‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 71 sur 335 · IIESTRE DE CAMP DES CARABINS DE FRANCE · texte numérisé non relu

IIESTRE DE CAMP DES CARABINS DE FRANCE

[Paris,] a5 may i643.

Monsieur,

L'ordre qui avoit esté pris d'envoyer M. le comte de Grancey assiéger la Mothe2 a esté changé, et l'on vous laisse pour en continuer le blocus, sur l'opinion qu'on a que vous le fairez bientost aboutir à la

1 Isaac Arnaud ou Arnauld, mestre de s La Mothe, dans le duché de Bar (aucamp ou colonel du corps des carabins de jourd'hui Haute-Marne), était une forte- France. (Voy. la liste alphabétique, à la fin resse occupée par une garnison de Lorrains . du volume.) dont les ravages inquiétaient les pays voisins.

Mai i643, reddition de cette place. Pour cet effet, on vous envoyé le renfort que vous desirez, et vous ne manquerez point des choses nécessaires, comme vous l'apprendrez des despesches et des ordres de M. Le Tellier. Je ne vous renouvelleray pas icy les asseurances que je vous ay données de mon affection et de l'estime que je fais de vostre mérite; elles ne sçauroient estre plus grandes, ny moy avoir plus de passion que de vous en donner des preuves en toutes les occasions où j'auray lieu de vous faire voir que je suis plus que personne du monde, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. I, f° 46 recto.

A M. LE COMTE DE GRANCEY l.

[Paris,] 25 may i643.

La resolution du siège de la Mothe que j'avois proposé pour vous a esté changée à vostre avantage, et la Reyne a trouvé bon que vous allassiez servir dans l'armée de M. le duc d'Anguien. Vous aurez sous ce prince une plus belle matière de vous signaler, et, ayant part aux suites de la victoire qu'il vient de gagner, vous jugerez bien que ce sera vous rendre plus aysée la rescompense que vos services méritent. Pour moy, je n'oublieray rien de ce qui despendra de moy pour vous la faire obtenir, et vous devez vous asseurer que, tant que je pourray quelque chose en cette Cour, on y remarquera que je considère vos interests à l'esgal des miens propres; je ne seray jamais content que je ne vous aye tesmoigné par quelque effet considérable que je suis plus que personne du monde, etc.

' Jacques Rouxel de Médavy, comte de Grancey. H fut promu, en 1 65 1 , à la dignité de maréchal de France.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I. f° 46 verso.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Paris,] a 5 inay 16 '4 3.

Monsieur,

C'est justement me toucher en ce que j'ay de plus sensible que de me proposer une occasion remarquable de servir M. de Gassion l. Je croy qu'il sçail assez que je n'ay pas moins de passion pour ses interests que pour les miens propres, et que j'estime trop sa vertu pour ne contribuer pas tout ce qui despendra de moy afïin qu'elle soit rescompensée. Asseurez-vous donc qu'il ne tiendra pas à mes soins que vous ne soyez satisfait de ce costé-là, et qu'il ne commisse ce que peut vostre recommandation en mon endroit, qui eusse d'ailleurs fait gloire de servir un homme de ce mérite.

Au reste nous connoissons de plus en plus les conséquences de la victoire que vous avez remportée, et nous voyons sensiblement les avantages que les affaires du Roy en recevront de tous costez. Comme, après Dieu, vous avez esté le principe d'un si beau commencement, j'espère que vous aurez la meilleure part au bonheur qui suivra, et ((lie ce sera pour moy une suite incroyable de contentements, puisque je suis plus que personne au monde, etc.

1 Jean Gassion, fils d'un président au chai de France (novembre î (163 ). Il se disconseil souverain de Béarn , était un des gé- tingua dans toutes les campagnes jusqu'en néraux les plus illustres de cette époque. Il 1667. Il termina sa carrière par la prise de avait puissamment contribué à la victoire Lens (3 octobre 16/17). et mourut des suites de Rocroi , et se signala au siège de Tbion- d'une blessure reçue à l'attaque de cette ville, à la suite duquel il fut nommé mare- ville.

Mai i6û3.

Mai ifi'iS.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I. f° 46 verso.

A M. DE LA MOTHE-HOUDANCOURT

MtBESCIUL DE FRANCE.

[Paris,] a 5 may i6'i3.

Monsieur,

Bien que la France ne pust recevoir une plus grande perte que celle qui luy est arrivée en la mort du Roy, si est-ce que le bon ordre que ce prince a estably dans le Royaume et Testât florissant où il a partout laissé ses affaires font que, non-seulement elles se maintiennent, mais qu'il a encore plu à Dieu de confirmer la régence de la Reyne par le gain d'une des plus grandes victoires qui se soient obtenues de ce siècle. Nous espérons qu'elle sera suivie de plusieurs autres bons succez, et nous nous promettons particulièrement que vous userez bien, à vostre accoustumée, des avantages que vous donnent la bonté de l'armée que vous commandez et la consternation où la nouvelle de cet accident réduira sans doute l'Espagne. Rien des choses qui vous seront nécessaires pour agir puissamment ne vous manquera, comme vous l'apprendrez par les despesches de M. Le Tellier, et l'on a donné ordre aux armées navales d'entretenir correspondance avec vous et de favoriser vos desseins partout où elles vous seront utiles.

Pour moy, je puis vous asseurer que, dans l'honneur que la Reyne m'a fait de me commander de la servir dans son Conseil, bien que j'eusse la pensée de servir le Roy ailleurs, je ne perdray point d'occasion de porter vos interests de tout mon pouvoir et de vous tesmoigner que , vous estimant comme je doy, je ne puis qu'estre tousjours très-veritablement et avec une grande passion , etc.

cm.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. 1, f° £7 reclo.

