e se per avventura succedesse qualche sinistro avvenimento , se ne darebbe la colpa alla rottura, e consequentemente a me, che ne verrei creduto l' autore. Cosi la riputatione del Re verrebbe ancora ad essere messa a coperto per quelîo riguarda il maltrattamento che voi havete ricevuto, poichè prevalendo in voi il desiderio di non vedere divisa la vostra religione con cedere spontaneamente le vostre ragioni, togliete a Sua Maestà l' obbligo di sostenerle.
Considero ancora che il miglior modo che potreste praticare per vendicarvi del cardinale Barberino sarebbe di concorre voi medesimo alla sussistenza del Padre Ridolfi , giacchè la congregatione de' cardinali sostiene essere nulla la dispositione fatta da lui nel capitolo di Genova,
dans le poste que j'occupe en France. Je suis certain que tous ceux qui sont mal disposés pour le gouvernement actuel prendraient de là occasion de déchirer ma personne et de rendre dans ce royaume mon nom odieux à tous ceux qui, sans examiner la véritable cause de la rupture, ne s'attacheraient qu'à condamner le peu de déférence ou de soumission montré au Saint-Siège, et si d'aventure il arrivait quelque sinistre événement, on en rejeterait la faute sur la rupture, et par conséquent sur moi, qui en serais regardé comme l'auteur. L'honneur du Roi serait encore mis à couvert pour ce qui regarde le mauvais traitement que vous avez reçu, puisque, en manifestant votre désir de ne pas voir la division dans votre ordre et en renonçant spontanément à vos réclamations, vous délivrez Sa Majesté de l'obligation de les appuyer.
Je pense encore que le meilleur moyen que vous puissiez employer pour vous venger du cardinal Barberino serait de concourir vous-même au maintien du père Ridolfi, puisque la congrégation des cardinaux soutient que sa déposition dans le chapitre de Gênes est nulle. Or, si d'un côté le cardinal
e cosi se per una parte ii cardinale Barberino havesse gusto di vedervi Février i6«. senza il generaiato, gli sarebbe per l'altra grandemente sensibile di vederlo continuare in una persona che, aggiunte aile antiche offese quelle ch'ella ha ricevuto ultimamente , sarà in ogni tempo nemico irreconciliabile délia sua persona e casa. Gon quanta maggior umiliatione, disinvoltura e generosità praticherete il consiglio che vi do, l'apploso e l'avvantaggio che ne ritirerete sarà tanto più grande. E se non giudicherete bene di trattenervi in Roma, eseguita che haveste la detta risolutione, potreste fermarvi in qualche altra parte quivi contigua. Assicuratevi che, quando il signor Vincenzo ha fatta la propositione che vi si dia il vescovato di Fano , non ha creduto di pensare cosa che vi fosse disavvantaggiosa, di che îïon vi deve iasciare dubitare 1' affetto e sincerità conosciuta di detto signore.
Se il Papa condescendesse ail' erettione del vescovato di Pinerolo, non crederei che questa gratia dovesse essere ricusata, come tampoco se condescendesse a darvi un arcivescovato in partibus con una buona pensione, che potrebbe porre sopra il vescovato di Fano, il quale Sua
Barberino vous voyait avec plaisir privé du généralat, de l'autre, il lui serait grandement pénible de le voir continué dans une personne qui aux anciennes offenses ajouterait celles qu'elle a reçues dernièrement, et sera en tout temps l'ennemi irréconciliable du cardinal et de sa maison. Plus vous mettrez d'humilité, de bonne grâce et de générosité à suivre le conseil que je vous donne, plus grands seront les applaudissements et les avantages que vous en retirerez. Si vous ne trouviez pas bon de demeurer à Rome après l'exécution du projet susdit, vous pourriez vous arrêter dans quelque lieu voisin. Soyez bien persuadé que, quand le seigneur Vincenzo a proposé de vous donner l'évêché de Fano, il n'a pas cru imaginer une chose qui vous fût désavantageuse, ce donl ne vous permet pas de douter l'affection et la sincérité bien connues de ce seigneur.
Si le Pape consentait à l'érection de l'évêché de Pignerol, je ne crois pas (pic cette faveur dût être refusée, non plus que s'il voulait bien vous donner un archevêché m partibus, avec une bonne pension, qu'il pourrait assigner sur l'évêché
Févrien643. Santità potrebbe conferire a qualcheduno, poichè in questo caso, con un taie carrattere assistuLo dal Re, potreste trattencrvi in cotesta corte, e, servendo il signor ambasciatore, rendervi in quaiche modo utile al servitio di questa Corona.
Di gratia contenta tevi, unitamente con nostro padre l, di ultimare quanto prima l'accomodamento di Chiesa.
Se il signor Ondedei 2 non porta a Sua Maestà sodisiattione sopra i punti per li quali il signor marchese di Fontanè è stato necessitato di ritirarsi da Roma, riceverà qui poca sodisfattione; onde tanto più desidero che quello del vostro interesse resti aggiustato prima che il suddetto arrivi, e sarebbe anco a proposito che voi non inviasti qui il padre Neri, corne mi accennate di voler fare.
11 signor cardinale Bichi si trova qui in casa mia, venuto per ringratiare Sua Maestà dell' abbatia ultimamente conferita , e per prendere licenza dalla Maestà Sua prima d' incaminarsi a cotesta volta, credendo di poterlo fare prontamente , havendone fatto dimandare la permissione
de Fano, que Sa Sainteté pourrait conférer à un autre. Alors, revêtu d'un tel titre et soutenu par le Roi, vous pourriez résider à la cour de Rome, et, en servant notre ambassadeur, vous rendre utile à la couronne de France.
