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qu’il ne me reste plus rien des provisions que j’avois apportées de France.
Je vous supplie d'avoir la bonté d’observer que je n’ai pour fortune que ies bienfaits du Roi, que je dépenserai avec plaisir à son service ; et tout ce que je désire, du côté de l’argent, est de ne rien devoir en partant de ce pays; il seroit bien douloureux pour moi de laisser plus de dettes que je ne serai en état de payer.
Permettez-moi encore de vous rappeler la grâce que j’ai eu l’honneur de vous demander par mes dernières lettres qui est de me procurer le grade de maréchal de camp.
MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm vous l’ont demandé et la désirent pour moi; M. le comte d’Argenson me l’avoit promise, si je restois deux ans en Amérique, et ils sont révolus; je me flatte de l'avoir méritée dans les occasions que j'ai eues de donner des preuves de mon application et de mon zèle. Ce ne sera cependant qu’au compte que vous voudrez bien en rendre à Sa Majesté que je serai redevable de cette grâce ; je voue supplie d'avance de vouloir bien être persuadé de ma reconnoissance.
M. le marquis de Vaudreuil envoie à M. de Moras deux cartes et deux mémoires que j'ai fait, m’étant appliqué depuis que je suis en Amérique à la connois-
sance du pays.
Je cemptois avoir l’honneur de vous les envoyer en même temps; mais comme cette occasion n’est pas
sûre et que ce n’est qu’un homme qui porte les dépêches à Louisbourg, j'ai cru ne devoir pas l’en charger, M. le marquis de Vaudreuil m’ayant prié de les lui remettre, parce que M. de Moras les lui demande, étant pressé d’avoir des connoïssances à ce sujet. J'aurai l’honneur de vous les envoyer par une
occasion plus sûre, qui sera le départ des premiers vaisseaux.
(Semblable lettre à M. de Moras.)
AU ROI DE POLOGNE
Le ?8 octobre 1757, de Montréal.
Sire,
Je supplie Votre Majesté de trouver bon que je profite des derniers vaisseaux qui vont retourner en France pour me rappeler à sa bienveillance et pour lui rendre compte de la situation actuelle de la colonie. Depuis les dernières lettres que j’ai écrites à Votre Majesté il ne s’y est rien passé d’intéressant ; nos troupes seront dans leurs quartiers d'hiver le 1°" novembre.
Les Angloïis ont paru devant l'Ile Royale, avec une forte escadre et des troupes de débarquement, pour faire le siège de Louisbourg. L'escadre de M. du Bois
de la Motte, qui est encore dans ce port, les a empéchés d’oser rien entreprendre. Leur escadre s’est retirée fort en désordre et avec beaucoup de malades, dans les ports de la Nouvelle-Angleterre ; on ne pense pas qu’ils reparoissent de cette année. Cette expédition manquée leur coûte beaucoup d'hommes et d’argent, ce qui fait grand tort à leurs colonies, qui sont bien fatiguées de la guerre et qui souffrent avec peine les impôts auxquels elles sont taxées. Cela occasionne de la fermentation dans les esprits. Depuis longtemps, on n’est pas content dans toutes ces colonies du parlement de la Vieille-Angleterre ; elles voudroient en avoir un qui fût indépendant.
Si les Anglois ne sont pas plus heureux dans leurs expéditions en Europe qu’en Amérique, ils ne pourront pas soutenir longtemps les frais immenses que la guerre leur occasionne. Nos affaires sont ici dans une assez bonne position à la réserve du peu de vivres qui nous restent pour attendre les secours qui ne peuvent venir de France qu’au mois de mai. La récolte a été mauvaise, et nous avons ici beaucoup de vaisseaux marchands qui ont été pris. Nous serons obligés de passer l’hiver dans une grande économie pour les vivres; les troupes et les habitants sont déjà disposés à se soumettre patiemment à toutes les réductions qui seront jugées nécessaires pour arriver au temps des secours qu'il plaira au Roi votre gendre de nous envoyer.
