LE 286 LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS
qui s’est passé cette campagne et de notre situation actuelle ; je l’ai mis en état de ne vous laisser rien ignorer à ce sujet, et je vous supplie de donner créance à ce qu’il aura l'honneur de vous dire de ma part et de de lui accorder votre protection.
(Semblable lettre au duc de Choiseul, ministre des affaires étrangères, et au maréchal d’'Estrées.)
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL Le 10 octobre 1759,
Je reçois dans ce moment la lettre dont vous m'honorez du 5, au sujet des papiers et effets de M. le marquis de Montcalm. Quoique je n’y eusse pas fait mettre le scellé, j'y avois mis un sergent pour les garder, les circonstances ne m’ayant pas permis d'y envoyer plus tôt le major général pour y mettre le sien. Je ne puis me prêter à ce que vous me demandez pour l'ouverture des papiers, attendu qu'ils doivent m'être remis, selon les intentions du ministre et même celles de M. le marquis de Montcalm, que je charge le major général de vous faire voir.
Ainsi je suis responsable par état vis à vis de mon ministre et envers les parents de M. le marquis de Montcalm de ses papiers, qui ne doivent être vus que de moi seul. Ils ne peuvent rien contenir qui puisse
intéresser la colonie, puisque M. le marquis de Montcalm n'’étoit que commandant des troupes de terre, de même que je lesuis actuellement, par le De par le Roi que j'en ai trouvé dans son portefeuille. Son inventaire et la vente de ses effets me regardent, ainsi que l’état major général des troupes de terre. Ainsi je ne puis m'écarter de cette règle sans être dans le cas d’être vivement réprimandé de mon ministre.
Au surplus je suis si persuadé que les papiers de M. le marquis de Montcalm ne contiennent rien qui puisse intéresser dans ces circonstances la colonie, que je n’en ferai l’ouverture qu'après que les passages seront fermés. Et, en conséquence, j’envoie ordre à M. le chevalier de Montreuil de mettre un second scellé sur tout ce qui peut appartenir à feu M.le marquis de Montcalm, pour que, dans un temps plus tranquille, je puisse en faire la vérification, pour suivre les intentions du défunt.
Vous devez être persuadé que, dans toutes les occasions où il dépendra de moi, je concourrai avec plaisir à tout ce qui vous sera agréable.
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À M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL
Le 15 octobre 1759.
J'ai reçu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 21, avec celles de M. de Bourlamaque que vous m’envoyez. En conséquence de votre demande, je fais partir sur-le-champ les deux bataillon de Royal-Roussillon et de Guyenne et trois cents miliciens ou soldats du gouvernement de Montréal, avec quatre officiers, aux ordres de M. de Charly, auquel j’ai donné le commandement, le croyant le plus capable des officiers de la colonie pour faire faire diligence à cette troupe et la mener en ordre. Je n’ai pu donner que onze bateaux pour conduire toutes ces troupes, n’en ayant pas davantage en état. Ces bateaux ne pourront partir que quand le vent contraire aura diminué. Toutes ces troupes vont se mettre en marche par terre, pour ne pas perdie un instant, et laisseront du monde pour conduire les bateaux.
J'ai donné ordre à M. de Poularies, à qui j’ai donné le commandement des deux bataillons, dont j'ai fait choix comme le lieutenant colonel le plus capable d'exécuter vos ordres, de se rendre avec la plus grande diligence vers Chambly ou Montréal, selon les ordres qu'il recevra de vous sur la route, ou les nouvelles qu'il apprendra. Vous aurez la bonté de lui faciliter
tous les moyens possibles pour se rendre à sa destination. Je leur ai fait prendre des vivres pour huit jours de crainte que M. de Longueuil ne puisse pas leur faire fournir du pain aux Trois-Rivières. Cette partie va rester bien dégarnie. Il est bien à désirer que l’ennemi ne fasse pas de mouvement. D'ailleurs, pour ce qui me regarde, je vous ai fait part des inconvénients que mon départ pourroit procurer. J'attends vos ordres positifs à ce sujet. Je viens de recevoir des nouvelles de M. de Bougainville, qui m'informe que les ennemis font monter un bâtiment, qui étoit déjà à hauteur de Saint-Augustin. Peut-être ont-ils eu déjà des nouvelles de la marche du général Amherst. C’est un moment où les habitants devroient avoir plus de courage que jamais, puisque ce n’est plus l’affaire que de dix ou douze jours par rapport à la mauvaise saison, et je ne doute pas que ce renfort de troup#s ne remette la confiance dans le gouvernement de Montréal.
