‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 60 sur 335 · GOUVERNEUR DE GUISE · texte numérisé non relu

GOUVERNEUR DE GUISE

[Saint-Germain-en-Laye,] 22 avril i643.

Monsieur,

Je vous remercie du soin que vous prenez de m'envoyer des nouvelles. Il est certain que les ennemis donnent de la jalousie à tant de places, qu'il est malaysé de deviner celle à laquelle ils en veulent et qu'ils ont fait dessein d'attaquer. La situation de leur pays leur donne cet avantage. Mais aussy ceux qui commandent dans ces places pour le Roy, et l'armée de M. le duc d'Anguien , qui est en estât de les secourir, nous tout présumer qu'elles ne courent point de fortune. Pour vous, je suis asseuré que, quoy qu'il vous arrive, vous ne ferez rien qui ne soit digne de l'opinion qu'on a de vous. Quant à vos interests. dont je me remets à M. de La Vrillière de vous escrire, ne doutez point que je ne les protège de tout mon pouvoir, et que je ne vous fasse paroistre, à toutes les rencontres où je vous pourray estre utile, que je suis véritablement, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n" 1719. tom. 1, f" •)r] recto.

A M. LE MARESCHAL DE GUICHE

[Saint-Germain-en-Laye,] 93 avril iti'i.;.

Monsieur,

le ne vous rediray point icy ce que je vous ay desjà <>scrit, de vous adresser à M. le duc d'Anguien pour tout ce qui regarde la conser-

Avril i643. vation d'Arras, en cas que vous y soyez attaqué, le Roy entendant que vous ne manquiez de rien de ce qui sera nécessaire pour une occasion si importante. Je sollicite l'argent pour le payement des Suisses et ay fait commander aux officiers de se rendre en diligence à leur corps. Je ne vous escris point ce qui s'est passé pour mettre l'Estat en seureté et le tenir en repos, s'il plaisoit à Dieu d'appeler le Roy à une meilleure vie. C'est ce que vous apprendrez d'ailleurs, et les plus considérables particularitez de la conduite que j'y ay observée se peuvent raconter dans la confidence, mais ne se doivent pas escrire. Aussy Sa Majesté en a une telle satisfaction que, demeurant comblé des tesmoignages de son amitié et de son estime1, entre ceux-là je ne feindray point de vous dire que l'honneur qu'il m'a fait de trouver bon que je tinsse de mon chef à baptesme Monseigneur le Dauphin2 m'est si sensible, et pour estre grand en luy-mesme et pour estre sans exemple, que je ne me souhaiterois que plusieurs vies pour les pouvoir employer pour son service. Je vous l'ay voulu faire sçavoir, sçachant que vous prenez part en ce qui me touche, et que vous correspondez à la passion avec laquelle je suis plus que personne au monde, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. I, f° 3j recto.

A M. D'AMONTOT.

[Saint-Germain-en-Laye,] 2 3 avril i6A3.

Monsieur,

Pour response à vos lettres du 21 et du 3 0 passé, je vous diray sut' le point principal qu'elles contiennent, qui est la restitution de la ga-

1 Mazarin fut désigné, avec le chance- déplacer pendant la minorité de Louis XI \ lier Pierre Séguier, le surintendant Boulhil- 2 Le baptême du Dauphin avait eu lieu le

lier et le comte de Chavigny, pour être un 2 1 avril. Mazarin le tint sur les fonts baptis-

des ministres que la régente ne pourrait maux avec la princesse de Condé.

1ère que vous avez promise à la republique de Gènes de la part du Avril i643. Roy, que la conjoncture des affaires peut adoucir l'inconvénient de cette promesse, d'autant que, si ces Messieurs donnent à Sa Majesté la satisfaction qu'elle désire d'eux et qu'ils en tesmoignent une reconnoissance effective et telle qu'on la demande, cette restitution pourra se faire, et qu'ainsy vous conserverez la créance qu'on a en vous, et sans laquelle vous n'agiriez point utilement pour le service du Roy. Que s'ils suivent leur véritable inclination, au moins de la pluspart, qui est de ne nous donner que quelques apparences de bonne volonté, pendant que les effetz sont pour les Espagnols, le Roy sera en estât de révoquer ses ordres avec bienséance, et de vous descharger avec honneur de l'inexécution de ce que vous avez promis.

