‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 99 sur 335 · MARESCHAL DE CAMP DES ARMEES DD ROY AU CAMP DEVANT THIONVILLE · texte numérisé non relu

MARESCHAL DE CAMP DES ARMEES DD ROY AU CAMP DEVANT THIONVILLE

[Paris,] 27 juillet 1 643.

Monsieur,

Gomme je prends beaucoup de part à ce qui vous touche, j'apprends aussy avec beaucoup de joye celle que vous avez en l'heureux progrès du siège de Thionville. 11 ne se peut rien ajouster à la satisfaction que la Reyne en a et au désir qu'elle a encore de reconnoistre le mérite de ceux qui y servent si dignement que vous faites. Si le vostre n'estoit assez connu de luy-mesme, et s'il avoit besoin de recommandation estrangère, je tascherois de la faire valoir auprès de Sa Majesté. Toutesfois il n'en est pas besoin, et il me suffira tousjours d'applaudir à la bonne opinion qu'elle a de vous.

Les ennemis avoient fait dessein sur Montulin3, pour se prévaloir de

1 Urbain . marquis de Maillé-Brézé, beau- camp , fut tué au siège de Landau en 1 64 /1 frère du cardinal de Richelieu et père d'Ar- (V. la table alphabétique , à la fin du volume, mand , duc de Brézé-Fronsac. 11 était mare- 3 Montulin ou Mont-Hulin. On trome chai de France. deux localités de ce nom dans le départe-

2 Le marquis d'Aumont, maréchal de ment du Pas-de-Calais.

vostre absence; et cela nous mettoit en quelque sorte de peine. Mais Juillet i663. depuis que M. vostre frère1 s'y est jeté, il nous a mis l'esprit en repos. Vous voyez ce que peut vostre maison pour prendre et pour conserver des places, et si ce n'est pas avec raison que je l'estime et que je suis particulièrement et avec grande passion, etc.

GLXVIII.

Manusc. de la Bihlioth. Mazarine. n° 1719. tom. 1. f° 79 verso

A M. DE MONTEAUCLAIR,

i;orvERRErn pe holxlans

| Paris,] 37 juillel i 643

Monsieur,

J ay prié M. Le Tellier de représenter au Conseil les choses qui concernent vostre garnison dont vous m'escrivez par vostre dernière. Vous apprendrez par ses despesches ce qui y sera résolu, où vous pouvez croire que j apporteray tout ce qui despendra de moy afïin que vous ayez le contentement que vous demandez. H n'y a point d apparence que les ennemis ayent dessein sur vostre place, estant trop occupés ailleurs et ayant leurs forces séparées. Cela neantmoins ne vous doit pas empescher de vous tenir soigneusement sur vos gardes el d'estre tousjours préparé à ce qui est possible. Nous espérons dans peu de temps la réduction de Thionville, et par conséquent de leur donner après cela d'autres pensées que celle de nous attaquer. Croyez ce pendant que j'auray soin de vos interests, et que je ne perdra} point d'occasion de vous faire paroistre que je suis véritablement, etc.

1 Antoine d'Aumonl. qui devint mare- au siège de Monlauban , et, en 1627, au

rhal de France en 1601, et mourut en 16G9. combat de l'île de Ré, il se distingua, en

à l'âge de soixante-huit ans. Sa carrière mili- 1666, aux sièges de Courtrav et de Mar-

taire avait été glorieuse : blessé, en 1617, dick. de Fumes el de Dunkerque.

luiilel i643. = '

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 78 recto.

A M. DE CHOISY1

CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS, ET INTENDANT DE LA JUSTICE, POLICE ET FINANCES DE L'ARMÉE DE M. D'ENGHIEN.

[Paris,] 27 juillet i663.

Monsieur,

J'ay connu, par la promptitude avec laquelle vous avez fait l'office que j'ay exigé de vous, que vous n'estes pas seulement utile au bien des affaires du Roy, mais que vous Testes encore à celuy des particuliers. J'ay fait remettre en escus d'argent à M. Le Page la partie que vous avez fournie, à ma prière, au sieur de Campy ; mais je garde fort vive l'obligation que je vous en ay et un désir fort ardent de rechercher les occasions de m'en revancher.

Vous devez croire que je suis trop intéressé, pour diverses considérations, au succès du siège de Thionville, pour n'apporter pas tout ce qui despendra de moy, affin qu'il soit tel que je le souhaite et que rien ne manque pour terminer heureusement une entreprise si importante. Mais je vous conjure, au nom de Dieu, d'user de tout le mesnage raisonnable qu'il vous sera possible dans les despenses que vous serez obligé de faire, pour ce que, effectivement, l'argent est icy fort court, et la nécessité inesvitable d'en despenser en plusieurs endroits, et beaucoup.

