LIEUTENANT GENERAL DE L'ARMÉE D'ITALIE
[Saint-Germain-en-Laye, j 27 avril l643.
Monsieur,
La prise d'Ast1 ne peut estre que très-avantageuse aux affaires du Roy et à celles de Madame, puisque aprez cela il reste assez de temps pour le secours de Tortone. Quoyque l'événement de celuy-cy, s'il est favorable, comme nous l'espérons, soit des plus utiles et des plus esclatans qui soient arrivez il y a longtemps en Italie, ce sera un redoublement de bonheur et de gloire qu'il soit précédé de la prise d'Ast. C'est ce qui vous doit convier à ne rien oublier de ce qui se peut humainement faire pour ce sujet. Nous attendons icy bientost M. Le Tellier, de qui nous apprendrons exactement lestât des autres choses pour ce qui regarde l'Italie, afïin de prendre là-dessus les resolutions qui seront les plus avantageuses au bien des affaires.
Nous vivons icy entre la crainte et l'espérance du succez de la maladie du Roy 2, etc.
Les armées françaises et piémontaises ' La lin de cette lettre est semblable au
avaient fait une diversion contre Villeneuve- second paragraphe de la précédente. Seule-
d'Asti. pour attirer les Espagnols de ce côté ment Mazarin a substitué le nom du prince
et les empêcher de poursuivre le siège de Thomas de Savoie-Carignan à celui de la
Tortone. Mais elles ne purent y parvenir. La belle-sœur de ce prince, la duebesse de
ville d'Asti fut prise sans que les Espagnols Savoie, abandonnassi'nl I attaque de Tortone.
Uni Wi'i.'S.
LXXXIÏI.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 171»), tom. I. f° 38 recto.
A M. D'AMONTOT.
[Saint-Germain-en-Laye,] 27 avril i663.
Monsieur.
Nous venons d'apprendre la nouvelle de la prise d'Asti et de la disposition de nostre armée pour marcher au secours de Tortone, dont nous avons bonne espérance. La santé du Roy, qui va tous les jours se restablissant par un soin particulier de la divine Providence, nous est un bon augure des bons succez que ses armes obtiendront cette campagne. Nous en avons desjà des preuves dans la Catalogne, comme vous le pourrez apprendre des lettres de M. de Chavigny. Les armées que le Roy a sur nos frontières n'ont point esté si belles il y a plusieurs années. Il fait passer un renfort considérable à M. le mareschal de Guebriant et donne une subvention extraordinaire à madame la Landgrave de Hesse, pour pouvoir agir puissamment d'un autre costé, de sorte que nous avons toute raison d'espérer que Dieu continuera à besnir la justice des armes de Sa Majesté, qui n'oublie rien, de sa part, pour attirer sur elle ses saintes bénédictions.
Je vous remercie de l'avis que vous me donnez de la prise qui a esté faite par les Espagnols de la tartane où il y avoit des bardes à moy. Je vous envoyé le mémoire que j'en ay receu, sans celles qu'on y peut avoir ajoustées, et vous supplie de continuer d'apporter vos soins aflin que la restitution en soit faite, et de représenter à la Republique la conséquence de cet attentat, et quel tort elle se feroit de souffrir qu'on violast ainsy la seureté de ses ports, et qu'on y traitast hostilement les vaisseaux du Roy; je veux croire qu'elle poursuivra comme elle doit la réparation de ce desordre.
Pour ce qui est du sieur Marc Doria, il faut, s'il vous plaist, en tirer une response précise et sçavoir positivement s'il veut accepter le ser-
vice de France. Asseurez le sieur Janetin Justiniani que j'auray soin wn i643. de ses interestz et de luy procurer de deçà toute sorte de satisfaction, comme aussy vous ne devez point douter que M. de Ghavigny et mo\ ne nous employions affin que vous receviez celle que vos services méritent.
Quant à la rançon de Janetin Doria, il la faudra tenir la plus haute qu'il se pourra, et tascher d'en tirer au moins vingt-cinq mille escus; mais de cela et de plusieurs autres choses, je me remets aux despesches de M. de Ghavigny, et me contenteray de vous asseurer que je seray tousj ours, etc.
M.inusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 38 verso.