CIIT A M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE
Le 1‘ novembre 1759,
J'ai l'honneur de vous envoyer la relation de la campagne, par laquelle vous jugerez des différents
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événements qui s’y sont passés. Je n’ai aucun reproche à me faire, dans les malheurs que nous avons eus. Le bonheur m'a suivi dans les différents endroits où j'ai été employé.
Le 15 septembre au matin je reçus, à Montréal, un courrier de M. le marquis de Vaudreuil qui m’apprenoit la perte du combat du 13, que M. le marquis de Montcalm avoit été blessé, et m’ordonnoit de le joindre derrière la rivière de Jacques Cartier, où il 8e retiroit avec l'‘rmée.
Je p. "tis deux heures après l’arrivée du courrier et après que j’eus donné des instructions relatives à la nouvelle que je venois d'apprendre à M. de Bourlamaque qui commandoit à l’Ile aux Noix et dans la partie du lac Champlain, à M. le chevalier de la Corne qui commandoit à la tête des Rapides du fleuve Saint Laurent, et à M. de Rigaud pour l’intérieur de son gouvernement de Montréal.
J'arrivai le 17 à Jacques Cartier à douze lieues de Québec, où je trouvai M. de Vaudreuil et l’armée, qui y étoient arrivés le 15 au soir, et où j’appris que M. le marquis de Montcalm étoit mort de ses blessures. Le grand nombre de fuyards que je commençai à trouver aux Trois-Rivières, me prépara sur le désordre où je trouverois l’armée.
Je ne connois point d'exemple pareil. On avoit généralemont tout abandonné au camp de Beauport, tentes, marmites et tous les équipages.
La situation où je trouvai l’armée, manquant de
tout, ne me découragea pas. Sur ce que M. de Vaudreuil me dit que Québec n'étoit pas pris et qu'il y avoit laissé une assez nombreuse garnison, je pris la résolution pour réparer la faute qu’on y avoit faite, d'engager M. le marquis de Vaudreuil à faire remarcher l’armée au secours de cette place. Je lui représers tai que c’étoit le seul moyen pour empêcher l'évasion entière des Canadiens et des sauvages, qui se retiroient chez eux, et de ranimer en même temps le courage de tout le monde ; qu’en marchant en avant, nous ramasserions beaucoup de traîneurs ; que les habitants des environs de Québec rejoindroient l’armée ; que par la connoissance que nous avions du pays, nous pourrions nous approcher fort près des ennemis, que nous savions se retrancher sur les hauteurs de Québec et travailler à des batteries pour battre cette place ; que, si nous trouvions leur armée mal postée, nous pourrions l’attaquer, ou qu’au moins, en nous approchant, nous prolongerions le siège par les secours que nous ferions passer en hommes et en vivres; que nous pourrions aussi l’évacuer et la brûler, quand nous ne pourrions plus la soutenir, afin qu’il ne restât aucune ressource aux ennemis pour s’y établir l’hiver. Tels furent les différents objets que je proposai à M. de Vaudreuil pour le déterminer à faire remarcher l’armée. Monsieur l’intendant me seconda par les moyens qu'il trouva pour fournir des subsistances.
L'armée prit des vivres pour quatre jours et se mit
en marche le lendemain 18, à la pointe du jour, pour
qu'il faisoit depuis deux jours, pour entrer dans Qué-
se porter à la Pointe aux Trembles, d’où je fis avancer l'avant garde jusqu’à la Rivière du cap Rouge sous les ordres de M. de Bougainville.
