‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 68 sur 335 · A M. LE MARESCHAL DE L'HOSPITAL · texte numérisé non relu

A M. LE MARESCHAL DE L'HOSPITAL

[Paris,] 16 may i6/j3.

Monsieur,

Vos interests me sont trop chers pour perdre aucune occasion de vous en donner des preuves. C'est pourquoy vous ne devez point douter que je n'appuyé de tout mon pouvoir la justice de l'affaire dont madame vostre femme2 m'a parlé.

Vous aurez sceu la mort du Roy, digne d'une si illustre vie que la sienne, et dans la maladie duquel nous avons veu un mespris continuel de la mort et une action non interrompue à régler les affaires de son Estât, accompagnée d'un sens merveilleux et d'une rare prévoyance.

Quoy que les ennemis fassent mine de vouloir entreprendre sur nous, nous nous promettons que ce sera à leur honte, et qu'aussytost que les Hollandois mettront en campagne, ils (les Espagnols) pourront estre mis sur la deffensive. Nos affaires sont partout ailleurs en bon estât, et moy je suis plus que personne au monde, etc.

1 Le maréchal de L'Hôpital , dont il a été de Saulx-Tavannes , Gossé-Brissac , Coligny, question plus haut (p. 1^7), était un des le baron de Sirot, le marquis de La Mousgénéraux de l'armée qui couvrait la fron- saye, etc.

tière septentrionale de la France, sous les Avant de quitter la Cour, le duc d'Enghien

ordres du duc d'Enghien. Il fut blessé à la avait, dit-on, obtenu par l'intermédiaire de

bataille de Bocroi, comme on le verra ci- Marsillac, une promesse formelle delà Beine

après (p. 180). de récompenser Du Hallier de ses services.

Parmi les autres capitaines renommés qui (Cf. La Barde, /. c. p. 22.)

accompagnaient le duc d'Enghien , il faut ci- 2 Le maréchal de L'Hôpital avait épousé .

terGassion, qui devint maréchal de France, en premières noces, Charlotte des Essarts-

le comte de Grancey. d'Aumont-Villequier, Sautour, qui mourut le 8 juillet i65i.

Mai i643.

XGII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. 1, f° kh recto1.

A M. DE GREMONVILLE.

[Paris,] 17 may i643.

Monsieur,

Gomme l'employ que vous avez dans l'armée d'Italie2 est un des plus importans qui soient dans la robe, aussy le feu Roy ne pouvoit jeter les yeux sur une personne plus capable de le soustenir. La satisfaction que le Languedoc3 a de vostre conduite en est une preuve qui ne permet pas d'en douter. Nous nous promettons que vous ne réussirez pas moins heureusement en Italie, où vous aurez une plus grande matière de vous signaler, et où il vous faudra particulièrement travailler à maintenir l'union et la bonne intelligence qui doit estre entre les chefs de l'armée. C'est à quoy je vous exhorte autant que je puis, et vous conjure de croire que personne ne s'employera avec plus de joye que moy à faire valoir vos services et à vous en procurer de la reconnoissance, puisque je suis très-veritablement, etc.

XGIII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f kl\ recto.

A M. D'AMONTOT.

[Paris, | 17 may 1 663.

Monsieur, Vous jugerez bien que l'embarras où nous a tenus la maladie du

' L'original signé se trouve au château de Grémonville avait succédé à Michel Le

de l'avilly (S.inc-Inférieure), dans les ar- Tcllier comme intendant de l'armée d'Italie, chives de la famille d'Esneval. ' M. de Grémonville avait eu antérieure

On a vu plus haut que Nicolas Bretel ment l'intendance du Languedoc.

17/i LETTRKS

Mai i643. Roy et la mort de ce grand prince sont des coups assez forts pour m'avoir empesché depuis quelque temps de vous escrire. Nous attendons ce que vous aurez fait touchant la rançon de Janetin Doria, et j'attendray ce que fera le sieur Rabut en la perquisition des hardes qui m'ont esté prises. Vous apprendrez des despesches de M. de Chavigny Testât des affaires de cette Cour, qui, par la grâce de Dieu, sont plus florissantes que jamais, la Reyne ne pouvant estre mieux intentionnée qu'elle est pour les interestz du Rrtv son fils. Asseurez-vous que je seray tousjours, etc.

XCIY.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. IV, f 177 recto.

AL SIGNORE PRENCIPE TOMMÂSO DI SAVOIA

Di Parigi, il 21 maggio i643.

Sarà già pervenuta a Vostra Altezza la nuova délia morte del Re , ed in consequenza considerata l' importanza di un cosi funesto accidente. E perô vero che ail' instante Dio ha voluto far conoscere corne continuava le benedittioni a questo Regno, facendo riportare all'armi di Sua Maestà comandate dal signor duca d' Anghien la più segna-

A MONSEIGNEUR LE PRINCE THOMAS DE SAVOIE

De Paris, ie 21 mai i643.

