A MESSIEURS LES ESTATS GENERAUX
DES PROVINCES-UNIES DES PAYS-BAS
| Paris,] ■> juillet i 663.
Messieurs,
Je ne doute point que les alliez de cette Couronne n'ayent d'abord pris l'alarme de la nouvelle de la mort du feu Roy. La perte d'un si grand prince ne pouvoit arriver sans causer de l'altération partout où sa vertu estoit révérée, et une vie si pleine de merveilles comme la sienne ne pouvoit s'esteindre sans se faire regretter de ceux à qui elle estoit nécessaire. Aussy je me persuade que ce n'aura pas esté sans un grand sentiment de douleur que vous aurez appris cet accident, et que ce n'aura pas mesmc esté sans quelque appréhension que les affaires publiques n'en dussent changer de face. Cette considération, Messieurs, m'a empesché de vous escrire plus tost, et j'ay voulu voir auparavant les affaires de cette Cour en estât de consistance. Elles sont, à la vérité, si bien establies, et sur des fondemens si solides, qu'apparemment rien ne les pourra esbranler; et l'union est si parfaite entre la teste qui les doit conduire et les membres qui la doivent seconder, que je ne vois point de danger qu'elle se puisse dissoudre. Les vertus de la lie) ne luy avoient tellement gagné le cœur de tous les François, qu'on peut dire qu'elle en avoit la Régence avant qu'elle y fust nommée, et que tous luy rendoient par inclination ce qu'ils sont obligez de luy rendu par devoir. \uss\ le Ciel luy a confirmé, comme vous avez sceu, par
fuillei 166.3. une grande victoire, qu'il nous a donnée cinq jours après la mort du Roy, ce qui luy avoit esté accordé de la part des hommes. Mais elle n'en est pas demeurée là, et, pour faire voir que, au règne du nouveau Roy, il y avoit aussy bien de la prudence et de la vigueur que de la bonne fortune, cette sage et généreuse princesse a voulu, de son mouvement, qu'après le gain d'une des plus fameuses batailles de ce siècle, on travaillast à la conqueste d'une des plus importantes places des Pays-Bas.
Je ne vous parleray point de Testât de nos armées d'Allemagne, d'Italie et d'Espagne, où il est certain qu'elles n'ont pas esté jusques icy si belles ny si bien payées qu'elles le sont maintenant. Je vous diray seulement que, tant s'en faut qu'on doive relascher, à l'avenir, d'une conduite si vigoureuse, qu'au contraire je suis asseuré qu'on la fortifiera , et que la constance du feu Roy dans le bon party sera inférieure à la fermeté avec laquelle la Reyne est résolue d'y persévérer. En un mot, je ne vous representeray que la vérité et ce qui sera tousjours confirmé par l'expérience, quand je vous asseureray que, encore que cette princesse soit du sang d'Austriche, elle n'en a retenu que la noblesse, et que toutes ses passions sont pour le Roy et le bien de ses affaires.
Pour moy, Messieurs, je ne vous diray rien de nouveau , et que mon procédé n'ayt justifié jusques icy, quand je vous protesteray que je ne me despartiray jamais de la resolution que j'ay prise d'entretenir de tout mon pouvoir la bonne correspondance qui est entre nos alliez et nous, et surtout entre vostre Republique et cette Couronne. Je serois mauvais François, si j'avois d'autres sentimens, et j'ignorerois que le bien de tous consiste en cette bonne union, comme leur commun malheur consisteront en leur desunion et mauvaise intelligence. Ce sont les pensées que j'ay tousjours dans l'esprit, que je veux croire que vous ne reprouverez pas, puisqu'elles partent d'une ame la mieux intentionnée qui pourroit estre pour le bien public, et qui a plus de passion de vous tesmoigner par ses services qu'il est impossible que personne soit plus que moy, etc.
' Juillet i643.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 66 verso.
A M. DE LA THUILLERÏE\
CONSEILLER DE ROY EN SES CONSEILS ET SON AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE PRÈS LES ESTATS GENERAUX DE HOLLANDE.
[Paris,] 2 juillet i6i3.
Monsieur,
Je ne vous suis pas peu obligé de la part que vous avez prise pour l'amour de moy en la mort du feu Roy. Bien qu'elle ayt esté une perte commune à tous les François, je ne puis nier qu'elle me soit particulière, et je n'aurois point de sentimens pour les tesmoignages de confiance et de bonté que ce grand prince m'a donnés, si je n'en estois extraordiuairement affligé.
