A M. DE LYONNE
[Paria,] Si may 16 13.
Monsieur, Vous jugerez bien que l'embarras où nous a tenu la maladie du
1 A celte époque il n'y avait pas de mi- cun d'eux avait, dans ses attributions, la nistère de l'intérieur. Les quatre secrétaires correspondance avec un certain nombre de d'Ktat se partageaient les provinces, et cha- gouverneurs et d'intendants.
Mai i643. Roy et la mort de ce grand prince, dont la perte ne reçoit pas pour moy de comparaison, auront esté des causes assez justes pour m'einpescher de respondrc à vos deux dernières despesches. Maintenant que la Reyne m'a fait l'honneur de me commander de demeurer auprès d'elle pour la servir en son Conseil, quelque instance que j'aye faite pour avoir la permission de me retirer de la France, nous commençons à reprendre le train des affaires plus fortement que jamais, et vous verrez, par les despesches de M. de Ghavigny et par l'instruction qu'on envoyé à M. le cardinal Biehi ', dont vous recevrez une copie par avance, le soin que l'on prend icy des interestz de M. le duc de Parme; il pourra aysementsçavoir que je n'en suis pas un des moindres promoteurs, et, quelque impression qu'il conserve à mon desavantage, il connoistra par les effets que je demeure tousjours ferme dans mes principes, qui sont de me porter tousjours sans reserve ni exception partout où il s'agit du service du Roy et du bien de cette Couronne, et, par conséquent, que j'entretiendray tousjours vive la protection qu'elle est obligée de luy donner.
Dès que M. le cardinal Bichi sera arrivé auprès de luy, j'ay obtenu pour vous la permission de retourner en France, où je tascheray de vous procurer auprès de la Reyne la reconnoissance que vos services méritent. Vous aurez le contentement de trouver icy M. Servien 2, qu'elle a eu la bonté d'y rappeler3, et Vous trouverez tousjours en moy toute la disposition que vous pourrez désirer pour l'avancement de vostre fortune, et pour vous donner des marques de la véritable passion que j'ay de vous faire paroistre que je suis plus que personne du monde, etc.
1 Ce fut le cardinal Bichi qui fut nommé 2 Abel Servien était l'oncle d'Hugues de
plénipotentiaire par la France pour négocier Lyonne.
la paix entre le Pape et le duc de Parme. Il ' Après avoir rempli d'importantes foncréussit à la conclure en 166/1. Vittorio Siri tions sous Richelieu, Servien avait été disa donné des détails très-complets sur les gracié et exilé. Il fut plus tard un des plénégociations de ce cardinal dans son Mer- nipotentiaires français aux négociations <!<■ cure, t. IV, 1™ partie, p. 45 1 et suiv. C'était Munster, et termina sa carrière comme surinun des amis et des confidents de Mazarin. tendant des finances.
DU CARDINAL MAZARIN. j 89
Manusc. de la Bihlioth. Mazarine, n° 1719. tom. I. f° 5o recto.
A M. LE MARQUIS DE FONTENAY
4MBA5SIDECR À ROME.
[Paris,] 2 juin 1 663.
Monsieur,
Je ne m'arresteray pas maintenant à responclre par le menu à tous les points de vos dernières lettres, puisque M. de Chavigny le fait amplement parsesdespesches, auxquelles je m'en remets. Je vous diray seulement que vous jugerez assez de la passion avec laquelle on désire icy raccommodement de M. le duc de Parme et le repos de l'Italie, par l'ordre que le Roy a envoyé à M. le cardinal Bichi d'y aller travailler. Ce pendant je vous conjure, autant que je puis, de n'oublier aucun office pour disposer le Pape à se mettre à la raison, et de luy représenter que le reste de la Chrestienté estant <à la veille de venir à un traité de paix générale, et Sa Sainteté mesme devant envoyer à Munster de ses ministres pour y assister et pour y convier les autres princes, toutes sortes de raisons veulent que ce soit autant par son exemple que puises exhortations. Ce seroit une chose de mauvaise odeur, ou de bien peu d'effet, que celuy qui interpose son autorité et porte ses mains pour esteindre le feu qui consume {'Allemagne et d'autres pays esloignez du sien, en allumast en Italie, où est le principal siège de la religion et le patrimoine de l'Esglise; que, encore que ses armes eussent de la justice de reste et qu'elle ne pust les mettre bas sans faire quelque préjudice au Saint-Siège, la charité neantmoins veut qu'elle donne cela à la considération du bien public, et qu'elle fournisse à ses ministres cet argument à proposer à l'assemblée de Munster, que, sollicilanl des princes intéresse/ de relascher en quelque chose de leurs interestz pour faciliter la paix, ils ne les sollicitent à rien que Sa Sain-
Juiti 1 0'i3.
