‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 75 sur 335 · A M. D'ARGENSON · texte numérisé non relu

A M. D'ARGENSON

[Paris,] \h juin 1 G A 3 .

Monsieur,

Vous avez veu par ma précédente qu'on n'oublie pas icy les affaires de la Catalogne et comme on a envoyé de l'argent comptant pour suppléer à celui qui a manqué de la part de Montauron l. M. le duc de Brezé a ordre de partir au plus lost pour passer le destroit, et par conséquent M. le mareschal de La Mothe sera bientost en estât d'agir puissamment du costé de la terre et d'estre secondé du costé de la mer. J'escris à MM. de la députa tion de Barcelone, pour leur confirmer les asseurances des bonnes intentions que la Reyne a pour leur province. Vous ajousterez de leur dire ce que vous jugerez nécessaire pour les maintenir en la bonne disposition où ils sont, et croirez, en vostre particulier, que personne ne sera plus que moy, etc.

' Montauron e'tait un des plus riches vingt ans, qui lui ont fourny de quoy satis-

linanciers de l'époque : le Catalogue des faire aux despenses excessives qu'il a faites .

partisans; pamphlet composé en 16/19, en à quoy il n'auroit pu subvenir autrement.

parle en ces termes : rr A esté le factotum estant un pauvre soldat de fortune." des surintendans et des intendans depuis

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. IV, f° 178 recto.

AL SIGNOR PRENCIPE TOMMASO DI SAVOIA

Di Parigi, li 17 giugno i(jâ3.

Mi è stata sensibile la perdità di Tortona , ma ho goduto che , ancor in questo cattivo successo, ognuno sia stato costretto di lodare la risolulione, zelo ed affetto di Vostra Altezza; ed io non ho lasciato di far valere queste gran qualité, corne dovevo per sodisfarc alla verità ed alla cordiale passione ch' ho di servirla.

Spero che, mediante il rinforzo e le reclute che saranno passate. ed il danaro per pagare le truppe, che fu già alcuni giorni proveduto, Vostra Altezza havrà campo di far qualche cosa gloriosa ail' armi di Sua Maestà, ed avvantaggiosa a cotesto paese, assicurando il quartiero d'inverno nel Milanese; ed il signor conte di Turena secunderà bene le saggie e corraggiose risolutioni di Vostra Altezza, havendo

Juin 1 6/1 3.

A MONSEIGNEUR LE PRINCE THOMAS DE SAVOIE

De Paris, le 17 juin i643.

La perte de Torlone ma été très-sensible; mais ce qui m'a fait plaisir, c'est que, même dans cet échec, tout le monde ait été forcé de louer l'intrépidité, le zèle et le dévouement de Votre Altesse; et je n'ai pas manqué de faire valoir ces grandes qualités, comme je le devais pour satisfaire à la vérité et au sincère et ardent désir que j'ai de servir Votre Altesse.

J'espère que, moyennant le renfort et les recrues qu'on vous fera passer, et l'argent pour payer les troupes (ce à quoi on a pourvu, il y a quelques jours), Votre Altesse aura les moyens de faire quelque chose de glorieux pour les armes de Sa Majesté et d'avantageux pour votre pays, en établissant les quartiers d'hiver dans le Milanais. M. le comte de Turenne secondera bien

Juin 1 643. non solamente le qualità che si richierdano in un ecceliente soldato e capitano, ma in oltre un particolar desiderio di obbligare Voslra Altezza ad amarlo e far caso délia sua persona. Son certo che havrà sodisiatlione inticra di questo soggetto ]; e corne 1' Altezza Vostra è ben informata délia chiarezza de' suoi natali e del suo merilo, non dubito punto che non sia per riccvere tratlamenti conforrai ; ed io saro a parte nelle obbligationi pér li favori cb'ella si compiacerà di compartirli.

Ho fatto instanza che si paghino ail' Altezza Vostra, dal principio di quest' anno, li emolumenti che il Re suol dare alli generali dell' esercito, e m' assicuro che M. Le Tellier darà buon ordine per l'esecutione. La supplico a credermi suo intieramente, e desideroso d' apparire in effetti.

les sages et courageuses résolutions de Votre Altesse. Il a non-seulement les qualités qu'on exige d'un excellent soldat et capitaine, mais encore de plus un véritable désir d'obliger Votre Altesse à l'aimer et à l'apprécier à sa juste valeur. Je suis certain qu'elle sera très-contente de ce général, et, comme Votre Altesse connaît très-bien la naissance et le mérite de M. de Turenne, je ne doute pas qu'il ne reçoive d'elle les meilleurs traitements; et, pour ma part, je lui serai très-obligé des services qu'elle s'empressera de lui rendre.

J'ai demandé que l'on payât à Votre Altesse, depuis le commencement de cette année, les émoluments que le Roi a coutume d'accorder aux généraux de l'armée, et je suis sûr que M. Le Tellier donnera pour cela les ordres nécessaires. Je supplie Votre Altesse de me croire son tout dévoué. Je désire ardemment de lui en donner des preuves.

1 Les carnets de Mazarin prouvent que, taines de la maison de Bouillon. H craignait

en juin i6/i3, le cardinal avait la meilleure que Turenne ne voulût se faire le chef du

opinion de Turenne (v. ier carnet, p. n5) : parti protestant en France. (Voyez l'intro-

f Turena impegnato intieramente al servitio duction en tête de ce volume et les notes

délia Regina. r> Dans la suite (voy. 3e carnet, ajoutées à une lettre de Mazarin à Turenne.

p. à'j et suiv.),il s'inquiéta de l'ambition de en date du 21 août 1 643.) ce général et se plaignit des exigences hau-

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. IV. f° 180 recto.