Ensuite de ce triste compliment, je vous diray que j'escris à messieurs les Estats et à M. le prince d'Orange de Testât présent de cette Cour, de la parfaite concorde qui y règne, des bonnes intentions qu'on y a pour le bien de tous nos confédérés, des vigoureuses resolutions qu'on a prises d'en maintenir les interests à l'esgal de ceux de cette Couronne, et de ne mettre jamais les armes bas qu'avec leur satisfaction et par un traité de paix générale; de Testât florissant de nos armées d'Allemagne, d'Espagne et d'Italie, où elles n'ont jamais esté jusques icy si fortes ny si bien payées. Tous lesquels points je vous supplie de leur bien représenter, comme des choses très-veritables. Je remets le reste de ce que vous aurez à leur dire à vostre prudence et à vostre adresse, et me contenteray de vous asseurer que personne au monde ne vous estime plus que moy, ny n'est avec plus de passion, etc.
1 (iaspar Cognet de La Thuillerie fut sou- fut envoyé, en 166 4, en Danemark et en
vent employé dans la diplomatie de celte Suède, pour rétablir la paix entre ces deux
époque, el s'\ distingua. Après avoir rempli pays, et il y réussit, les fondions d'ambassadeur en Hollande, il
Juillet 1&43. ========
GXLII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. IV. f° 1 85 recto.
AL SIGNOR PRENCIPE TOMMASO DI SAVOIA
Di Parigi, li 7 luglio i643.
Gon T occasione del ritorno del signor marchese Pallavicino, riverisco Vostra Altezza, e le ratifico la mia sincera passione al suo servitio; havendo trattenuto il detto signore, mi rimetto alla sua viva voce, ed aggiungerô solamente che per molto, che si affatichino dalla parte di Genova e d' altri prencipi d' Italia , per far concepire sospetti dell' affettione di Vostra Altezza verso questa Gorona, non solamente non conseguiscono il fine che si propongono, ma le loro calunnie e malignité non servono che ad affermire maggiormente appresso la Maestà délia Regina e tutta questa Corte li ottimi concetti che si hanno del suo zelo e partialità per la Francia; ed io in questo proposito, sempre che ne ho l' opportunité, parlo come devo e so di poter fare.
A MONSEIGNEUR LE PRINCE THOMAS DE SAVOIE
De Paris, le 7 juillet i643.
Je profite de l'occasion du retour de M. le marquis Pallavicino pour présenter mes respects à Votre Altesse et pour lui renouveler l'assurance bien sincère de mon dévouement. Je me suis entretenu avec ledit seigneur; je m'en remets à ce qu'il vous dira de vive voix; j'ajouterai seulement que, malgré toutes les peines qu'on se donne du côté de Gênes et des autres princes d'Italie, pour faire concevoir des soupçons sur l'affection de Votre Altesse pour notre Couronne, on n'atteint pas le but qu'on se propose; mais les calomnies et les méchancetés ne servent qu'à affermir davantage chez Sa Majesté la Reine et toute la Cour la bonne opinion qu'elles ont du zèle et de l'attachement de Votre Altesse pour la France; et moi, à ce sujet, toutes les fois que j'en ai l'occasion, je parle comme je dois et comme je sais pouvoir le faire.
Attendu con impacienza 1' avviso che l'esercito sia in campagna, Juillet i643. non dubitando punto che non sia per intraprendere cosa nella quale si augumentino le glorie di Vostra Altezza, la quale supplico a tenere la mano perché nelle spese si risparmi il più che sarà possibile, essendovi scarsezza di danaro, ed ad accennarmi il modo che stimarebbe migliore per non essere ingannati 1' anno prossimo nelle reclute, esperimentandosi sempre più che gl' ofïîtiali non sodisfanno al terzo di quello a che si obbligano, con gran detrimento del servitio del Re, che in effetti spende grandi somme di danaro senza havere gente.