Juim643. teté n'ayt fait la première. Vous sçaurez mieux faire valoir cette considération et plusieurs autres que je ne sçaurois vous le dire.
Pour ce que vous m'escrivez du dessein qu'a le Pape pour le comte Rosetti, je ne i'ay peu apprendre sans beaucoup de desplaisir. Ce n'est pas que ce ne soit un bon gentilhomme, mais certes il seroit à désirer que ce fust un sujet de plus grand csclat, et, sans l'offenser, de plus grande force pour soustenir avec succez un employ de telle importance. Vous sçavez quel est le naturel des Allemands, qui examinent la naissance, le mérite et la réputation des personnes qui doivent agir parmy eux; et il est vray que toutes ces choses font une merveilleuse impression sur leur esprit pour les porter à ce qu'on en désire, outre le soupçon où est ledit sieur Rosetti d'estre de l'inclination espagnole, ce qui affoibliroit beaucoup la force de ses offices. Ce sera donc à vous à divertir adroitement le dessein du Pape, pendant qu'il n'est pas encore bien résolu et à le piquer de faire eslection de la personne la plus recommandable de toute sorte de grandes qualités qu'il pourra choisir pour la plus grande occasion où peut-estre l'autorité du Saint-Siège interviendra.
Quant au dernier point de vostre lettre, nous en attendons des nouvelles plus certaines avant que d'y faire response. Je finis donc, après vous avoir protesté que personne au monde ne vous peut estimer plus que moy, ni estre avec plus de vérité et de passion que je suis, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I,f" 5o verso et f 5i recto.
A M. LE DUC D'ENGHIEN
[ Paris.] 3 juin i6/j3.
Monsieur,
Nous attendons avec impatience vostre response sur les propositions qu'on vous a envoyées d'icy. Pour moy, je n'ay point de passion si forte
au monde que de vous voir recueillir des fruits dignes de la victoire Juini643. que vous avez obtenue. Pour cela, je n'y contribueray pas seulement mon avis et le peu de crédit que je puis avoir auprès de la Reyne, mais j'ofïre encore, s'il est besoin, de me transporter en quelque lieu que je vous pourray estre utile, soit pour donner ordre aux magasins et aux provisions des eboses nécessaires, soit en quelque autre manière qui pourra rendre facile l'exécution du dessein que vous prendrez, et vous donner moyen de couronner le gain d'une bataille par une conqueste importante l. L'excès de mon affection me donne de ces pensées pour vous, et me tiendra en inquiétude jusqu'à ce que je vous aye fait connoistre, par quelque effet extraordinaire, qu'il est impossible que personne soit avec plus de vigueur et de constance que moy, etc.
Manusc. de la Bibliofh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 5i recto.
A M. DE GASSION
[Paris,] 3 juin 1 643.
Monsieur,
Je n'ay point voulu laisser partir le sieur Campcil sans vous confirmer les asscurances de la passion que j'ay pour tout ce qui vous regarde. Je m'y interesse si fort, que je vous asseure qu'il ne tiendra pas à in<>\ que, comme il n'y a point de charge si relevée dont vostre vertu ne vous rende digne, elle ne reçoive aussy la rescompense qu'elle mérite. Vous m'obligerez d'en faire un fondement certain, et de croire que je manquera^ pluslost à moy-mosme qu'à la résolution que j'ay l'aile de ne perdre jamais d'occasion où je vous puisse faire paroislre qu'il est impossible que personne soit plus que moy, etc.