M. de Vaudreuil informa sur le champ M. de Ramezay, lieutenant de Roi de Québec, du mouvement que devoit faire l’armée, et que M. de la Rochebaucourt, commandant de la cavalerie, avoit ordre, avec cent cavaliers, de lui apporter du biscuit, et que M. de Bougainville le suivoit de près avec un convoi plus considérable, qu’il pouvoit compter que sa place alloit être secourue de toutes les façons. J’écrivis la même chose à M. de Bernets qui avoit resté dans Québec pour y seconder M. de Ramezay.
En arrivant à la Pointe aux Trembles, le 18, nous reçûmes un courrier de M. de la Rochebaucourt, qui nous informa qu’il s’étoit heureusement acquitté de sa commission, qu’il avoit remis cent quatorze sacs de biscuit, et qu’il l’avoit assuré de mon arrivée et de la marche de l’armée, de même que du convoi que conduisoit M. de Bougainville, qui n’étoit qu'à quatre lieues de la ville; que, malgré tout ce qu'il avoit pu dire du prochain secours, il lui avoit paru que M. de Ramezay n'’étoit pas disposé à l’attendre, qu’il lui avoit dit qu’il arriveroit trop tard et qu’il étoit en pourparler avec les ennemis pour capituler.
Sur cette nouvelle, j'envoyai ordre à M. de Bougainville de partir sur-le-champ, de diligenter sa marche et de faire l'impossible, malgré la grande pluie
bec et y conduire son convoi; que l’armée alloit se mettre en mouvement pour soutenir son avant-garde, où j’allois me rendre de ma personne, pour juger de ce qu’il y avoit à faire.
Nous reçûmes pendant la nuit la réponse de nos lettres à MM. de Ramezay et de Bernets. Le premier mandoit à M. de Vaudreuil qu'il avoit reçu sa lettre trop tard, qu’il étoit en pourparlers avec le général anglois, dont il avoit reçu un otage à la place d’un officier qu’il avoit envoyé pour dresser les articles de la capitulation, qu'il désiroit que l’on refusât quelques demandes pour avoir occasion de rompre. M. le chevalier de Bernets me répondit la même chose, mais qu’il n’étoit pas le maître et que c’étoit M. de Ramezay qui commandoit.
L'armée continua à marcher, et je me rendis à l'avant-garde, que je trouvai rétrograder sur la nouvelle que M. de Bougainville avoit eue à une demilieue de Québec, que cette place avoit capitulé le 18 au soir. Cette nouvelle qui rendoit inutile tout ce que j'avois fait, m’affligea infiniment. Il est inoui que l’on rende une place, sans qu’elle soit ni attaquée ni investie.
L'armée campa sur les hauteurs de Saint-Augustin. Je fis rester l'avant-garde à la Rivière du cap Rouge. Nous avons occupé trois jours la même position, d’où nous avons envoyé des détachements pour retirer des munitions de guerre et de bouche qui avoient été abandonnées au camp de Beauport.
Le mouvement que l’armée a fait en avant à servi à donner de la confiance aux troupes et à contenir les ennemis dans les entreprises qu’ils auroïent pu faire.
La perte de Québec nous ayant mis dans la nécessité de prendre une position en arrière et d'établir un poste pour assurer la tête des quartiers d’hiver, je déterminai M. de Vaudreuil à faire construire un fort à Jacques Cartier. L'armée s’y replia pour y travailler. M. de Bougainville est resté à la Pointe aux Trembles et ses postes avancées sont sur la Rivière du cap Rouge. Nos partis vont journellement à la portée du canon de Québec, pour harceler les ennemis. Leur armée est entièrement rentrée dans cette place, où elle travaille à rétablir les maisons pour y loger.
M. le marquis de Vaudreuil a été à Montréal pour être à portée de faire passer du secours à l'Ile aux Noix et aux Rapides ; car, si l’une de ces deux parties étoit forcée, la colonie seroit perdue sans ressource.
