‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 43 sur 335 · LU · texte numérisé non relu

LU

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n" 1719, tom. I, f° 27 verso.

A M. D'AMONTOT.

[Saint-Germain-en-Lnye, ] 9 mars 1 643.

Monsieur,

Pour respondre à la vostre du y 3 du passé, je vous diray qu'encore que la raison et l'expérience nous ayent fait connoistre l'inclination

Mars i643. qu'a communément la republique de Gènes plus pour l'Espagne que pour la France, et que la neutralité n'est pas égale dans son esprit pour les deux couronnes, vous ne devez pas pourtant laisser de la solliciter tousjours à cette égalité, et de tasclier d'en tirer le plus d'avantages que vous pourrez en nostre faveur.

Pour cela vous luy représenterez qu'elle doit attendre une plus sincère et effective affection du Roy que celle des Espagnols, pourveu qu'elle y veuille apporter de son costé une véritable correspondance; que Sa Majesté a donné ordre qu'on restituast en sa considération le vaisseau de Ferrari, et si, dans l'occasion du siège de Tortone, elle donne quelque marque plus expresse qu'elle n'a fait jusques icy de sa bonne volonté pour nostre couronne, M. de Chavigny et moy nous promettons de porter le Roy à luy rendre la galère qui luy a esté prise, et à luy faire donner d'autres effets remarquables de sa royale bienveillance.

J'approuve fort que vous n'ayez pas fait l'ouverture de ce que je vous avois escrit touchant la ville de Tortone, puisque la conjoncture, ayant changé par l'attaque de cette place, requiert aussy qu'on change de dessein et qu'on attende une occasion plus favorable.

Je vous supplie d'asseurer tousjours le seigneur Gianotin Giustiniani de mon estime et de mon affection, dont je luy rendray des preuves en toutes les occasions où je luy pourray estre utile. Pour ce qui est du payement de la pension que le Roy luy donne, je ne voy point qu'il y ayt difficulté. Que si toutefois il y en avoit, mon crédit ne luy manquera pas pour la surmonter et pour luy procurer toute la satisfaction que mérite un homme si bien intentionné pour nostre couronne.

Quant au sieur Luc Assarini, exhortez le, s'il vous plaist, à continuer d'escrire dans la vérité à l'avantage de la France, et asseurez le que je tascheray de luy procurer auprès du Roy une telle reconnoissance de son travail qu'il aura sujet de se louer de ses bontez et de la peine qu'il aura prise.

Ce que vous m'escrivez du chevalier Gampano ne m'a point surpris,

DU CARDINAL MAZAR1N. 1-25

puisque j'ay tousjoura creu qu'il y auroit de la fourberie de son fait. Mars 1663. et que cet homme promettait plus qu'il sçavoit ne pouvoir tenir.

Nous avons icy le courrier qui vient d'Espagne pour porter en Flandre la nouvelle de la disgrâce du comte d'Olivarez *, laquelle soit que ce ne soit qu'un simple esloignement de la Cour et des affaires, soit qu'elle ayt quelque autre marque plus seure, il est malaisé qu'il ne s'en fasse quelque reflexion sur ses amis et ses créatures qui sont dans l'employ. et que les affaires d'Espagne ne souffrent de la conduite d'un jeune et peu expérimenté ministre qui luy a succédé.

Le Roy se porte bien, et la petite indisposition dont il a esté travaillé . qui a esté un dévoyement, aura servy à luy faire la santé meilleure et à le rendre plus capable de la fatigue de la campagne prochaine à laquelle il se prépare.

Les affaires se soutiennent avantageusement en Allemagne de la part des confédérés2, les ennemis y estant de tous costez sur la défensive. Nos armées de deçà seront bientost pressées d'aller en campagne, et nous avons tout sujet d'espérer que Dieu, qui connoist les bonnes intentions du Roy, continuera à bénir ses armées. Je suis, etc.

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