A LA REYNE DE SUÈDE
[Paris,] 27 juin i6'i3.
Madame, Je ne doute pas que les alliés de cette Couronne ne prennent d'abord
l'alarme de la nouvelle de la mort du Roy. La perte d'un si grand prince Juin i643. ne pouvoit arriver sans causer de l'altération partout où sa vertu estoit connue, et une vie si pleine de merveilles comme la sienne ne pouvoit s'esteindre sans se faire regretter de ceux à qui elle estoit nécessaire. Aussy je me persuade crue ce ne sera pas sans un grand sentiment de douleur que Vostre Majesté apprendra cet accident; et que ce ne sera pas mesme sans quelque appréhension que les affaires publiques n'en changent de face. Quant à ce second point, Madame, j'ose asseurer Vostre Majesté que ce sage et généreux prince a laissé avant de mourir les siennes si bien establies, qu'apparemment rien ne les pourra esbranler, et que l'union est si parfaite entre la teste qui les doit conduire et les membres qui la doivent seconder, que je ne voy point de danger qu'elle se puisse dissoudre. Les vertus de la Reyne luy avoient tellement gagné le cœur de tous les François, qu'on peut dire qu'elle en avoit la Régence avant qu'elle y filst nommée, et que tous luy rendoient par inclination ce qu'ils sont obligez de luy rendre par devoir. Aussy le Ciel vient de luy confirmer, par une grande victoire qu'il nous a donnée sur les Espagnols, ce qui luy avoit esté accordé de la part des hommes; et les apparences nous sont de tous costez si favorables, que nous espérons que toutes choses s'achemineront à une paix honneste et seure pour nous et pour nos confédérés. La Reyne tesmoigne tant de passion pour les interests de ceux-cy, que je puis dire avec vérité qu'elle ne les distingue pas de ceux de cette Couronne, et qu'elle ne souffrira jamais qu'il s'en fasse de séparation, jusqu'à ce que, conjointement et de concert, on arrive au port où toute la Chreslienté aspire.
Quant à moy, Madame, je ne diray rien de nouveau à Vostre Majesté et que ma conduite passée n'ayt justifié, quand je l'asseureray que, tant que j'auray part à l'honneur que la Reyne m'a fait de se vouloir servir de moy dans son Conseil, je ne me deppartiray jamais de la resolution que j'av faite de tousjours entretenir la bonne correspondance qui doit estre entre nous et nos alliez, et principalement entre les deux Couronnes. Je serois mauvais François, si j'avois d'autres sentimens, et j'ignorerois que le bien de l'une et de l'autre et, ensuite, du reste de la
MAZABIR. — I. 27
juin t «63. Ghrestienté, consiste en cette nécessaire union, comme le malheur de toutes les deux consisterons en leur desunion et rupture. Ce sont, Madame, les pensées que j'ay tousjours dans l'esprit et que je me promets que Vostre Majesté me faira l'honneur d'agréer, puisqu'elles partent d'une ame la mieux intentionnée qui pourroit estre pour le bien public, et qui a un zèle particulier fort vif et fort ardent de faire paroistre à Vostre Majesté, par ses respects et par ses services, que je suis plus que personne du monde, etc.
GXXVII.
Manusc. de la Bibliolh. Mazaiïne, n° 1719, tom. I , f° 5g recto et verso.
A M. LE CHANCELIER OXENSTIERN
[Paris,] 37 juin 1 663.
Monsieur,
Me donnant l'honneur d'escrire à la Reyne, je croirois ne faire qu'une partie de mon devoir, si je manquois d'escrire en mesme temps à Vostre Excellence. Ce sera pour vous renouveler les protestations de mon très-humble service, et pour vous supplier de ne me reffuser point la grâce d'asse'urer la Reyne que je ne luy mande rien de l'estat de cette Cour et des bonnes intentions qu'on y a pour nos alliés qui ne soit fort véritable. En effet, le siège de Thionville, dont la conqueste, si elle arrive, comme nous l'espérons, ne leur sera pas moins utile qu'à ce Royaume, est une preuve fort sensible de la considération qu'on y fait de leurs interests, et la marche du mareschal de Guebriant avec la plus belle armée qu'il ayt encore commandée ne laisse pas lieu de douter que le bien de la confédération ne soit le principal objet que nous nous proposons en cette guerre. Le temps confirmera tousjours de plus en plus cette vérité, et je me promets que Vostre Excellence ne faira point difficulté de l'appuyer auprès de la Reyne et de messieurs les Régens. Je sçay la part que vous avez en sa confiance et le rang
que vous tenez en la direction de ses affaires; cela m'a obligé d'exiger Juin i663. de vous cet office, après lequel je vous demanderay la continuation de vos bonnes grâces. Vous ne sçauriez accorder cet honneur à personne qui ayt pins de passion de le mériter ny qui soit, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. tom. I, f° 59 verso.
A M. TORSTENSON,