‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 66 sur 335 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 4 2 recto.

A M. D'ESTRADES

[Saint-Germain-en-Laye,] 7 may 1 6i3.

Celuy qui s'estoit chargé de conduire les chevaux que vous avez pris la peine de m'acheter a mal reussy en son entreprise. Le plus beau des six, par malheur ou par imprudence, s'est tué au desbarquement. Gela fait que je prends la liberté de vous prier d'en vouloir encore acheter un, pour l'apparier au plus grand des autres. Vous me fairez la faveur d'asseurer tousjours, dans les occasions, M. le prince d'Orange de mon très-humble service, et de l'estime que je fais et de la part que je le supplie de me conserver en ses bonnes grâces. Nous espérons que la santé de Sa Majesté se restablira, et que nous n'avons besoin que d'un peu de patience pour cet effet. Nous avons receu nouvelles de la prise de la citadelle d'Ast, comme nostre armée se preparoit pour marcher au secours de Tortone. Celle de M. le mareschal de Guebriant, à qui le Roy envoyé un renfort considérable, commencera bientost à agir, et celles qui sont sur nos frontières sont plus belles qu'elles n'ont esté il y a plusieurs années. Asseurez-vous que personne n'est plus que moy, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. I. f° 4a verso.

A M. D'AIGUEBONNE

[Pans, j 1 11 ni;iy l643.

Monsieur, Me remettant aux despesches de M. Le Tellier pour ce qui concerm

Mai 16/13. Testât de la garnison de Turin et semblables choses dont vous rn'escrivez, je vous diray que vous ne devez point vous lasser de travailler à entretenir tousjours la bonne correspondance qui doit estre entre Madame et messieurs les Princes, et à y refïaire ce qui s'y descousera. Vous aurez sceu la mort du Roy, qui est arrivée au mesme mois J et à peu près à une mesme heure que celle du Roy son père. On peut dire que, encore que sa vie abonde en accidens illustres, sa maladie en est une des plus belles et des plus remarquables parties : il a regardé la mort, l'espace de deux mois, avec une indifférence incroyable et une résignation très-parfaite à la volonté divine. Il a agi et fait le roy presque jusqu'à ce qu'il a rendu l'ame, et a ordonné des affaires de son Estât et des siennes particulières avec un si grand sens et une prévoyance si rare, que nous nous promettons que, dans cet ordre, tout demeurera calme au dedans, et que les entreprises de dehors se poursuivront avecla mesme vigueur et fermeté qu'elles ont fait par le passé. Au reste, ce qui est à considérer, et qui est une marque visible de l'amour du Ciel pour ce Royaume, est que nos armées n'ont esté il y a longtemps si belles et si florissantes, et celles de nos confédérés en meilleur estât. La Reyne2, monseigneur le duc d'Orléans3 et M. le Prince4 sont en" une parfaite intelligence et conspirent unanimement au bien de l'Estat, qui ne peut aprez cela recevoir de trouble.

Quant à moy, j'ay receu de si grandes preuves de bonté et de confiance du feu Roy durant tout le cours de sa maladie, outre les bienfaits dont il m'a honoré cy-devant, qu'il faudroit que je n'eusse point de mémoire pour ne pas m'en souvenir, ou que je fusse le plus lasche et le plus ingrat de tous les hommes, si je n'avois une extresme passion d'employer, autant qu'il me sera permis, toute mon industrie, tout mon travail et ma vie mesme pour le service du Roy son fils. C'est donc ma resolution invariable et fixe, aussy bien que de continuer d'appuyer de toutes mes forces les interests que Madame et messieurs ses beaux-

' Louis XIII était mort le 1 /i mai ifi/i3. 3 Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII.

Anne d'Autriche, régente pendant la ' Henri de Bourbon, prince de Condé.

minorité de Louis XIV. père du grand Condé.

frères ont en cette Cour; à quoy je ne trouveray point de résistance, Mai i663. tout y estant porté à les obliger et à leur donner toute sorte de s;itisfaction. Je vous supplie de les en asseurer, et de vous asseurer, en vostre particulier, que je ne perdray jamais d'occasion de vous faire paroistre par effet que je suis véritablement, etc.

Manusc. de la Bibliotli. Mazarine. n° 1719. tom. I, f* 63 recto et verso.

Page 1