A MONSIEUR DE MORAS
Le 10 octobre 1757.
Permettez-moi de vous supplier de vouloir bien accorder vos bontés et votre protection à M. Dumas, capitaine des troupes de cette colonie. Il a fait la dernière campagne sous mes ordres et sous ceux de M. de Rigaud de Vaudreuil, il a fait les fonctions de major et a eu le détail de toutes les milices qui ont été mises pour la première fois par brigades. C’est lui qui en a fait l’arrangement, qui lui a donné beaucoup de peines
et de travail assidu. Les milices, qui jusqu'alors ne connoïissoient pas l’ordre et la discipline, ont servi comme les troupes réglées. Nous nous sommes si bien trouvés de cette formation qu’à l’avenir on en usera toujours de même; mais il seroit à souhaiter pour le bien du service que M. Dumas en eût continuellement le détail. Ayant servi en France, il connoit mieux qu’un autre l’ordre et la police qui est absolument nécessaire parmi les gens de guerre. C’est un officier de distinction, qui a toutes les qualités qu’on peut désirer. J’ose vous assurer qu'il est très capable de se bien acquitter de tous les emplois dont vous voudrez bien le charger, je ne puis vous en rendre d'assez bons témoignages. M. le marquis de Vaudreuil ne vous laissera pas ignorer ce qu’il mérite, et ce qu’il pense sur son compte. Ses services doivent d’ailleurs vous être connus assez, puisque c’est lui qui commandoit à l’affaire de la Belle-Rivière à la défaite du général Bradock; c’est cette heureuse journée qui a mis le Canada à l’abri des premières incursions des Anglois. Je ne sais quelle grâce vous demandera M. le marquis de Vaudreuil pour M. Dumas; toutes celles que vous voudrez bien lui accorder seront bien placées. En mon particulier, je serois bien flatté si la recommandation que j’ai l'honneur de vous en faire et les témoignages que je me crois obligé devoir vous rendre de ses services de la campagne dernière, pouvoient les lui procurer ; je vous en aur23 une grande ol iigation.
À M. DE MORAS
Le 10 octobre 1757.
Le retour de M. Varin en France laisse la place de commissaire ordonnateur vacante à Montréal. En attendant que vous ayez nommé celui qui ‘doit le remplacer, c’est M. Martel qui en fait les fonctions par ordre de Monsieur l’intendant. Il est très capable de bien remplir cet emploi ; il a tous les talents nécessaires et sa probité est généralement reconnue dans toute cette colonie. Permettez-moi de vous supplier de vouloir bien lui accorder cette charge ; M. le marquis de Vaudreuil et M. Bigot vous demandent la
même grâce ; en mon particulier, je vous serai très obligé.
A M. LE MARQUIS DE PAULMY
Le 10 octobre 1757.
Je profite du départ du courrier de Louisbourg par lequel jai regu une lettre de M. de Moras qui me témoigne la satisfaction que le Roi veut bien avoir de
mes services. C’est au compte que vous avez bien voulu en rendre à Sa Majesté que j’en suis redevable. Permettez-moi de vous en faire mes très humbles remerciements; je ne discontinuerai pas de donner dans toutes les occasions de nouvelles preuves de mon zèle.
Je suis persuadé que M. le marquis de Montcalm ne vous laissera pas ignor?r les services que j'ai été à portée de rendre cet hiver, dans le gouvernement de Montréal, en faisant observer, tant aux troupes de la Marine qu’à celles de terre, une exacte discipline, de même qu'aux habitants, en obligeant les uns et les autres avec de la prudence et de la fermeté à se soumettre à toutes les réductions de vivres qui ont été jugées nécessaires. J’ai commencé à en montrer l’exemple en mangeant des mêmes viandes que les troupes; comme ma lettre court les hasards de la mer, je n’entrerai pas dans de plus grands détails sur l’article des vivres ni sur la situation actuelle de cette colonie, étant persuadé que MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm ne vous laisseront rien ignorer ni à désirer par leurs chiffres. Pour ce qui me regarde je vous prie d'assurer Sa Majesté que je maintiendrai les troupes qui me seront confiées dans leurs devoirs et à souffrir patiemment tous les événements de la guerre et les temps de disette.
J'observerai, comme j'ai toujours faît, la plus grande union et harmonie avec MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm, et j'espère que mon
exemple continuera à la faire observer dans les deux corps de troupes.
Je ne dois pas vous laisser ignorer combien j'ai lieu d’étre satisfait de l’amitié et de la confiance que me témoigne M. le marquis de Montcalm dans toutes les occasions.
M. le marquis de Montcalm aura l’honneur de vous faire des représentations sur la situation où se trouvent réduits les subalternes des troupes de terre. Comme tout est au moins trois fois plus cher que quand elles sont arrivées dans la colonie, il n’est pas possible que les lieutenants puissent vivre avec leur paye, si vous n’avez la bonté d’y avoir égard en les faisant augmenter ou en leur faisant donner le vin et autres douceurs qu’ils ont eu les premières campagnes.
Permettez-moi d’avoir l'honneur de vous faire les mêmes représentations pour moi. La place que j’occupe m’oblige de tenir un état honnête pour m'attirer la considération que je dois avoir. Je n’ai cependant pas à me reprocher d’avoir fait aucune dépense mal à propos et je croirois même avoir mal servi le Roi, si je n’avois pas reçu avec la décence que j’ai observée.
Ce qui n’a pas empêché que je n’aie usé d’une grande économie. Je me trouve cependant cette année en arrière de dix mille livres des appointements que le Roi me donne; cela ne peut qu’augmenter, puis-