Il faut convenir que nous avons été bien malheureux. Au moment où nous devions espérer de voir finir la campagne avec gloire, tout a tourné contre nous. Une bataille perdue, une retraite aussi précipitée que honteuse, nous ont réduits au point où nous en sommes. On impute à M. de Montcalm d’avoir trop divisé l’armée, et d’avoir attaqué trop tôt les ennemis sans avoir rassemblé toutes les forces qu'il auroit pu avoir, Je dois À sa mémoire, pour assurer la droiture
vi à de ses intentions, de dire qu’il a cru ne pouvoir faire nir mieux; mais malheureusement les généraux ont toupu jours tort, quand ils sont battus.
Je ferai certainement tous mes efforts, conjointee8- ment avec M. de Vaudreuil, pour soutenir cet hiver un le reste de cette malheureuse colonie et attendre les je secours qu’il plaira à Sa Majesté de nous envoyer dans ort : les premiers jours du mois de mai. Je compte que je ler. serai bien secouru par M. de Bourlamaque, par les les officiers principaux et particuliers des troupes, de Cap même que par le courage des soldats.
du Les ennemis ont fait un mouvement dans le lac eur Champlain, le 15 octobre, qui a fait craindre que le où général Amherst ne voulût pénétrer par le poste de
.. l'Ile aux Noix eten mêmetemps par les Rapides pour Dur s'emparer de Montréal.
ux L'entreprise du général Amherst paroît s'être bornée ar- à se rendre maître du lac Champlain par une marine 68° supérieure. La mauvaise saison me fait croire que la campagne est finie pour cette année, et nous allons eu- prendre nos quartiers.
oir Faute de munitions de guerre et de bouche, il nous tre sera impossible de faire aucune expédition ni entreci- prise cet hiver; bien heureux si nous pouvons nous pus soutenir. Nous finirons de manger la plus grande parop tie du reste des bœufs et chevaux.
ais Nous aurons à nourrir dans les postes de trois à pu quatre mille personnes, y compris les sauvages, ce qui
achevera de consommer le peu de ressources qui pour-
ront rester dans la colonie. Je ne doute pas que Monsieur l’intendant n’emploie son zèle et ses talents pour ménager des subsistances et autres secours, pour pouvoir nous soutenir le plus longtemps qu'il sera possible.
Nous n’avons d’autres ressources pour faire subsister les troupes que de les faire nourrir par les habitants des gouvernements de Montréal et des Trois- Rivières, celui de Québec ayant été dévasté par les armées, et à peine pourra-t-il suffire pour nourrir ses habitants.
A l'égard de nos frontières, elles consisteront cet hiver, au poste de Jacques Cartier, où il y aura mille hommes dans le fort ou aux environs, pour observer la garnison de Québec, à l'Ile aux “loix, Saint-Jean ou Chambly le même nombre, ei av fort qui est à la tête des Rapides cinq cents hommes.
Nous conserverons trois frégates, pour qu’au printemps nous puissions garder le courant du Richelieu, pour empêcher que les ennemis ne remontent le fleuve avec leurs berges ou d’autres bâtiments jusqu'aux Trois-Rivières et même jusqu’à Montréal.
fi le Roi veut soutenir cette colonie, elle n’est pas encore sans ressources, et s’il lui plaît d’envoyer au mois de mai une escadre qui devance celle d’Angleterre et qui nous rende maîtres du fleuve, avec six mille hommes de troupes de débarquement et quatre mille hommes de recrues pour les bataillons et les troupes de la Marine qui sont ici.
Les ennemis ont laissé leurs troupes à Québec, qui consistent en dix bataillons, qui peuvent faire six à sept mille hommes, ayant renvoyé seulement les malades et blessés et les compagnies de grenadiers qu’ils avoient tirés de Louisbourg. Quelque soit leur nombre, cette place ne tiendra pas huit jours de siège.
Il faudroit aussi un train de grosse artillerie avec des munitions de toutes espèces comme du fer, de l'acier, des outils de toutes sortes et dix mille fusils, la prise de Québec nous ayant dépourvus de toutes choses.
