‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 57 sur 335 · A MADAME DE SAVOYE · texte numérisé non relu

A MADAME DE SAVOYE

[Saint-Germain-en-Laye,] 11 avril i663.

Madame,

Le Roy ayant accordé à M. de Noyers la permission qu'il luy a

' La disgrâce du secrétaire d'Etat Sublet ' Nicolas Bretel de Gremonville, qui fut

de Noyers eut lieu le 1 0 avril. Il reçut l'ordre dans la suite ambassadeur à Rome et à Ve-

de se retirer à sa terre de Dangu, en Nor- nise. (Voyez la liste alphabétique, à la fin

mandie 1 Bure 1 du volume.)

\vr-it i643-

\vrii i643. instamment demandée de se retirer de la Cour, j'ay creu estre obligé de donner part à Vostre Altesse Royalle du choix que Sa Majesté a fait de M. Le Tellier pour exercer sa charge par commission. Je ne doute point que Vostre Altesse n'ayt d'abord quelque desplaisir de voir revenir en France un homme qui avoit tant de connoissance des affaires du Piémont et tant de passion pour son service. Mais si elle considère qu'il passe à un employ où il luy en pourra rendre des preuves plus fortes et plus efficaces qu'il ne faisoit auparavant, je m'asseure qu'elle demeurera satisfaite de la promotion, et qu'elle augmentera la confiance qu'elle avoit aux bonnes intentions qu'on a icy pour ses interests. M. le baron de Paluau a fait des relations à Vostre Altesse, dont je ne luy parleray point maintenant. Je ne luy parleray non plus de cette trèsvive et très-veritable inclination que j'ay pour tout ce qui la regarde, d'autant que je me promets qu'elle en est très-persuadée , et qu'elle me fait l'honneur de croire que je suis plus que personne, etc.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine. n° 1719, tom. I, P 34 recto.

A M. LE TELLIER

[Saint-Germain-en-Laye,] 11 avril i648.

Monsieur,

Celle -cy sera pour vous dire que le Roy, ayant accordé à M. de Noyers la permission de se retirer, qu'il luy a instamment demandée, il a jeté les yeux sur vostre personne pour exercer sa charge de secrétaire d'Estat par commission. La satisfaction qu'il a de vostre capacité et de vostre mérite luy ont donné cette pensée, et je vous puis asseurer que M. de Chavigny n'a rien oublié pour l'y confirmer. Vous ne douterez point que je n'aye rendu le tesmoignage que la vérité et l'affection que j'ay pour vous m'obligeoient de rendre. Vous vous mettrez donc en estât de partir dès que vous aurez receu la présente, que vous

DU CARDINAL MAZARIIV 153

porte un gentilhomme qui est à moy, et vous donnerez à M. de Gre- Axrîi i643. monville en le rencontrant toutes les lumières et instructions dont il importe qu'il soit muni pour succéder dignement à vostre employ, auquel Sa Majesté l'a nommé. Que si, neantmoins, il estoit absolument nécessaire pour le secours de Tortone que vous fissiez encore un peu de séjour en Italie, vous n'en devez point faire difficulté, et la considération d'une affaire si importante à l'Estat doit l'emporter sur toutes les autres. J'ay fait des avances à M. Le Roy que je pense que vous ne desavouerez pas, et j'ay en cela considéré son mérite et la parenté qui est entre, vous deux. Pour ce qui est de la passion que j'ay pour ce qui vous touche, le temps et les effets vous l'apprendront mieux que mes paroles et vous feront mieux voir que je suis véritablement, etc.

Manuse. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. tom. I. P 35 recto.

A M. LE COMTE DE PLESSIS-PRASL1N

LIEUTENANT GENERAI. DE L'ARMEE Dl' ROY EN PIEMONT.

[ Saint- Germain-en-Laye,] m avril i643.

Monsieur.

Je vous avois escrit au long, il y a quelque temps, sur certaines difficultés qui regardoient la conservation de Tortone; mais puisque l'occasion en est passée, et que le secours en est résolu par l'attaque de l'armée ennemie qui l'assiège, je me contenteray maintenant de bien espérer du succez auquel le nombre et la bonté de nos troupes, la valeur de M. le prince Thomas et la vostre, lestât de la saison et ton les les autres choses semblent estre favorables.

Attendant cela, je vous diray que le Roy ayant accordé à M. de Noyers la permission de se retirer, qu'il luy a instamment demandée, Sa Majesté a jeté les yeux sur la personne de M. Le Tellier, pour exercer par commission la charge de secrétaire d'Estat. Quoyque [e ne

\mi i643. Houle point que l'estime que vous laites dudit sieur Le Tellier ne vous , apporte quelque douleur de luy voir quitter l'employ qu'il avoit dans l'armée, je ne laisse pas aussy de croire que vous ne soyez bien ayse de le voir passer à un autre qui luy sera plus avantageux, et où il pourra estre plus utile à ses amis. M, de Gremonville est destiné pour luy succéder, de la capacité duquel et de son zèle pour le service du Roy nous nous promettons beaucoup. Je finis en vous renouvelant les promesses que je vous ay faites d'estre toute ma vie, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. IV, P 175 recto.

AL SIGNOR PRENCIPE TOMMASO DI SAVOIA

Di San-Germano, ii 11 aprile i663.

Presuppongo Vostra Altezza presentemente in procinto di tentare il soccorso di Tortona, poichè dalle lettere delli signori Aiguebonne e Gastellano ho appreso che partiva con rinforzo considerabile per unirsi all'esercito, il quale Sua Maestà ha havuto gran gusto d' intendere che fosse cosi ben' allogiato nel Miianese. Se io desideri che Vostra Altezza rieschi in questa impresa cosi gloriosa, come ha fatto in tant' altre , potrà facilmente comprenderlo dalle obligationi che ne ho

A MONSEIGNEUR LE PRINCE THOMAS DE SAVOIE

De Saint-Germain, le 1 1 avril i643.