1 Viltorio Siri a cité, dans son Mercure décider la Reine à entreprendre le siège de ( t. IV, 1 " partie . p. h 1 0 cl suiv.) , le discours Thionville. ( Voyez dans l'introduction les orque prononça Mazarin dans le Conseil, pour g-uments employés par le cardinal.)
ex.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f'° 5i recto. A M. LE MARESCHAL DE GUEBRIANT.
[Paris,] 9 juin i643.
Monsieur,
Vous aurez sceu l'honneur que la Reyne m'a fait de me commander de demeurer icy pour servir le Roy comme un des chefs de son Conseil. Quelque instance que j'eusse faite pour avoir la permission de l'aller servir ailleurs, je n'ay peu le refïuser au favorable jugement que cette princesse a fait de moy; ce à quoy mon devoir et les bienfaits dont le feu Roy m'a comblé m'obligeoient assez. Dans cet employ donc où je me trouve engagé, je vous puis asseurer avec vérité que, après la gloire de servir le Roy, rien ne flatte tant mon inclination que les occasions que j'y pourray rencontrer de servir les personnes de mérite. Je pense que vous me faites la faveur de croire que dans ce nombre vous estes un de ceux que je regarde avec plus d'estime, et pour qui, par conséquent, j'ay une plus véritable et parfaite passion. M. de Montausier1 vous le dira mieux de vive voix que je ne vous le sçaurois escrire, et vous entretiendra particulièrement de plusieurs choses qui regardent le service du Roy et que vous apprendrez encore bien au long des despesches de M. Le Tellier. Je vous diray seulement sur ce sujet que la grande victoire que nous avons obtenue, où toute l'infanterie, qui estoit la principale force des Pays-Bas, est demeurée, nous donnant la commodité d'entreprendre quelque chose d'important, nous en a aussy donné la pensée. La conjoncture ne sçauroit estre plus favorable :. la bonne posture où sont les Suédois, la marche de l'armée du prince d'Orange et la conjonction qui se formera entre M. le ducd'Anguien et vous, tout cela nous est un augure de bon succez. Quoyque vous deviez donc agir,
1 Le marquis de Montausier servait alors en qualité de maréchal de camp dans l'armée d'Allemagne.
autant qu'il se pourra, de concert avec ce prince, je ne laisseray pas Juini6&3. de vous dire que vous devez poser pour fondement inesbranlable que l'objet principal de vostre conduite, et celuy qui doit donner la loy à tout le reste, est le bien des affaires d'Allemagne. C'est là le solide et l'essentiel de vostre employ, dont tout le reste est subalterne et accessoire. Sur cela on ne vous prescrit rien, puisque vous le pouvez juger mieux que personne, et que nous nous en reposons sur vostre capacité et sur vostre zèle. Je finis, après vous avoir répété qu'il est impossible que personne soit plus que moy, etc.
iManusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 5i verso.
A M. LE MARQUIS DE GESVRES1
[Paris,] 9 juin 1 643.
Monsieur,
Comme je sçay que vous n'avez l'ame possédée que du désir de la belle gloire, je croy aussy ne vous pouvoir donner de plus belles marques de mon affection que de vous procurer des occasions où vous ayez lieu de montrer ce que vous valez. Vous n'en sçauriez désirer de plus considérable que celle que vous donnera l'employ que le Roy vous a destiné 2, comme vous l'apprendrez plus particulièrement des lettres que M. Le Tellier vous escrit et à M. de Cboisy. Cependant, comme je n'attends que des clioses grandes de vostre conduite et de vostre coulage, je ne sçaurois aussy me proposer de contentement plus parfait que celuy qui me viendra du progrès de vostre réputation. Elle ne sera pas petite si elle correspond à vostre mérite et aux souhaits de celuy qui est plus que personne au monde, etc.
1 Louis Potier, marquis de Gesvres, qui * Le marquis de Gesvres devait servir
lut tué le G août 1 663 , à l'âge de trente- comme maréchal de camp au siège de Thiontrois ans, pendant le BÎége de Thionville. ville, sous les ordres du duc d'Engtiien.
NH7 1RIN. I. 2,r)
19/j LETTRES
Juin 1 643.