AL SIGINOR MARESCHAL DELLA MEGLIARÈ1.

I)i Parigi ,, lî 18 giugno i6&<5.

Questi due versi non serviranno, che per supplicare Vostra Eccellenza a dare intiera fede a quanto le dira di mia parte M. di Bar circa la sicurezza con che ella puô venire qui, la Maestà délia Regina havendomi reiteramente testificato il dispiacere clie haveva délie voci che artificiosamente si spargevano, per fare che Vostra Eccelleuza difïîdasse délia bontà di Sua Maestà, la quale parla délia sua persona con termini di stima e buona voluutà. Attendu dunque il suo arrivo, e 1' assicuro che, seuza le promesse che la Regina m' ha latte con ogni affetto e sincérité, non mi sarei impegnato ad inviarle M. di Chuppes e scriverle presentemente, corne faccio. E senza più, resto con tutto il cuore, ecc.

Juin 1 643

AL MARECHAL DE LA MEILLERAYE

De Paris, le 18 juin iO'iS

Je ne vous écris ces quelques lignes (|ue pour prier Votre Excellence d'ajouter une loi entière à tout ce que lui dira de ma part M. de Rar pour vous engager à venir ici en toute sécurité. Sa Majesté la Reine m'a témoigné plusieurs lois le déplaisir qu'elle éprouvait des bruits que répandent des langues artificieuses, afin que Votre Excellence se défie de Sa Majesté, qui ne parle de vous qu'avec estime et bienveillance. J'attends donc votre arrivée, et je vous assure que, sans les promesses que la Reine m'a faites avec toute la bonté et la sincérité possibles, je ne me serais pas engagé à vous envoyer M. de Chouppes et à vous écrire aujourd'hui, comme je le fais. Je termine en vous disant que je suis de loul cœur, etc.

1 Charles de La Porte, maréchal de La Meitleraye et grand mettre de l'artillerie

Juin i 643.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine. n° 1719, tom. I. f° 54 verso.

A M. DU PLESSIS-PRASLIN

IIEUTENAM CENEI1AL DE L'ARMÉE D'ITALIE.

[Paris,] 19 juin i643.

Je respondray par celle-cy aux principaux sujets de vos dernières despesches : je vous diray donc sur cela que vous avez tort de prendre IVnvoy de M. de Turenne en Italie1 pour une marque ny de peu d'estime qu'on fasse de vostre mérite, ny de quelque refroidissement qu'on ayt pour vostre personne : l'un est trop connu, et l'autre ne sçauroit estre trop sage pour ne considérer pas qu'il arrive quelquefois dans les Estats de si fortes nécessités de faire ce à quoy d'ailleurs on auroit de la répugnance, qu'on est contraint de s'y rendre et de faire quelques petites blessures aux interests de ses meilleurs amis, pour acheminer ceux du public. C'est un destin inséparable de ceux qui gouvernent d'estre sujets à ces inconveniens et de faire violence à leurs inclinations; ce qui, à mon avis, doit plustost obliger ceux qui en souffrent quelque chose de les plaindre que de s'en formaliser. Je vous prie donc de prendre de ce biais le choix qu'on a fait de M. de Turenne pour un commandement qu'on n'a pas creu estre au-dessus de vous, quand on l'eust joinct à celuy que vous exercez desjà, mais qu'on a voulu diviser, pour des considérations que je m'asseure que vous ne désapprouverez pas quand vous en serez informé. Il me semble plustost que, en une telle conjoncture, vous devez redoubler vostre zèle pour le bien des affaires et supposer que si, lors mesine que vous croyez recevoir quelque petit tort, vous ne laissez pas de servir avec plus de passion et de soin

1 La ville de Tortone avait été prise par Plessis-Praslin pour leur faire lever le siège, les Espagnols le 27 mai i643, malgré les Ce fut alors qu'on envoya en Italie le viefforts du prince Thomas et du comte Du comte de Turenne.

qu'auparavant, vous apporterez une obligation au Roy de reconnoistre Juin i643. plus largement vos services et de reparer par la rescompense ce qu'il y a eu de fascheux et de choquant dans l'employ. Vous ne douterez point qu'on n'ayt fait icy ces reflexions, et nous ne doutons pas auss\ que, vostre ressentiment mis à part, vous n'agissiez tellement de concert avec M. de Turenne, que le service n'en recevra point du tout d'altération. Je vous en conjure autant que je puis, et de croire aussy que je manqueray de crédit à la Cour ou que je vous procureray de la satisfaction en ce que vous prétendez, et que je vous fairay voir par effet que je suis sans diminution et sans reserve, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 56 verso.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Paris,] 22 juin 1 643.

Monsieur,

J'ay appris avec joye l'heureux commencement du siège de Tliionville, mais comme j'en ay ardemment poursuivy la resolution1 pour l'interest de l'Estat et pour celuy de vostre gloire, je vous supplie de considérer que je suis en quelque façon responsable de l'événement et des conséquences de cette entreprise. C'est pourquoy je vous conjure de mesnager de telle sorte les forces que vous commandez, que nos frontières n'en soient point desgarnies et qu'il y en ayt suflisamment pour empcscher nos ennemis de former quelque diversion. Vous sçavez combien peu de chose donneroit l'alarme à Paris et matière à quantité de mauvais esprits à blasmer vostre conduite. Je vous conjure donc, encore une fois, de prévenir cet inconvénient, et de ne trouver

1 Mazarin avait soutenu, en effet, dans duction en tête de ce volume, les raisons le Conseil du Roi, la nécessité d'entreprendre qu'il lit valoir pour entraîner le Conseil, le siège de Thionville. (Voyez, dans l'inlTo- qui se montrait irrésolu.)

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