CXXXVII
Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. I, f° 65 verso.
A M. LE DUC D'ENGHIEN
[Paris,] 2 juillet i643.
Bien qu'il n'y ayt que fort peu de jours que je vous ay escrit, je n'ay pas voulu laisser partir le sieur de Campeils sans vous dire que vous n'avez pas plus de passion qu'on en a icy afïin que vous ne manquiez ny d'argent ny des autres choses nécessaires pour la continuation du siège. On travaillera aussy en diligence aux nouvelles levées et aux recreues; mais vous sçavez que cela ne se fait point en un jour.
Pour mon particulier, je vous supplie de croire que jamais affaire ne m'a plus tenu au cœur que celle-là , et vous le jugerez assez , si vous considérez que, outre vostre honneur, qui ne m'est pas moins cher que le mien propre , j'y suis encore engagé de réputation , ayant fait de si fortes instances pour la faire résoudre1. Je finis, après m'estre remis au sieur de Campeils de vous entretenir de plusieurs autres choses et vous avoir asseuré qu'il est impossible que personne soit plus que moy, etc.
' Mazarin, comme on l'a vu plus haut p. 81, 82, 85, 12&, et le 3" carnet, p. a.)
(p. 201). avait vivement insiste pour que II envoyait au duc d'Enghien de l'argent
le siège de Thionville fut entrepris. Ses car- puisé dans la cassette même de la Reine,
nets prouvent avec quel soin il en suivait les (Voyez ci-après une lettre de Mazarin au
vicissitudes. (Voy. spécialement le 2' carnet, duc d'Enghien . en date du 1 g juillet 1 643.)
Juillet 1643. i============
Manusc. de la Biljliolh. Mazarine, n" 1719, tom. I, f° 66 recto.
A M. LE PRINCE D'ORANGE
| Paris,] a juillet 1 6'i3.
Monsieur.
Je croirois manquer à ce que je dois à Vostre Altesse et à l'honneur qu'elle m'a fait de me donner part en ses bonnes grâces, si je ne luy rendois quelque compte de Testât de cette Cour depuis la mort du feu Roy. Je ne puis nier, à la vérité, que cette mort n'ayt esté un des plus funestes coups dont Dieu pouvoit affliger la France. Mais il faut aussy que j'avoue que Dieu nous a donné une Reyne pourveue de qualitez si merveilleuses et tellement née à bien gouverner, que ce coup sera sans conséquence fascheuse sous la régence de cette princesse. Jamais il n'en fust d'inclination plus françoise qu'elle, et jamais mère n'eust plus de passion pour la gloire de son fils et pour le bien de ses affaires. Quelque grandes qu'elles soient, je puis asseurer Vostre Altesse qu'elles ne surpasseront pas ses forces, et qu'elle fait voir tant de lumières et tant de vigueur en sa conduite, qu'il ne nous est rien arrivé de si esclatant par le passé qu'on ne puisse avec raison attendre du nouveau règne. Le gain de la bataille de Rocroy, que vous avez sceu, et le siège de Thionville, qu'elle a fait, de son mouvement, succéder à cette grande victoire, et Testât de nos armées d'Allemagne, d'Italie et d'Espagne, où elles n'ont esté jusques icy ny si fortes ny si bien payées qu'elles le sont maintenant, sont des preuves infaillibles de ce que je viens de dire. Je ne vous parleray pas de la confiance de la Reyne dans le bon party, et de son immuable resolution de ne s'en séparer jamais, et de ne mettre bas les armes qu'avec la satisfaction de nos confédérés et par un traité de paix générale. J'en escris à messieurs les Estats généraux, auxquels je vous prie de me faire la faveur de confirmer les asseurances que je leur en donne. J'attends cette grâce
DU CARDINAL MAZAR1N. 227
de Vostre Altesse, dont elle ne recevra point de reproche, et je ia con- Juillet i663. jure en revanche de me donner moyen de luy pouvoir tesmoigner par mes services l'estime extraordinaire que je fais de vostre mérite et la parfaite passion avec laquelle je suis, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. tom. I, f° 66 recto.