J'attends avec impatience la nouvelle que l'armée est en campagne. Je ne doute pas que Votre Altesse n'entreprenne quelque chose qui augmente la gloire et la réputation de Votre Altesse. Je la supplie de tenir la main à ce qu'on mette toute l'économie possible dans les dépenses (ici l'argent est rare), et de m'indiquer le moyen qu'elle croirait le meilleur pour n'être pas trompé, l'année prochaine, au sujet des recrues; nous reconnaissons toujours de plus en plus que les officiers ne remplissent pas le tiers de leurs engagements, au grand préjudice du Roi, qui, en réalité, dépense de grandes sommes d'argent sans avoir de monde.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 67 verso.
A M. DE LA MOTHEHOUDAINCOURT.
| Paris,] 7 juillet i643.
Monsieur,
J'escris par ordre de la Reyne à M. le marquis do Pouar, afin qu'il envoyé au plus tost devers vous un homme exprès pour conclure son traité, et de là en Espagne pour en procurer la plus prompte exécution qui se pourra. Je vous supplie de croire qu'on n'a rien oublié de d^ci\ pour vous faire recevoir toute sorte de satisfaction sur ce sujet . el . pour
Juillet 16/1.3. mon particulier, que j'eusse désiré avec passion que vous en eussiez retiré tout l'avantage que vous vous estiez proposé; mais la Reyne a jugé que vous deviez vous contenter de quarante mille escus. Que si ledit marquis, touché de la douceur du séjour de Montpellier, vouloit s'esloigner de la conclusion de cette affaire, et ne se soucier point de la terminer promptement, asseurez-vous qu'on y mettra un tel ordre, qu'il ne demeurera point longtemps dans cette humeur, et qu'il sera bien ayse de la permission de changer l'air de la France avec celuy de l'Espagne. En un mot l'intention de la Reyne est que ce traité prenne fin à vostre contentement, et pour moy, qui fais mes interests de ce qui vous touche, croyez que je ne seray pas peu satisfait quand j'apprendray que vous Testes, et que je ne me puis rien proposer de plus agréable que de vous donner des marques de la véritable et parfaite passion avec laquelle je suis, etc.
GXLIV.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. tom. I, f° 67 recto.
A M. LE MARESCHAL DE GUEBRIANT
[Paris,] 8 juillet i643.
Monsieur, Nous avons appris vostre marche vers le lac de Constance, et l'on nous mande de tous costez que vostre armée est fort belle. C'est une marque des soins que vous vous estes donnés pour la mettre en cet estât. H ne se peut rien ajouster à la satisfaction que la Reyne en a, qui m'a commandé de vous escrire de faire sçavoir de sa part aux officiers que, de toutes les armées du Roy, c'est celle qu'elle considère davantage et pour qui elle a une plus particulière inclination; que cette inclination ne sera point stérile à l'avenir, et qu'ils en verront des effets tousjours plus grands, à mesure que, nos affaires s'esclaircissant comme elles font, elle aura plus de moyen de le leur faire paroistre;
qu'elle n'ignore pas les services qu'ils ont rendus à la bonne cause, dont Juillet i643. elle les tient un des plus asseurez remparts, et qu'elle se promet qu'ils s'efforceront de se surmonter encore eux-mesmes, maintenant que le terme de la paix approche, et de tesmoigner plus hautement que jamais le zèle qu'ils ont pour cette Couronne; qu'elle entend bien que la paix qui se fera soit la fin de leurs travaux, mais non pas celle de leur fortune, qu'elle désire et qu'elle pourra rendre meilleure en cette saison qu'en celle de la guerre, dont les despenses sont infinies; qu'elle est résolue qu'il n'y ayt point de brave homme dans l'armée qui demeure sans rescompense, et qui n'ayt de quoy se louer en temps de paix d'avoir bien servi en temps de guerre. C'est à peu près ce que cette généreuse et juste princesse m'a déclaré de ses sentimens, que je vous ay représentés le plus succinctement possible, et que vous représenterez, s'il vous plaist, à ces Messieurs, vous asseurant que vous ne leur direz rien de si grand de l'estime et de la bonne volonté que la Reyne a pour eux, quelle ne vous en avoue1.
