‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 78 sur 335 · LIEUTENANT GENERAL POUR SV MAJESTE* EN L'UNE DE SES ARMLES D'ITALIE · texte numérisé non relu

LIEUTENANT GENERAL POUR SV MAJESTE* EN L'UNE DE SES ARMLES D'ITALIE

[Paris,] 23 juin i6^i3.

Monsieur,

Je croirois faire une chose superflue de vous donner de nouvelles asseurances de la part que je prends en ce qui vous touche. Je pense

1 Jean-Louis d'Erlacb , lieutenant de Ber- contribué à faire passer l'armée weymarienne nard de Saxc-\\c\mar. avait traité avec la sous les drapeaux de la France. (Voyez Fin- France après la mort i\o ce général, et axait troduction.)

20/i LETTRES

Iuini663. que vous en estes persuadé, et par conséquent que vous ne doutez point que je n'apporte tout ce qui despendra de moy aflin que vous ne manquiez point de ce qui sera nécessaire pour bien agir. Mais je vous supplie de considérer que trois des regimens qui passent les monts pour servir sous vous font trois mille quatre cens hommes; que celuy d'Effiat, qui doit suivre, en faira mille effectifs, de sorte que le corps d'infanterie que vous devez commander sera pour le moins aussy fort que celuy que commande M. Du Plessis-Praslin , sous M. le prince Thomas. Vous n'ignorez pas quelles sont les affaires du Roy, et en combien d'endroits il est obligé d'entretenir des armées; ce qui est cause que ceux qui le servent se doivent contenter d'une partie de ce qu'ils voudroient, puisque c'est tout ce qu'il peut, attendant qu'il puisse davantage. Cela n'empeschera point que je ne fasse tout ce qu'il me sera possible pour renforcer vostre corps en son temps, puisque, outre le service de Sa Majesté, je considère l'interest de vostre réputation, qui ne m'est pas moins chère que ma propre gloire. Je suis avec vérité plus que personne au monde, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazaiïne, n° 1719, tom. I, f° 61 verso.

A M. LE COMTE DU PLESSIS-PRASLIN

[Paris,] 26 juin 1 663.

Monsieur,

Je respondray par celle-cy aux principaux sujets de vos dernières despesches. Je vous diray donc, sur cela, que vous avez tort de prendre l'envoy de M. de Turenne en Italie pour une marque du peu d'estime qu'on fasse icy de vostre mérite ou de quelque refroidissement qu'on y ayt pour vostre personne1. Au contraire, vous devez vous imaginer.

Les Mémoires qu'a laissés le maréchal timent de mécontentement à l'occasion de Du Plessis-Praslin n'expriment aucun sen- la nomination du maréchal de Turenne au

DU CARDINAL MAZAR1N. 205

comme il est vray, qu'on a fait ce choix , d'autant qu'on a jugé qu'il vous Juin i643.

seroit plus avantageux d'avoir un compagnon que si l'on eust envoyé

un mareschal de France, à qui vous eussiez esté obligé d'obeyr, et que

vous eussiez eu deux supérieurs, n'en ayant maintenant qu'un, qui

est M. le prince Thomas. Gela vous doit obliger d'agir de concert et de

bonne correspondance avec M. de Turenne, puisqu'il est résolu de le

faire de son costé, et que le service du Roy l'exige ainsy; outre que son

employ en Italie ne doit durer que cette campagne, après laquelle il

doit retourner en France. Il me semble que vous avez peu de sujet de

vous en alarmer et d'en prendre de la jalousie. Je vous supplie donc

de vous en guérir l'esprit, puisque la raison le veut, et de continuer à

bien faire, vous asseurant, de mon costé, ou que je manqueray de crédit

à la Cour, ou que je vous procureray la reconnoissance que vos services

méritent, et vous fairay paroistre en effet que je suis sans diminution et

sans reserve, etc.

GXXIII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 58 verso.

A M. D'ESTRADES

[P;ms,] 37 juin iG63.

Monsieur,

Vous sçaurez la resolution que M. de Chavigny a prise daller servir le Roy au traité de la paix. Je vous escris celle-cy pour vous dire qu'il part entièrement avec les bonnes grâces de la Reyne l, et que le petit

commandement de l'armée d'Italie. La cor- soutenait encore Chavigny, qu'il regarda . respondance de Mazarin supplée en cette cir- dans la suite, comme un de ses adversaires constance, comme en beaucoup d'autres, au les plus dangereux. Il écrivait dans ses carsilence des Mémoires. nets, à la date de juin i643 : trM. di Cha- 1 Le comte de Chavigny avait vendu sa vigni ha sempro ben servito S. M.; entra in charge de secrétaire d'Etat, qui passa au oltre in tutti li segreti délia Francia; onde comte de Brienne. A cette époque , Mazarin pep gratitudine e per politica deve esBei

â06 LETTRES

Juim643. changement qui est arrivé n'a rien altéré de l'estime et de l'affection qu'elle avoit pour luy. Son mérite et ses services sont trop considérables, pour estre effacez de l'esprit d'une si bonne et juste princesse. Quoy qu'il en soit, asseurez-vous que, tant que j'auray icy quelque crédit, vos interests n'y manqueront pas de protection, et que vous connoistrez, parle soiu que j'en prendray, qu'ils ne me sont pas moins chers que les miens propres. L'occasion qui vient de s'en présenter vous en sera une preuve, et vous pouvez apprendre de M. vostre frère la joye que j'ay eue d'obtenir, en faveur d'un de vos frères, l'abbaye de Bonnefont, qu'il m'a prié de demander à la Reyne; c'est neantmoins peu de chose pour la passion que j'ay pour vous.