Les troupes de débarquement que le Roi envoyeroit pour prendre Québec pourroient s’en retourner en France avec l’escadre.
Nos forces seront peu considérables au printemps. Les huit bataillons ne feront pas plus de deux mille quatre cents combattants, et les troupes de la Marine onze à douze cents; et, s’il ne nous arrive pas des secours, nous ne pouvons compter que sur les habitants des gouvernements des Trois-Rivières et de Montréal, et encore aurons-nous de la peine à les rassembler. A l'égard des sauvages, nous en aurons mille ou douze cents, supposé qu’il nous arrive une escadre ; car, sans cela, nous serons fort heureux s'ils ne sont pas contre nous.
Si le Roi ne juge pas devoir nous donner du secours, je dois vous prévenir qu’il ne faut plus compter sur nous à la fin du mois de mai. Nous serons obligés de
nous rendre par misère; manquant de tout, il nous restera du courage, sans aucune ressource pour le mettre en usage.
Permettez-moi aussi de vous représenter que, si Sa Majesté perd cette colonie, il sera bien difficile de la soutenir les autres guerres. Les sauvages n’auront plus de confiance aux François, et les Canadiens, par ce que nous voyons de ceux de Québec, ne seront pas longtemps à s’accoutumer au gouvernement anglois, À cause de la facilité qu’ils trouveront dans le commerce.
Si le Roi a pitié de la situation de cette colonie, il n’y a que la paix qui puisse la rétablir.
Le sieur Bernier ayant resté à Québec après l'affaire du 13 pour avoir soin de l'hôpital, je l’ai chargé de vous informer de tous les détails relatifs à ce sujet ; et comme les ennemis prétendent retenir comme prisonniers de guerre les officiers et soldats qu'ils ont trouvés audit hôpital, le lendemain de l'affaire, et qui y étoient entrés le 13, ce commissaire s’est acquitté avec tout le zèle, décence et intelligence possibles, des commissions dont il a été chargé vis à vis des ennemis, et des devoirs de sa charge.
Le Roi a accordé à M. le marquis de Montcalm six mille livres à distribuer à sa volonté dans les troupes de terre, qu’il avoit distribuées avant sa mort aux bataillons pour les lieutenants les plus indigents.
Je dois vous exposer que la misère des troupes est
extrême ; elles espèrent que vos bontés adouciront leurs maux.
(Semblable lettre à M. Berryer.)
A M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE
Le 10 novembre 1759.
J'ai l’honneur de vous envoyer l’état de la situation des troupes et celui des grâces que je vous supplie de leur accorder. Ce corps mérite votre protection ; il a servi avec distinction dans toutes les campagnes qu'il a faites en Amérique, et particulièrement dans celle-ci, où elles ont eu à combattre en différentes fois des forces supérieures. Elles ont eu à supporter les plus grandes fatigues, étant réduites à une ration à peine suffisante pour les nourrir. Elles ont perdu en deux différentes fois leurs équipages, de manière que les officiers et les soldats manquent entièrement de tout. Je dois ne pas vous laisser ignorer que, dans tous ces revers de fortune, personne ne s’est plaint de son sort, et que ce même corps de troupes conserve le même zèle et le même courage pour le service du Roi. Il regrette avec moi la perte que nous avons faite de notre général. L'ordre du Roi que j’ai trouvé dans ses papiers pour le remplacer dans ses fonctions m’ayant
mis à leur tête, je ne doute point que, sous mes ordres, ils ne conservent la même réputation et qu'ils n’aient la même ardeur pour maintenir la gloire des armes du Roi, dans quelque situation critique que nous puissions être réduits ; en quoi je serai bien secondé par Messieurs les officiers supérieurs et les commandants des corps, de même que par Messieurs de l’état major. A mon particulier, je ferai tous mes efforts pour mériter la confiance que Sa Majesté a bien voulu avoir en moi, en me donnant le commandement de ce corps, et je m’estimerai bien heureux si vous avez la bonté de lui accorder votre protection et avoir égard à la demande des grâces que j'ai l'honneur de vous faire pour lui.