1 Mazarin s'efforçait d'exciter le zèle de Guébriant et de son armée; mais il ne pouvait pas lui envoyer de renforts, et l'on voit par ses carnets (2e carnet, p. 85) que son but était surtout d'obtenir que Guébriant couvrît le siège de Tbionviile : ffReplicar a Ghebriant di osservar H andamenti délie truppe di Baviera e di Lorena,* etc. Guéluiant passa, en effet, le Rhin, et fit une pointe hardie en Allemagne, pour faire reculer les Bavarois et tenir les Lorrains en échec. Il \ réussit pendant quelque temps, mais comme son armée ne recevait pas de secours, il fut obligé de repasser le Rhin. Pendant que le maréchal de Guébriant couvrait a l'est le siège de Tbionviile, le duc d'Angoulème était chargé de protéger les frontières du nord. (Voy. p. a38.) Les Suédois insistaient, pour que l'armée de Guébriant, destinée à agir en Allemagne, lui
JUZAMN. — I.
renforcée. Mais ils n'obtenaient que des promesses. C'est ce que l'on voit par les lettres de Grotius, ambassadeur de Suède à Paris : ff Monui et supplementa mittenda comili et mareschallo Guebriano, quandoquidem bostis ibi esset multo validior. Ni id lieret, hélium gerendum damno Galliœ, a ut certe eorum locorum quœ nunc Galli tenerent , cum alioqui geri id posset inipensis Sueviai , Franconiœ et Bavariœ. . . Ad hoc respondit Regina, facturai» se omnino quod monebam.a (H. Grotii epiatolœ ineditœ, p. 60.)
Malgré les promesses de la Reine, on se borna à défendre les frontières. Mazarin déclare positivement, dans une lettre an duc il Ingoulême ( ci-après, p. 238), que c'était tout ce qu'on pouvait faire pendant le siège de Tbionviile.
Cependant, à la même époque, le prince de Coudé affirmait à Grotius que l'on allait
Inillei l643. Quant à moy, ils doivent croire, et ma conduite l'a assez justifia jusques icy, que je ne m'esloigneray jamais des intentions de cette princesse; que, tant que j'auray quelque crédita la Cour, je porteray comme je l'ay tousjours fait les interests de cette armée preferablemenl à ceux de toutes les autres. Je ne vous parleray pas icy des vostres, qui me seront tousjours aussy chers que les miens propres et qui le sont beaucoup à la Reyne. Je m'en suis assez bien expliqué à madame la Mareschale, à laquelle je me remets de vous le faire sçavoir et plusieurs autres choses que j'obmets présentement, pour finir et pour vous dire qu'il est impossible que personne soit au monde plus que moy, etc.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, toni. I. f° 68 verso.
A M. LE DUC DE BREZÉ
[Paris,] 8 juillet i663.
Monsieur,
J'ay receu la vostre du 18 de juin, escrite de la Hochelle, et j'estime que vous recevrez la mienne à Toulon, ou sur la mer. La confiance que vous avez en mon affection ne sçauroit estre mieux fondée, et je manquerais plustost à moy-mesme qu'à ce que je dois à la mémoire de feu M. le cardinal et à vostre mérite. Continuez tousjours à bien faire et à bien servir; c'est le meilleur moyen que vous sçauriez prendre pour vous venger de la mauvaise volonté de vos ennemis. La Reyne est trop prudente pour recevoir des impressions mal à propos contre qui que ce soit, et trop juste pour ne considérer pas comme elle doit ceux qui sont si utilement comme vous estes dans le service. Je vous
envoyer des secours en Allemagne. rrCum non quieturum donec res esset eflecta.^
venissem ad supplementa mittenda mares- (//. Grotii epistolœ ineditœ , p. 61.) Ces ren-
challo Guebriano , et causas late adducerem , forts ne purent être envoyés qu'après la
dixit idjam decretum esse in concilio, seque prise de Thionville.
conseille de ne songer qu'à ce dernier et de passer par-dessus tout Juillet i643.
ce qui pourroit le retarder, affin qu'il se fasse. Surtout il est nécessaire
que vous agissiez de concert avec M. le mareschal de La Motlie, et que
vous appuyiez du costé de la mer les desseins qu'il a sur terre. Je ne
vous en diray pas davantage, puisque vous n'en avez pas besoin, et
que vous trouverez les ordres particuliers que vous avez à observer
dans les despesches de messieurs les Secrétaires d'Estat. Je vous asseu-
reray seulement qu'il ne se peut rien ajouster à l'estime que je fais de
vostre personne et à la passion avec laquelle je seray toute ma vie, etc.
GXLVI.
Manusc. de la Bibliotli. Mazarine, n" 1719, tom. I, 1° 68 verso.