Vous asseurerez tousjours, s'il vous piaist,M. le prince d'Orange de la continuation de mon très-humble service et du désir que j'ay qu'il me fasse l'honneur de me continuer ses bonnes grâces. Cette Cour ne sçauroit estre plus tranquille qu'elle est à présent, et tout y conspire avec la Reyne à l'avancement du service du Roy et au bien de ses affaires. Nous ne sçaurions avoir de plus belles apparences que celles que nous avons du bon succès du siège de Thionville. Vous jugerez par là de la vigueur du nouveau règne et de la considération qu'on fait des interests de nos alliés, à qui cette conqueste, si elle arrive, ne sera point moins utile qu'à ce Royaume. Je voy tant de lumières, de bonnes intentions et de courage en la conduite de la Reyne, que j'espère que l'avenir ne fera point regretter le passé, et quç ceux qui ont creu que la force du Cabinet demeureroit affoiblie par la mort du Roy auront sujet de se retracter de leur jugement. Faites-moy sçavoir de vos nouvelles, et croyez que personne n'est plus que moy, etc.

protetto in ogni tempo da S. M.» Cette note, qui succe'da au comte de Chavigny dans la

écrite par Mazarin sur un carnet, était le charge de secrétaire d'Etat, a donné, dans

sommaire d'une conversation où il se pro- ses Mémoires (édit. Michaud et Poujoulat.

posait d'exposer à la Reine la nécessité de p. 79) des détails curieux sur la démission

défendre Chavigny contre ses ennemis nom- de Chavigny et sur le rôle de Mazarin en

breux et puissants. cette circonstance.

Le comte de Brienne (Henri-Auguste),

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 58 verso.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Paris,] 27 juin i643.

Je 11'ay plus de paroles pour vous confirmer les asseurances que je vous ay données de la passion que j'ay pour ce qui vous touche. Vous les prendrez, s'il vous plaist, des effets, et les soins que j'apporte afin que rien ne vous manque pour la continuation du siège vous en seront un gage qui ne vous permettra pas d'en douter. Je n'entreray point dans ce destail, d'autant que vous l'apprendrez des despesches de M. Le Tellier et de la bouche du sieur de Campeils; vous luy ajousterez foy, et me tairez l'honneur de croire que je suis autant que personne le puisse estre, etc.

GXXV.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 59 recto.

A M. DES HAMEAUX

CONSEILLER DO ROY EN SES CONSEILS ET SON AMBASSADEUR PRÉS LA SERENISSIME REPUBLIQUE DE \ENISE.

[Paris, ] «7 juin 1 663.

Monsieur,

Je n'ay point voulu laisser partir ce courrier sans vous donner a\is que la Reyne a nommé M. Servien ambassadeur extraordinaire en Italie, pour travailler, sous M. le cardinal Bichi, à l'ajustement du différend qui est entre le Saint Père et les Princes de la ligue1. Cependant

' Le grand-duc de Florence, le duc de ligués avec le duc de Parme contre le pape Modène et la république de Venise s'étaient Urbain VIII.

Juin i643.

Juin t663 vous ne devez espargner ny vos soins ny vos offices pour y disposer la Republique, et pour arrester le cours d'une guerre, dont le progrès ne pourroit estre que funeste à l'Italie et de mauvais exemple au reste de la Ghrestienté, qui ne souspire qu'après une paix générale. Pour cet effet, MM. d'Avaux et Ghavigny sont près de partir pour l'Allemagne, et la France fait des efforts que Dieu besnit pour contraindre ceux qui jusques icy y ont apporté de la résistance.

Vous aurez sceu les courageuses resolutions qu'on a prises icy depuis la mort du feu Roy, et comme, après le gain de la plus fameuse bataille de ce siècle, la Reyne a voulu de son mouvement qu'on assiegeast la plus importante place des Pays-Bas. S'il nous est permis de juger du succez de ce siège par les apparences, il ne sçauroit estre que très-favorable. C'est ce que vous fairez sçavoir, s'il vous plaist, à ces Messieurs, à qui vous représenterez encore, sur le sujet de la régence de la Reyne, qu'il ne fut jamais princesse d'inclination plus françoise qu'elle, ny de mère qui eust plus de passion pour la gloire de son fils et pour le bien de ses affaires. Quelque grandes qu'elles soient, je vous puis asseurer qu'elles ne surpassent pas ses forces, et qu'elle fait voir tant de lumières et de vigueur en sa conduite, qu'il ne nous est rien arrivé de si esclatant par le passé qu'on ne puisse avec raison attendre du nouveau règne. Je me remets du reste des affaires à ce que vous en apprendrez par les autres despesches que vous porte ce courrier, et je me contenteray de vous asseurer que je suis très-veritablement et plus que personne du monde, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 60 verso.

Page 1