CLXXII
Manusc. do la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. I. f" 80 recto.
A M. D'AIGUEBONNE
| Paris, | 38 juillel i643.
Monsieur,
Je cro\ qu'à présent toutes les diflicultés de la marche de l'armée sont levées par la commission que la Reyne a envoyée A M. le prince Thomas et par la capitulation de Villeneuve -d'Ast 2. Nous attendons avec impatience à quelle place elle s'attachera pour reparer la perle de Tortone et mettre un pied dans le Milanois. L'absence de la coin
Voyez plus haut, p. a 60, la note a sur ' Villeneuve-dAsti s'était rendue aux
les relations de Turenne et <Ip Mazarin. Français le 15 juillet.
Juiilei i6û3. de Turin de messieurs les lieutenans généraux vous deslivre de l'embarras où vous estiez avec eux, à cause de la prétention qu'ils avoient que vous leur donnassiez la droite chez vous. Ce pendant on aura icv loisir de régler ce différend, affin que vous et eux demeuriez contens. Pour ce qui est de vostre revocation de l'ambassade de Piémont, elle n'est pas résolue. Il est bien vray que la Reyne a donné quelque espérance à M. de Bonnelles1 qu'il seroit vostre premier successeur; mais il n'y a rien d'arresté pour le temps, et il ne s'arrestera rien sans faire grande considération de vos interests et de vos désirs.
Pour l'affaire de Maceraty- et de Soleure, vous apprendrez des despesches de M. de Brienne quelles sont Là-dessus les intentions de la Reyne, qui vont toutes à donner satisfaction à Madame et à messieurs les Princes3, et à ce qu'on trouve des temperamens pour accorder des choses si opposées comme sont quelquefois leurs prétentions. Vous sçavez qu'une telle occupation ne vous est pas chose nouvelle, et c'est à quoy vous ne devez pas vous lasser de travailler, puisque le bien du Roy en Italie et celuy de M. le duc de Savoye despendent de cette bonne intelligence.
Quant à plusieurs choses que vous dites que les ministres de Son Altesse nous rapportent icy de ce pays-là, asseurez-vous que nous n'y ajoutons foy que comme nous devons, et selon que la prudence nous le conseille. Nous suspendons nostre créance, quand il y a sujet de le faire, jusques à ce que nous soyons esclairés de la vérité par les despesches des ministres de Sa Majesté qui sont de delà. Enfin soyez certain que, tant que je seray escouté icy, il ne s'y passera rien à vostre préjudice et où vous ne connoissiez que je vous estime et que je suis véritablement, etc.
1 Le marquis de Bonnelles était gendre est probable qu'il s'agit de Macerata , ville de Claude de Bullion, ancien surintendant du royaume d'Italie.
des finances, mort en îG^io. 3 Christine de Savoie et ses beaux-frères .
2 II y a dans la copie Maceraty ; mais il les princes Thomas et Maurice de Savoie.
==^== Juillet l6/l3.
Manusc. de )a Biblioth. Mazarine, n" 1719, tom. I. f" 80 verso et 81 reclo.
A M. D'AMONTOT.
[Paris,] 28 juillet i643.
Monsieur,
Je n'ay rien à vous dire pour response à vostre lettre du 9 du courant, sinon que je trouve estrange que l'on mette si bas la rançon du sieur Janetin Doria, dans la connoissance que nous avons du bien qui est dans la maison et du rang qu'il tient auprès du roy d'Espagne. Je ne comprends point à quelle ressource il s'attend pour recouvrer sa liberté, en une conjoncture où Dieu donne tant d'avantages à la France sur ses ennemis, et où nous avons un si grand nombre d'officiers espagnols prisonniers, et eux n'en ont presque point de françois. Faites donc sçavoir, s'il vous plaist, aux entremetteurs de cette affaire que. s'ils ne parlent un autre langage, ledit Janetin court fortune de ne pas revoir de longtemps son pays.
Nous attendons, dans peu de jours, la réduction de Thionville, dont la prise estonnera sans doute beaucoup de gens, tant à cause de la difficulté du siège qu'à cause de la vitesse inouye avec laquelle il aura esté fait. Les affaires des Suédois prospèrent dans les pays liereditaires delà maison d'Austricbe, où Torstenson est maistre de la campagne. Le marescbal de Guebriant est avec une puissante armée sur la frontière de Bavière, qui tient le duc en escbec et le menace d'eslrc son boste. Le marescbal de La Motbe se prépare dans l'Espagne, avec vingt mille hommes, à une entreprise importante, et dès que nous aurons Tliiouville, comme toutes les apparences nous le promettent bientost, nous ne bornerons pas là le succès de nostre campagne : par où vous pourrez voir l'heureux estât de nos affaires, cl que In face (\u nouveau règne est encore plus florissante que celle du règne passe.
Je ne vous recommande point de faire valoir ces avantages selon
ruiliei 16/4.3. ieur poids et selon la vérité, sçachant bien que vous n'y manquerez point et que vous vous en prévaudrez dans les occurrences. Je vous asseureray seulement que vous devez faire un estât certain de mon affection, dont vous recevrez des preuves à toutes les occasions qui me donneront lieu de vous faire voir que je suis véritablement, etc.
GLXXV.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, lom. I, f° 83 verso.