Je suppose Votre Altesse en ce moment sur le point de tenter de secourir Tortone, puisque, d'après les lettres de MM. d'Aiguebonne et de Castellan, j'ai appris qu'elle partait avec un renfort considérable , pour se joindre à l'armée, qui, à la grande satisfaction de Sa Majesté, est très-bien logée dans le Milanais. Je souhaite que Votre Altesse réussisse dans cette glorieuse entreprise comme elle l'a fait dans tant d'autres, et vous pouvez le comprendre d'après les obligations que je vous en ai pour le service de Sa Majesté. Puis, je désire

per il servitio di Sua Maestà, e dalla passione particoiare che ho per Avril i6û3. la gloria et avvantaggio di Vostra Altezza; per li cui sentiment i, zelo et affetto verso questa Gorona ho in ogni meglior forma risposto a Sua Maestà, ancorchè non fosse necessario per la buona opinione che ha la Maestà Sua dell' integrità et ottime qualità dell' Altezza Vostra.

Di Genova et altre parti vien scritto, che solamente presentandosi vicino a Tortona l' esercito di Sua Maestà , li Spagnuoli abbandoneranno, o che il conte di Zervela non si riscalderà molto nel proseguimento dell' impresa, vedendo dall' elettione fatta del marchese di Velada per suo successore, dopo la ritirata del conte duca, che non è stato giudicato capace di quella carica. Io per me credo doverne sperar bene, perche Vostra Altezza non dimenticherà cosa alcuna nella condotta dell' impresa, perché havrà forze bastanti e perché nell' avanzamento délia stagione la cavaileria troverà di che sussistere alla campagna.

Dispiacerà senz' altro a Vostra Altezza la partenza di M. Le Tellier. che con tanta habilita e frutto adcmpisce costi le sue parti. Ma corne

ardemment vous voir couvert de gloire et triomphant. J'ai répondu de la manière la plus formelle à Sa Majesté de vos sentiments, de votre attachement , de votre dévouement à la couronne de France, bien que ce ne fût pas nécessaire, vu la bonne opinion qu'à Sa Majesté de la loyauté et des excellentes qualités de Votre Altesse.

On écrit de Gênes et d'autres pays que, si l'armée de Sa Majesté s'approche seulement de Tortonc, les Espagnols l'abandonneront tout à fait, ou que le comte de Zervela ne s'échauffera pas beaucoup pour continuer l'entreprise, quand il apprendra, par le choix du marquis de Vel&da pour son successeur depuis la retraite du comte-duc, qu'il n'a pas été juge capable de porter un tel fardeau. Quant à moi, je crois pouvoir espérer beaucoup, parce que Votre Altesse ne négligera rien dans la conduite de l'entreprise; parce qu'elle aura des forces suffisantes; parce que la saison sera assez avancée, pour que la cavalerie trouve de quoi subsister pendant la campagne.

Sans doute Votre Allesse sera fâchée du départ de VI. Le Tellier. qui a rempli chez vous ses devoirs avec tant d'habileté et de succès. Mais Sa Majesté

Avril i643. Sua Maestà ha j'isoluto di gli commettere la carica di segretario di Slato chc haveva M. di Noyers, a cui la Maestà Sua ha accordata la licenza di ritirarsi a casa sua, dopo havergliene fatta instanza iu diversi rincontri, e particolarmeute hier mattina; son certo che 1' Altezza Vostra considéra che gl' interessi délia guerra d' Ilalia non saranno in minor raccomandatione, essendo M. Le Tellier non solamente informato di quello convenghi al servitio di Sua Maestà in coteste parti, ma havendo in oltre una passione particolare per la gloria ei avvantaggio di Vostra Altezza, la quale prima ch' egli parta m'assicuro concertera ogni cosa con esso e M. di Plessis, affinchè la sua absenza non rechi un minimo pregiuditio al servitio di Sua Maestà. M. di Gremonville è destinato in luogo; è gentilhuomo di garbo, capacissimo, e dotato di buone qualità, e m' assicuro che si renderà costi incontinente, spedendoseli corriero espresso a questo effetto.

Con che supplicandola a facilitare quello puô dependere da Vostra Altezza per il gusto e sodisfattione di Madama Reale ; resto con tutto il cnore per essere eternamente di Vosti'a Altezza, ecc.

a résolu de lui confier la charge de secrétaire d'État qu'avait M. de Noyers, à qui Sa Majesté a donné la permission de se retirer dans ses foyers. M. de Noyers l'avait plusieurs fois demandée avec instance, et particulièrement hier matin. Je suis certain que les intérêts de la guerre d'Italie n'en souffriront pas ; car M. Le Tellier sait tout ce qui convient au service de Sa Majesté dans ces contrées ; puis il s'intéresse vivement à la gloire et aux succès de Votre Altesse. Avant qu'il parte, je suis sûr que Votre Altesse se concertera sur tout avec lui et avec M. Du Plessis, afin que son absence ne porte pas le moindre préjudice au service de Sa Majesté. M. de Grémonville est destiné à le remplacer. C'est un gentilhomme aimable, très-capable, plein de bonnes qualités, et je compte qu'il se rendra près de vous incontinent. Je lui expédie un exprès à cet effet.

En même temps, je vous supplie de faire tout ce qui dépendra de Votiv Altesse pour être agréable à Madame Royale et la satisfaire. Sur ce, je suis de tout cœur, et pour jamais, de Votre Altesse, etc.

Bibl. Imp. Mélang. de Clairembaud , tom. DCXXXVII,f° h\ 5. Original signé.

Page 1