Votre Altesse a déjà reçu la nouvelle de la mort du Roi, et par conséquent compris toute l'importance d'un si funeste événement. Mais il est pourtant vrai qu'en même temps Dieu a voulu faire connaître qu'il continuait à répandre ses bénédictions sur ce Royaume , en faisant remporter aux armées de Sa Majesté commandées par monseigneur le duc d'Enghien la victoire la plus

lata vittoria l contro tutte le forze de' nemici unité ail' attacco di Ro- Mai i643 croy, che da gran tempo in quà si sia intesa. Non se ne sanno ancora altre particolarità , se non che si è combattuto quattro hore, che il conte di Fontana2 vi è rimasto morto, che Y infanteria nernica, la quale ha fatto miracoli, è stata tagliata a pezzi, eccetuatane quella che è restata prigioniera. Sedici pezzi di cannone et il bagaglio si è intieramente acquistato. Don Francesco di Melos è salvato, e Gassione seguitava la cavalleria nemica, che fuggiva in gran fretta.

La regenza délia Regina comincia con cosi felici auspicij, che dobbiamo sperare continuatioue di prosperità ; e quanto a me credo ad ogn hora di ricevere nuove del soccorso di Tortona, che desidero per 1 avvantaggio délia Francia e per la gloria particolare di Vostra Altezza. sopra lutte le cose del mon do, e massime nelle congiunturepresenti.

Ho ottenuto che s' invij costi un riulorzo straordinario di quattro mila fanti effettivi, e sopra mille cavalli ; il tutto délie migliori truppe

signalée contre toutes les forces des ennemis réunies pour l'attaque de Rocroi , victoire In plus éclatante dont on ait entendu parler depuis longtemps. On n'en sait pas encore tous les détails, sinon qu'on a combattu quatre heures, que le comte de Fontaine est resté parmi les morts, que l'infanterie ennemie. qui a l'ait des prodiges de valeur, a été taillée en pièces, excepté ce qui en est resté prisonnier. On a pris seize pièces de canon et tous les bagages. Don Francisco de Melos s'est sauvé, et Gassion poursuivait la cavalerie, qui se sau- \aii à toutes brides.

La régence de la reine Anne commence sous de si heureux auspices, que nous devons espérer une longue suite de prospérités. Quant à moi, je crois à chaque instant recevoir la nouvelle que Tortone est secourue; ce que je désiri dans l'intérêt de la France et pour la gloire particulière de Votre Altesse. C'est ce que je souhaite le plue au inonde, surtout dans les circonstances présentes.

l'ai obtenu qu'on envoyât chez vous un renfort extraordinaire de quatre mille fantassins effectifs et de plu-- de mille chevaux, le tout des meilleures

' La victoire de Rocroi avait été rempor- '' Le. comte de Fuentès on de Fontaine

tée le 19 mai i643. étaif un des généraux de I année espagnole.

Mai i643. di Francia , con che son certo che Vostra Altezza havrà campo di profittare délia debolezza de'nemici, e se la ferità del mareschal de L'Hospital non fà cambiare di risolutione per valersi del signor di Tureria nell' armata del signor duca d'Anghien, condurrà costi il detto corpo per comandaiio in qualità di luogotenente générale sotto Vostra Altezza, la quale m' assicuro ne rimarrà grandemente sodisfatta, già che M. di Longavilla non ritorna, e M. di Plessis-Praslin in questo modo non havrà altro supeiïore che Vostra Altezza.

Si manda ancora un rinforzo di cavalli per 1' artiglieria , e tra quattro o sei giorni partira una somma considerabile di danaro, perché non manchi cosa alcuna ail' esercito.

Io sono stato in procinto di ritirarmi, havendo havuto occasione di far reiterate instanze perché mi fosse permesso, ma alla fine ho ceduto ail' espresso comandamento che la Regina m' ha fatto di resta re a servire.

Non entrerô nel particolare di questo successo, rimettendomi a quello ne scriverà a Vostra Altezza M. Mondovi. L' assicuro sola-

troupes de France. Avec ce secours, je suis certain que Votre Altesse aura la faculté de profiter de la faiblesse des ennemis. Si la blessure du maréchal de L'Hôpital ne fait pas changer de résolution et employer, dans l'armée de monseigneur le duc d'Enghien, M. de Turenne, celui-ci conduira ledit corps de troupes pour le commander en qualité de lieutenant général sous les ordres de Votre Altesse; et je suis convaincu qu'elle en sera grandement satisfaite, puisque M. de Longueville ne retourne pas en Italie, et que de cette manière M. Du Plessis-Praslin n'aura point d'autre supérieur que Votre Altesse.

On envoie encore un renfort de chevaux pour l'artillerie, et dans quatre à six jours partira une somme considérable d'argent, pour que rien ne manque à l'armée.

J'ai été sur le point de me retirer, ayant eu l'occasion de faire des instances réitérées pour en obtenir la permission ; mais à la fin j'ai cédé au commandement exprès que m'a fait la Reine de rester à la servir.