M. de Bourlamaque a exécuté ce dont on l’avoit chargé pour la défense de la frontière qu’on lui avoit confiée, avec la plus grande distinction. Je ne puis que vous renouveler tout ce que M. le marquis de Montcalm vous a mandé de son zèle et de ses talents.
M. de Bougainville s’est acquitté avec beaucoup de zèle et d'intelligence des commissions dont M. le marquis de Montcalm et moi l’avons chargé en sa qualité de colonel.
M. le chevalier de Montreuil, major général, a servi depuis qu’il est en Canada avec tout le zèle possible et s’est acquitté parfaitement de toutes les commissions dont il a été chargé. Vous lui avez fait espérer par une lettre écrite à M. le marquis de Montcalm, qu’étant susceptible d'un avancement plus considé-
rable que la commission de colonel qu’il demandoit, vous seriez charmé dans l’occasion de le lui procurer; j'ai l'honneur de vous demander pour lui le grade de brigadier.
Je joins ici M. de la Pause, à qui M. le marquis de Montcalm avoit donné des lettres, au commencement de la campagne, pour faire les fonctions d’aide-maréchal-de-logis de l’armée à la place de M. de Bougainville, et que j’ai crû devoir confirmer dans ladite fonction, espérant que vous voudrez bien approuver son choix et le mien en le nommant du temps où il a fait le service. M. le marquis de Montcalm sollicitoit, depuis son arrivée en Canada, la commission de colonel et le flattoit de lui faire obtenir un bataillon de grenadiers royaux. Il a persévérer tous les ans dans sa demande ; à mon particulier, j’écrivis, après la prise du fort Georges, à M. de Paulmy, pour l’informer des talents de cet officier pour la guerre et pour tous les détails d'armée ; jose vous assurer qu’il est dommage de laisser vieillir cet officier dans un emploi subalterne ; il a mérité les éloges de tous ceux sous lesquels il a servi ; il est homme de condition et sera très bien placé dans les grades où on l’élévera, ayant de grands talents, du zèle et la fermeté convenable. Je vous supplie particulièrement de lui accorder les grâces demandées pour lui et nommément la commission de colonel. Cet officier m'est très utile dans les fonctions d’aide-maréchal-des-logis, et je vous serai très obligé de ce que vous voudrez bien faire pour lui.
Le sieur de la Rochebaucourt, capitaine de cavalerie et aide de camp de feu M. le marquis de Montcalm, a commandé cette campagne un corps de cavalerie qu’on avoit levé au commencement. Cet officier a formé, exercé et fait servir cette troupe avec la plus grande distinction ; il mérite les plus grands éloges, autant par ses talents que par son zèle, qui le rend infatigable et qui l’a rendu très utile pendant toute la campagne. Je demande pour lui une commission de lieutenant-colonel ; M. le marquis de Montcalm comptoit demander pour lui cette grâce.
Je vous supplie d’avoir égard à la demande que j'ai l’honneur de vous faire pour M. de Roquemaure. C’est un ancien officier qui a toujours servi avec distinction, qui a été mortifié de la préférence qu'on avoit donné à un lieutenant-colonel moins ancien et qui ne s’étoit pas trouvé comme lui dans le cas de commander les troupes en chef après que M. de Dieskau fut fait prisonnier de guerre ; les troupes s’attendent qu’il recevra cette grâce.
Je demande le grade de lieutenant-colonel pour les deux commandants de bataillon que je propose ; ils sont dans le cas de mériter tous les deux cette grâce ; celui de Guyenne le sollicitoit depuis longtemps par l’ancienneté de ses services et autres motifs expliqués ; celui de la Sarre est le premier à passer à la lieutenance-colonelle.
Je demande pareille grâce pour le sieur d’Hébecourt, capitaine au régiment de la Reine, officier de
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grand mérite, Cette grâce ne peut que donner de l’émulation aux troupes qui servent en Canada.
