‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 74 sur 335 · A MESSIEURS DE LA DEPUTATION DE CATALOGNE · texte numérisé non relu

A MESSIEURS DE LA DEPUTATION DE CATALOGNE

[Paris,] 1 h juin i643.

Messieu rs ,

Je ne doute point que la nouvelle de la mort du feu Roy ne vous ayt frappés d'une douleur extraordinaire, et que vous n'ayez creu perdre beaucoup par la perte de ce grand prince. 11 est certain que cette mort est un coup funeste non-seulement à la France, mais encore à tous ceux à qui leur liberté est chère et qui sont menacés d'oppression. Mais la divine Providence, qui a permis que ce mal nous arrivast, ne l'a pas laissé sans remède, et elle nous a suscité une Reyne si bien intentionnée pour cet Estât, qu'encore qu'elle soit du sang d'Austriche, on peut dire qu'elle n'en retient que la noblesse, et que toute sa passion est pour le Roy et pour le bien de ses affaires, de sorte que son ame n'est pleine que des interests de cette Couronne et du désir de conserver ceux qui s'y sont attachés de despendance ou d'affection. Surtout je puis vous asseurer qu'elle a une très-particulière inclination de vous maintenir, non-seulement à cause que le bien de l'Estat le requiert ains\. mais pour donner encore un exemple au monde de ce qu'elle doit au Roy en qualité de mère.

Pour moy, à qui elle a fait l'honneur de commander de demeurer auprès du Roy, pour cslre un des chefs de ses Conseils, quelque instance que je luy eusse faite de me permettre de l'aller servir ailleurs, j'estime que c'est une chose presque superflue de vous renouveller les asseurances que je vous ay plusieurs fois données de protéger vos interests de tout mon pouvoir. Si j'avois d'autres sentimens, je ne serois

1 On a vu plus haut que la Catalogne une armée , commandée par te maréchal de s'était soulevée contre l'Espagne et donnée La Mothe-IIoudancourt. à la France , qui y entretenait à celte époque

Juim643. pas bon François; je correspondrois mal aux bontez que le feu Roy m'a tesmoignées et à la confiance que la Reyne me fait l'honneur de me tesmoigner, et je serois contraire à moy-mesme, si j'avois d'autre intention que de contribuer tout ce qui despendra de moy à la conservation de vostre liberté et à vous tesmoigner par effet que je suis véritablement et plus que personne du monde, etc.

GXIV.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 53 verso.

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