Je ne vous en diray point davantage, d'autant que vous n'en avez pas besoin, et finiray, après vous avoir asseuré que je ne perdray point

' M. de Choisy devint dans la suite chan- lection de portraits qui fait suite aux Mé~

celier de Gaston d'Orléans, comme on le moires de M1'1' de Monlpcnsier.) verra ci -après. Ce personnage est plus L'abbé de Choisy, fils du chancelier de

connu par sa femme et par sou fils que par Gaston d'Orléans, a laissé des mémoires,

lui-même. Sa femme était renommée parmi qui font partie de toutes les collections de

les beaux esprits de cette époque. (Voyez mémoires relatifs à l'histoire de France, son portrait par M"' de Bréfjy, dans la col-

d'occasion de faire valoir vos services auprès de la Reyne et de vous JuiHei i643. en procurer la reconnoissance qu'ils méritent. Croyez-le, s'il vous plaist, puisque, dans l'estime que je fais de vostre personne, il est impossible que je ne sois véritablement, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719. tom. I . f6 77 verso.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Paris,] 27 juillet i6A3.

Monsieur,

Je ne vous escris point le particulier de ce que j'ay fait pour le gouvernement de Thionville. J'en ay conféré avec M. de Longueville, qui s'est chargé de vous le faire sçavoir. Je me contenteray seulement de vous dire que, dans la très-parfaite et inviolable passion que je vous ay vouée, quoy que je puisse faire pour vostre contentement, je ne feray jamais assez pour mon inclination, et que je me plaindray tousjours de mon impuissance, quelque pouvoir qui m'arrive de vous servir.

J'attends avec impatience la fin du siège de Thionville. Ce n'est pas qu'il se soit jamais veu de progrès si viste, ny de victoire si prompte. Mais vous sçavez que tout est long à ceux qui désirent, et j'ay peur de me modérer dans l'ardeur que j'ay pour l'accroissement de vostre gloire.

Je suis ravy que vous soyez le plus grand instrument de nos plus grandes prospérités, et que nous n'ayons rien espéré de vostre vertu que \<ms ne surpassiez par vos actions. Ne prenez pas ce que je vous dis pour de la -cajolerie; ce sont de purs mouvemens de mon ame que je vous exprime, et encore avec des termes inférieurs à ce <|ue je sens et aux preuves que je désire vous rendre toutes les fois que j'auray l'occasion de \ous faire voir que personne ne peut estre plus que moy, etc.

làillel iii'i-'S. =

GLXXI.

Manusc. <lo la Biblioth. Mazarine, n° 1719 tom. I, i' 77 verso.

\ M. LE MARQUIS DE GESVRES

| Paris, | -2-; juillel i64

Monsieur,

Je vous suis obligé de ce que vous m'escrivez de mon régiment, sans complaisance. Les louanges que vous luy donnez me sont d'autant moins suspectes, que vous ne supprimez point le petit desordre qui luy est une lois arrivé, et qu'il a, par après, reparé avec avantage. Vous avez tort de me recommander vos interests, puisqu'ils ne me sçauroient estro plus chers qu'ils sont, et que je manqueray de crédit à la Cour, ou vous aurez sujet d'estre content. Je vous conjure donc de mettre vostre esprit en repos de ce costé-là, et de songer à estre un peu meilleur mesnager que vous n'estes de vostre personne. Le Roy a besoin de vostre service en plus d'une occasion, et je suis bien ravy que vous lassiez long temps et que vous ne perdiez pas, par chaleur de courage, ce que la prudence vous oblige de conserver. Vous pardonnerez la liberté avec laquelle je vous escris à la passion avec laquelle je suis, et plus que personne du monde, etc.

GLXXH.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. 1, i'° 79 verso.

A M. LE VICOMTE DE TURENNE

Paris,] -27 juillet 1 6Û3.

UEI/TENWT GENERAL EH L'ARMEE DITAUE.

Monsieur, Je m employeray auprès de la Reyne affin que M. Du Passa.<>c ayl

1 empioy que vous demandez pour luy. On avoit jeté les yeux sur un JuiHei autre pour cela; mais il n'y a rien que je ne tasche de faire pour vostre satisfaction et pour vostre amy, que j'estime d'ailleurs beaucoup. H me semble, par vostre lettre, que vous avez quelque deffiance de la continuation de mon amitié, ou que vous la soupçonnez de quelque sorte de refroidissement1. Si ce soupçon ne m'estoit une marque que vous ne desirez pas la perdre, j'en serois fort offensé, et j'aurois le desplaisir de n'avoir rien oublié pour vous faire paroistre le contraire, et que vous eussiez si mal jugé de ma procédure. Je vous supplie de croire que je ne cbange pas si légèrement en fait d'amitié, et que celle que j'ay pour vous estant née de la connoissance que j'ay de vostre mérite et de l'estime que je fais de vostre personne, il faudroit qu'il arrivast bien des choses, dont je ne vous tiens pas capable, pour qu'elle fus! altérée. Asseurez-vous donc que je la conserve aussy véritable et aussy forte que je l'ay jamais eue, et je me promets que le temps vous fera voir qu'il n'y a personne qui s'intéresse plus que moy en tout ce qui vous regarde, ny qui soit plus passionnément que je suis, etc.

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