De grâce, ayez la bonté, de concert avec notre père, de terminer au plus tôt les troubles de l'Eglise.
Si le seigneur Ondedei n'apporte pas à Sa Majesté des satisfactions sur les points pour lesquels M. le marquis de Fontenay a été forcé de se retirer de Rome, il recevra ici un accueil peu flatteur; c'est ce qui me fait désirer plus vivement que votre affaire soit arrangée avant l'arrivée du susdit; il serait bon aussi de ne pas nous envoyer ici le père Néri, comme vous m'annoncez vouloir le faire.
Monseigneur le cardinal Bichi se trouve ici chez moi; il est venu pour remercier Sa Majesté de l'abbaye qui lui a été donnée dernièrement, et pour prendre congé du Roi avant de se mettre en route pour l'Italie : il croit pouvoir le faire promptement, en ayant fait demander la permission à Sa Majesté.
1 Pierre Mazarin, père du cardinal. — 2 Zongo Ondedei, parent de Mazarin, devint dans la suite évêque de Fréjus.
a Sua Maestà. H detto signor è grandemente alïettionato alla mia persona Février 1 64a. ed alla vostra, onde vi prego a servirlo, quando si trovi costi, con ogni maggior attentione.
Testificarete in tutte le occorrenze al signor ambasciatore li sentimenti délie vere obbligationi che li professo, e li farete in ogni miglior modo conoscere la libertà con che puo assolutamente disporre di tutti noi. Gli potrete dar parte di quanto vi scrivo, havendo tutto conferito con M. di Ghavigni; ma quando anche il signor ambasciatore havesse qualche ragione in contrario, M. di Ghavigni ed io crediamo che debba trovare buono che voi vi conformiate a quanto vi ho accennato di sopra, senza pero che in alcun modo Sua Eccellenza dimostri di havere havuta parte o acconsentito alla vostra risolutione.
Il Benedetti mi scrive d'havervi dati settanta scudi, ed io li rispondo che oltre di questi ve ne paghi ancora cento altri.
Ce cardinal a beaucoup d'affection pour moi et pour vous; c'est pourquoi je vous prie de lui être utile, quand il sera près de vous, et d'avoir pour lui toutes les plus grandes attentions.
Vous témoignerez dans toutes les occasions à M. l'ambassadeur la reconnaissance des véritables services que je déclare hautement qu'il m'a rendus. Vous lui ferez connaître, le mieux que vous pourrez, qu'il peut prendre la liberté absolue de disposer de nous tous. Vous pouvez lui communiquer tout ce que je vous écris; j'ai conféré sur le tout avec M. de Chavigny. Mais si M. l'ambassadeur avait quelque raison de faire le contraire de ce que je vous dis, M. de Chavigny et moi nous croyons qu'il doit trouver bon que vous vous conformiez à tout ce que je vous ai indiqué plus haut; pourtant Son Excellence ne fera connaître en aucune manière qu'il ait pris part à votre résolution ni qu'il y ait donné son assentiment.
Renedetti m'écrit qu'il vous a donné soixante et dix écus, et je lui réponds qu'il vous en compte encore cent autres.
\IAZARIN. I.
Février 16/1 3.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I , f° 17 verso.
A M. D'AMONTOT.
[ Saint-Germain-en-Laye , J 16 février i643.
Monsieur,
Vous aurez reçu ma dernière du 29e du passé, qui est fort ample et fort exacte. Celle cy est pour vous dire que M. de Noyers s'est chargé de vous faire rembourse]' des vingt mille livres que vous avez avancées pour le service du Roy.
Quant à l'eschange que vous proposez du valet et du courrier de M. le mareschal d'Estrées contre un prisonnier espagnol , c'est une chose en laquelle vous ne devez point douter que je ne vous sois favorable lorsqu'on en parlera, comme je me porteray avec affection en toutes les choses où il s'agira de vos interestz.
Le Roy a ordonné qu'on donnast satisfaction à la Republique sur la prise du vaisseau de Ferrari, comme vous l'apprendrez par les despesches de M. de Ghavigny, par lesquelles vous apprendrez aussy que Sa Majesté désire rendre à la Republique toutes les preuves de sincère et véritable amy et allié, se promettant de recevoir, de sa part, de la correspondance et des preuves réciproques; ce que vous lui sçaurez bien représenter.
J'ay veu le sieur Fiesque, dont j'estime fort le mérite, et à qui je fera y voir en toutes les occasions que ce qui le touche m'est fort cher, et que je prise trop l'attachement qu'il a tesmoigné avoir à mes interestz pour n'en avoir qu'un ressentiment médiocre.
Je ne doute point que les Espagnols ne mettent toutes pièces en œuvre pour reprendre Tortone , et vous aurez pu apprendre par mes précédentes que le Roy n'oublie rien de son costé pour conserver cette conqueste.
Pour ce qui est des plaintes que vous me mandez que vous a faites
DU CARDINAL MAZAR1N. 91
le frère de l'abbé Isola, j'ay bien dit qu'il avoit esté peu regretté, mais Février i643. non pas que vous me l'eussiez escrit; c'est pourquoy mettez vous l'esprit en repos de ce costé là.
Le bruit qui a couru à Gènes de la maladie du Roy n'a pas altéré , par la grâce de Dieu, sa santé, qui n'a jamais esté plus vigoureuse, et qui s'affermit de telle sorte tous les jours qu'on s'en peut promettre une longue durée, et que ceux qui font courir de tels bruits seront longtemps à attendre les effets de leurs désirs. Je me remets des autres choses aux despesches de M. de Chavigny, et finiray la présente après vous avoir protesté que personne n'est plus véritablement que moy, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, lom. I, f 20 recto.