A M. LE MARESCHAL DE GUEBRIANT

[Paris,] a 6 may i6'i3.

Monsieur,

Je vous escris ce mot par avance, attendant de vous faire une ample despesche pour la faire voir à toute l'armée, c'est pour vous dire qu'on vous envoyé de surcroy deux regimens d'infanterie, estant impossible au Roy de vous en envoyer un de cavallerie. On a aussy donné Qrdre de vous contenter sur le reste de vos demandes, ainsy que vous l'apprendrez par les lettres de M. Le Tellier, auxquelles je me remets. Je ne doute point que le bruit de la grande victoire que M. le duc d'Anguien a obtenue ne soit arrivé jusques à vous, et que vous ne jugiez les conséquences qui s'espandront sur toutes les affaires du Roy et en rendront tous les desseins plus faciles. Nous nous promettons que vous en sçaurez particulièrement profiter, et que le bonheur de la régence de la Reyne, qui a commencé si hautement en nos frontières, sera continué en Allemagne sous les armes que vous commandez1.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, toni. I , f3 67 verso.

A M. LE COMTE DE NOA1LLES2

CHEVALIER DES ORDRES DO ROÏ ET LIEUTENANT POIR S\ MAJESTE AU GOUVERNEMENT D'AUVERGNE.

[Paris, ] 26 may |663.

Monsieur, Dans le funeste accident qui vient d'affliger la France, et qui me

1 La (in de la lettre est semblable à la Voyez, sur ce personnage , ia liste alpha -

précédente. Mazarin promet de s'occuper bétique, à lu fin du volume. Le comte de spécialement des affaires d'Allemagne. Noailles devin) duc en i663.

MAZARIN. — I. 'j'i

Mai 1 «5 6 :i .

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Mai i6/i3. rend inconsolable, vous ne clouterez point, s'il vous plaist, que je ne considère particulièrement la perte que vous y faites. La douleur que j'ay pour vostre sujet s'augmente sans mesure par la mort de M. le comte d'Ayen l, quoiqu'elle ne pust estre plus honnorable, ny arriver en une occasion plus glorieuse. Ce sont deux espreuves auxquelles Dieu a voulu mettre vostre confiance tout à la fois, ce que je le supplie de tout mon cœur de vous vouloir donner la force de soustenir. M. de Saint-Flour vous doit escrire amplement ce qui s'est passé icy sur les instances passionnées que M. le duc d'Orléans a faites pour rentrer dans le gouvernement d'Auvergne2. La Reyne m'a neantmoins dit positivement qu'elle prendroit soin de vous procurer quelque autre établissement et de ne pas laisser sans reconnoissance vos longs services et ceux de messieurs vos enfans. Pour moy, je vous asseureray avec vérité que je n'ay rien tant à cœur que de vous voir content, et que j'employeray tout le crédit que je puis avoir auprès de cette bonne et grande princesse, afiin que vous n'ayez pas le desplaisir d'avoir espéré inutilement, et que vous receviez quelque preuve effective des asseurances que je vous ay données d'estre plus que personne au monde, etc.

GV.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 48 recto.

A M. LE MARESCHAL DE BREZÉ3

COUVERNEUH D'ANJOU.

[Paris,] 28 may 1643.

Monsieur, Bien que je ne peusse recevoir de douleur plus sensible que d ouïr

1 François de Noailles, tué à la bataille îïn. (Voyez, surœlteaffaire,le.i¥e*,curede Vitde Rocroi. Il e'tait frère du comte de torio Siri, t. IV, première partie, p. 333.) Noailles. ! Le maréchal de Brézé était beau-frère

2 L'évêque de Saint-Flour était un des du cardinal de Richelieu. C'est à cette cirmembres du clergé qui soutenaient Maza- constance que Mazarin fait allusion.

deschirer la réputation de M. le Cardinal, si est-ce que je considère Mai i643. qu'il faut laisser prendre cours, sans s'en esmouvoir, à cette intempérance d'esprit, dont plusieurs François sont travaillés. Le temps fera raison à ce grand homme de toutes ces injures, et ceux qui le hlasmenl aujourd'huy connoistront peut-estre à l'avenir combien sa conduite eust esté nécessaire pour achever la félicité de cet Estât, dont il a jeté tous les fondemens. Laissons donc esvaporer en liberté la malice des esprits ignorans ou passionnés, puisque l'opposition ne serviroit qu'à l'irriter davantage, et consolons-nous par les sentimens qu'ont de sa vertu les estrangers, qui en jugent sans passion et avec lumière. Ce que vous m'escrivez mesme de la sédition qui a failli plusieurs fois à s'exciter à Angers est une preuve du bien que causoient le seul nom et la seule auctorité de cet incomparable ministre. On a icy desliberé sur les remèdes qu'il falloit apporter à ce desordre; de quoy le secrétaire d'Estat qui a le département d'Anjou1 vous informera. Quant à moy, vous devez faire un estât certain que je ne perdray jamais occasion de vous servir, et que ce que je doy à la mémoire de M. le Cardinal m'estant plus cher que la vie, et l'estime que je fais de vostre mérite ne pouvant estre plus grande, ces deux considérations m'obligeront tousjours à désirer avec passion de vous pouvoir faire paroistre que personne n'est plus véritablement que moy, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I , f ° /i 9 verso.

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