Ce sera la dernière lettre que j’écrirai de cette année
à Votre Majesté ; les derniers vaisseaux partent de Québec le 5 du mois prochain. Je la supplie de m’accorder la continuation de ses bontés, et de vouloir bien agréer favorablement les vœux que je fais pour sa conservation.
A M. LE MARQUIS DE PAULMY Le 22 avril 1758.
J'ai l’honneur de vous envoyer le duplicata de la carte d’une partie de l’Amérique et du mémoire sur les limites. Nous sommes toujours dans la même position ; nous attendons avec beaucoup d’impatience l’arrivée des vaisseaux et des vivres de France. Il n’y a encore rien de décidé pour nos opérations de la campagne ; tout dépendra des mouvements des ennemis et des moyens que nous aurons. Je ne sais dans quelle partie je serai employé ; cela dépendra aussi des circonstances. Jai toujours le même zèle pour tout ce qui pourra être utile au service du Roi; j'espère que ma bonne santé continuera à seconder ma bonne volonté.
Je ne puis toujours que me louer de la confiance et de l’amitié que MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm me témoignent. Je suis à Montréal avec eux pour être plus à portée d’être employé aux premières opérations. M. de Bourlamaque est à Québec, d’où il
ne partira que lorsque les bataillons qui sont dans ce gouvernement, remonteront pour marcher en campagne.
Tous nos partis de l'hiver de la petite guerre ont très bien réussi et ont battu les ennemis dans toutes les rencontres. Je n’entre pas dans aucun détail à cet égard parce que M. de Montcalm a l’honneur de vous en rendre compte et qu’il ne vous laissera rien ignorer de tout ce qui se passe dans la colonie, de même de tout ce qui regarde nos troupes de terre.
LXVIIT A M. LE MARQUIS DE PAULMY
De Montréal, lo 6 mai 1758.
J'ai eu l'honneur de vous écrire le 22 du mois d'avril et celui de vous envoyer la carte d’une des parties de l'Amérique que j'ai faites avec les mémoires sur les limites. Je profite encore d’un second bâtiment, quittant Québec pour aller en France en droiture, pour me rappeler dans l’honneur de votre souvenir et vous demander la continuation de votre protection.
Nous sommes toujours dans la même position. Nos
besoins augmentent tous les jours ; nous attendons avec grande impatience l’arrivée des vaisseaux et des
vivres de France, pour commencer nos opérations de la campagne, qui dépendent des circonstances et des
mouvements des ennemis. Nous avons lieu de croire qu'ils voudront tenter cette année l'expédition de l'Ile Royale, mais qu’ils s’y prendront de meilleure heure que l’année dernière ; et, si nos escadres n’y arrivent pas dans tout le mois de mai, il y a lieu de craindre qu’elles ne soient pas rendues assez à temps pour empêcher la prise de Louisbourg.
Malgré la disette de vivres où cette colonie est réduite, les habitants conservent toujours leur bonne volonté et les troupes se soumettent de bonne grâce à toutes les réductions de vivres qui sont jugées nécessaires. La disette est plus grande à Québec que dans les autres gouvernement: ; ce qui fait que le bataillon de la Reine en partira le 15 de ce mois pour se rendre à Carillon.
J’ignore encore dans quelle partie je serai employé. J'ai le même zèle pour aller dans tous les endroits où l’on jugera que je puisse être le plus utile pour le service de Sa Majesté.
Si les ennemis vont à l’Ile Royale, comme il y a toute apparence, et qu’il nous arrive des vivres dans tout le courant de ce mois, nous avons beau jeu pour agir offensivement sur la frontière de la Nouvelle- York. J'ai fait un projet de campagne à cet égard que j'ai remis à MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm ; ils l’ont trouvé bon. On pourra le mettre en exécution, si les circonstances le permettent. M. le marquis de Montcalm entre avec vous dans de plus grands détails.