Je joins ici les représentations du sieur Trivio, lieutenant-colonel du régiment du Berry ; cet officier a toujours très bien servi, et j'espère que vous aurez égard à sa prière ; je demande une augmentation de pension pour les lieutenants-colonels.
Le sieur de Trécesson, étant le seul commandant de bataillon qui n’ait point de pension, mérite cette grâce, de même que le sieur de Villemontel, capitaine des grenadiers. Je propose aussi les autres capitaines de grenadiers qui n’en ont point, pour les mettre au pair, et les premiers factionnaires qui ont assez de service pour prétendre à cette grâce, s’il plaît au Roi de les étendre jusques là.
J'ai admis tous les officiers blessés, prisonniers ou non pour des gratifications.
Je propose plusieurs officiers pour la croix dans certains corps, attendu leur égalité de service.
Le sieur de Marillac, capitaine au régiment du Languedoc, est mort de ses blessures ; il laisse une femme et deux enfants à la mendicité. Permettez que j’ai l'honneur de vous solliciter pour faire obtenir une pension à cette veuve ; le Roi en accorde dans ce pays aux veuves des capitaines de la colonie.
Je demande deux commissions de capitaine pour les deux officiers partisans, nommément pour le sieur Wolf, homme de zèle et de courage et très ulile pour la guerre des partis.
Je demande pour l'artillerie et le génie les grâces dont j'ai cru ce corps susceptible ; il a très bien servi.
Le sieur Désandroins, officier de grand mérite, a été choisi pour commander dans le fort qu’il a fait construire à la tête des Rapides ; son zèle mérile récompense.
Le sieur Massé, chirurgien aide-major, à qui le Roi a conservé la place qu'il avoit à l'hôpital de Landau, en sollicite les appointements depuis qu'il est en Canada, où il a toujours rempli ses fonctions avec application ; il mérite la grâce que j’ai l'honneur de vous demander pour lui.
Le sieur Bernier étant resté à Québec après l'affaire du 13 septembre pour avoir soin de l'hôpital, je l'ai chargé de vous informer de tous les détails relatifs à ce sujet ; et, comme les enn:inis prétendent retenir comme prisonniers de guerre les officiers et soldats qu’ils ont trouvés audit hôpital le lendemain de l’affaire et qui étoient entrés le 13, ce commissaire s’est acquitté avec tout le zèle, décence et intelligence possible des commissions dont il a été chargé vis à vis les ennemis, et des devoirs de sa charge.
Le Roi avoit accordé à M. le marquis de Montcalm six mille livres à distribuer à sa volonté dans les troupes de terre; il avoit distribué cette somme avant sa mort aux lieutenants les plus indigents des bataillons.
Je dois vous exposer que la misère des troupes est
extrême ; elles espèrent que vos bontés adouciront leurs maux.
Pour ce qui me regarde, je ne devrois rien vous demander, puisque c’est vous qui m'avez toujours protégé et fait mon avancement. Ayant l’honneur de vous appartenir, je dois tout attendre de vos bontés. Je ne puis cependant m'empêcher de vous supplier d’observer que, si je ne reçois quelque marque distinguée du Roi, je serois regardé vis à vis toute l’Europe comme ayant eu part aux fautes qu’on a faites cette campagne, et qu’au contraire j’ose dire que la conservation de ce qui nous reste de la colonie est due à mes soins et à nes dispositions. Il n’est personne ici qui n’en soit persuadé.
Je sers depuis assez longtemps pour pouvoir prétendre à être lieutenant général; j’ai plus que l’âge pour être chevalier des ordres du Roi ; il y en a toujours eu dans ma famille. M. le maréchal de Mirepoix a été le dernier. Si mes services n’étoient pas suffisants, je pourrois réclamer les siens étant son élève. Quoique mal partagé de la fortune, je n’ambitionne aucune grâce qui l’augmenteroit ; celle qui me flatteroit le plus seroit d’être lieutenant général pour être plus à portée de donner des preuves de mon zèle pour le service du Roi. C'est à vous à juger si mes demandes sont justes ; je serai toujours content de ce que vous aurez fait pour moi.