Je n'entrerai pas dans les détails de notre grand succès : je m'en remets à ce qu'en écrira à Votre Altesse M. Mondovi; je me contente de lui assurer qu'en

mente che in ogni luogo, tempo e conditione, sarô uno de' suoi più Mai i643. veri ed appassionati servitori.

M. di Montpesat è stato benissimo ricevuto, e se ne ritorna sodisfatto con la speditione délia sua pensione e di quelle- ha desiderato, ed io senza più la supplico di credere che prenderô sempre più parte in tutti gl' interessi di Vostra Altezza che non farei nelli miei proprij ; con che resto , ecc.

tout lieu, en tout temps, en tout état de choses, je serai l'un de ses plus fidèles et de ses plus affectionnés serviteurs.

M. de Montpezat a été très-bien reçu et s'en retourne satisfait de l'expédition de sa pension et de ce qu'on lui a accordé tout ce qu'il a désiré. Je vous prie en un mot de croire que je prendrai toujours plus de part à tous les intérêts de Votre Altesse qu'aux miens propres.

Sur ce, je suis, etc.

XGV.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. 1, f" hh verso.

A M. LE DUC DENGHIEN.

[Paris,] aa may i <~>i3.

Monsi

leur

La bataille que vous venez de gagner est la plus visible marque que nous ayons encore receue de l'amour que le Ciel a pour cet Estai. Il n'y avoit que ce grand moyen qui pust tempérer l'extresme douleur que nous a causée la mort du plus illustre et du plus magnanime prince qui l'ayt régi il y a longtemps. Vous croirez facilement que nous comprenons assez la conséquence de ce signalé avantage, qui nous renouvelle agréablement la mémoire de la victoire de Cerisoles1, qui a

' La victoire de Cerisoles avait été aussi gagnée par un dur d'Enghien . sous le règne de François Ier, en i544 (1/1 avril).

MAZABIIf. — I. l'.\

Mai iiiLi tant de conformité avec la vostre; qui est un augure si certain du bonheur et de la gloire qui vous accompagne; qui affermit la régence de la Reyne, faisant voir aux peuples qu'elle n'a pas esté plus tost establie, qu'elle n'ayt receu sa confirmation aussy bien de la part de Dieu que de celle des hommes; qui destournera de l'esprit de nos alliés la deffiance qu'ils auroient peu concevoir de la nouveauté du gouvernement, <|iii a coustumed'estre suivie de quelque fascheuse altération; et, en un mot, qui rendra faciles tous les desseins que le Roy a pour contraindre ses ennemis à venir à une paix honneste et seure. Gomme nous ne doutons point que vous ne travailliez, de vostre costé, à bien user de vostre victoire, nous tascherons aussy, du nostre, de faire en sorte que rien ne vous manque, afin que la France en puisse recueillir tous les fruits qui en pourront sortir. La Reyne vous fera sçavoir, par un gentilhomme qu'elle vous despesche, la joye qu'elle a ressentie au milieu de la plus grande tristesse dont son ame fust capable; et moy je vous en despesche un autre pour vous faire sçavoir la mienne, qui ne peut recevoir de comparaison que par celle de madame la Princesse1. Si je pouvois vous faire voir aussy bien mon cœur que ce que je vous mets sur ce papier, vous verriez cette vérité si claire et si vive, que vous ne croiriez jamais que personne pust prendre plus de part que moy à ce qui vous touche, ny estre avec plus de passion que je suis, etc.

Manusc. de la BiLtlioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, i'° /1/1 verso.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Paris,] 2a may i643.

Monsieur, Le sieur de Tourville a charge de vous dire plusieurs choses de ma

1 Charlotte de Montmorency, mère fin duc d'Enghien.

DU CARDINAL MAZARIN. I7(.i

part que je me dispenseray de vous escrire; je me contenteray seule- Mai 16/4.3 ment de vous asseurer que, quand je n'aurois point cette forte et ardente passion que j'ay pour tout ce qui vous regarde, la confiance que vous prenez en mon affection m'obligeroit à ne vous manquer jamais de fidélité et à ne vous frustrer point de l'effet d'un sentiment qui m'est si avantageux. Je vous conjure donc de croire qu'il n'y a rien que je ne fasse pour faire réussir vostre entreprise, d'où despend le progrez de vostre gloire et qui me doit combler, pour l'amour de vous, de la plus grande joye que je sois capable de recevoir. Soyez donc eu repos de ce costé-là, et croyez que je n'en auray point que je, ne vous voye finir aussy heureusement cette campagne que vous l'avez commencée. Si l'affaire de madame la princesse Marie1 eust eu besoin de recommandation en mon endroit, il ne luy en pouvoit venir de plus puissante que celle que vous en faites; mais, d'autant que j'ay une très-parfaite inclination de la servir, je vous supplieray de trouver bon que je partage le dessein que j'en ay entre ce que je veux rendre à son mérite et ce que je dois à vostre amitié. Elle en recevra dans l'occasion des preuves et peut-estre plus grandes qu'elle ne croit; et vous connoistrez tousjours qu'il est impossible que personne soit plus que moy, etc.

Mnnusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719. loin. [, 1° Mt verso.

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