En un mot, il faut se mesnager de telle sorte avec ces gens-là et user avec tant d'adresse des occurrences, qu'on en tire tous les avantages quien pourront sortir et qu'on en destourne tout ce qui nous pourroit estre contraire, et particulièrement pour le dessein que nous avons de secourir Tortone, lequel, s'il nous réussit, comme il n'est pas hors d'apparence, on a erra alors quelle conduite on devra observer à l'endroit de la Republique en cette nouvelle face d'affaires.

Pour ce qui est du voyage du sieur Mari vers le duc de Parme, je ne doute point, de quelque prétexte dont on le colore, que ce ne soil pour jeter ce duc dans le party espagnol , ou pour le reffroidir de l'inclination qu'il pourroit avoir pour la Fiance. Mais il est trop avisé pour prendre aucune resolution, quand mesme il auroit à en prendre, qu il naytveu le succez du secours de Tortone, qui, nous donnait! l'entrée dans son pays, nous don neroit auss\ moyen de l'assister ou de lu\ nuire, selon l'exigence des occurrences. Je ne parle pas de quelques autres considérations plus générales qui le pourroienl divertir de s'engager avec I Espagne, si quelque grande nécessité ne I \ obligeoit.

J'ay ii vous dire , avant de finir, sur le sujel de Janetin Doria,que, si l'on presse sa délivrance, il faudra mettre sa rançon à dix mille pistole8, H . en toul cas. la tenir la plus haute <|iul se pourra, conduisant

ce traité avec grande retenue. Je me remets de plusieurs autres choses

ai

\v.ii i643. aux dcspesches de M. de Chavigny, en vous asseurant que je seray tousjours, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 37 verso.

[ Saint-Germain-eii-Laye , ] 27 avril i6&3.

Monsieur,

Nous apprendi'ons exactement, à l'arrivée de M. Le Tellier, Testât des choses qui concernent l'Italie et surtout celuy de la ville de Turin, ■pour former là-dessus des resolutions avantageuses et fermes. Je trouve à propos qu'on vende les cinq cents paires d'armes qui sont à moy, sy l'on en trouve un prix raisonnable, et qu'on voye ce qui se pourroit lirei- des autres, puisque aussy bien elles sont inutiles au lieu où elles sont.

Nous vivons icy entre la crainte et l'espérance du»succez de la maladie du Roy. Quoy qu'il arrive, et quand bien il plairoit à Dieu d'appeler ce prince (ce que nous espérons de sa bonté qu'il ne fera pas s\ tost), vous devez vivement persuader à Madame qu'on ne se reffroidira point icy des bonnes intentions qu'on a pour elle,. et que ses intereste y seront considérés à^l'esgal de ceux du Royaume mesme; que Sa Majesté a mis un si bon ordre à ses affaires, qu'elles se conduiront avec la mesme vigueur et avec la mesme fermeté quelles ont fait auparavant, et que de quelque artifice que se servent nos ennemis pour faire naistre de la division parmy nous, Sa Majesté y a si bien pourveu qu'ils connoistront bientost que leur dessein sera inutile, et que, s'ils n'ont d'autre fondement pour eslever leurs espérances, elles se trouveront vaines. Enfin vous apporterez tout ce qui despendra de vous pour imprimer cette créance dans l'esprit de Madame, et particulièrement de la parfaite et inviolable passion que j'ay pour tout ce qui la

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regarde, de laquelle elle doit attendre toutes les preuves qui seront Avril i6A3. compatibles avec le service du Roy; et vous vous devez aussy asseurer que je seray tousjours très-veritablement, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 3o, recto.

A M. LE COMTE DU PLESSIS-PRASLIN

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