(Semblable lettre à M. de Cremille.)
A M. BERRYER
Le 10 novembre 1759.
Je devrois avoir l’honneur de vous faire un long détail sur la misère des troupes de terre, qui est extréme, ayant perdu deux fois leurs équipages, et le peu de denrées qui restent dans le pays étant portées à des prix extrêmes. Mais j’espère que, sur cet exposé seul, vous ferez votre possible pour adoucir leur sort.
J’aurois eu à me plaindre de la disproportion du traitement qui m’avoit été accordé l’année dernière ; je vous prie de vouloir bien me faire comprendre pour le même traitement qu’avoit feu M. le marquis de Montcalm, du jour de sa mort, étant obligé de faire les mêmes dépenses et même plus considérables par
” l’enchérissement des denrées, ce qui m’obligera même
en attendant à continuer de prendre des avances considérables.
M. le marquis de Montcalm avant sa mort avoit fait distribuer aux officiers les plus nécessiteux des troupes les six mille livres que le Roi avoit accordées à sa disposition.
J'ai l’honneur de vous solliciter pour quelques officiers de la Marine qui ont servi sous mes ordres et auxquels je ne puis refuser de vous informer particu-
lièrement de leurs mérites et de vous prier de leur faire accorder quelques grâces.
Le sieur de Repentigny, capitaine, auquel on a donné cette campagne le commandement d’un corps détaché pour observer les ennemis dans les endroits les plus critiques, mérite par ses talents et par son zèle d’être distingué.
Le sieur Herbin, capitaine, a commandé le corps de troupes et milices du gouvernement de Montréal pendant toute la campagne, et nommément à l'affaire du 31 juillet et du 13 septembre, où il a été blessé; il mérite la récompense d’une gratification.
Le sieur de Saint-Martin, capitaine, qui sert depuis longtemps, soit en France, ou dans la colonie, avec le plus grand zèle et application, a été employé continuellement comme un officier de distinction ; je vous prie de lui faire accorder la croix de Saint-Louis.
Le sieur Nigon, lieutenant des troupes de la Marine, qui est estropié par la blessure qu'il a reçue à l’affaire du 8 juillet de l’année dernière et hors d'état de servir, désireroit la réforme de capitaine avec les appointements de lieutenant, et d’en pouvoir jouir en France ; c'est un bon officier et qui mérite cette grâce.
Pour le sieur de Saint-Romme, lieutenant, qui a servi avec beaucoup de zèle dans la cavalerie, une commission de capitaine ou une gratification.
Je dois vous faire part aussi du zèle et application
avec lequel le sieur Monin a servi, en qualité d’officier
major, pendant toute la campagne ; il a assez de service pour mériter la croix de Saint-Louis.
Les sieurs de Charly et Longueil, officiers majors, ont servi dans leurs fonctions avec tout le zèle possible.
Le sieur de Villejouin le cadet, officier plein de zèle et de bonne volonté, de la garnison de Louisbourg, désireroit n’être pas oublié dans les promotions qui pourront se faire dans ce corps.
Je dois de même vous demander vos bontés pour le chevalier Le Mercier, dont le zèle, les talents et le mérite doivent vous être connus et pour M. Johnstone, lieutenant du corps de troupes de la Marine de Louisbourg ; cet officier mérite quelque avancement ; je vous serai très obligé de ce que vous voudrez bien faire pour lui.
Le sieur de Marillac, capitaine au régiment de Lan-
guedoc, marié en Canada, est mort de ses blessures, laissant sa femme avec deux enfants dans la misère. S'il vous étoit possible de lui accorder la pension qu’il est d'usage aux veuves des capitaines de la Marine, je vous en aurois particulièrement une sincère obligation.
ez de ser-
rs majors, > zèle pos-
in de zèle uisbourg, tions qui
és pour le y et le méohnstone, de Louisment ; je drez bien
nt de Lanblessures, la misère.
sion qu’il Marine, je ère obli-