LETTRES DU CHEVALIER DF LÉVIS
À M. LE MARQUIS DE MONTCALM
De Montréal, le 6 septembre 1769.
Je vous envoie, mon cher général, la copie de tout ce que j'écris à M. le marquis de Vaudreuil. Vous me ferez plaisir de me la conserver, car je n’en garde pas de minute. Elle vous mettra au fait de tout ce que j’ai fait et que je compte faire.
Je me suis bien aperçu que Bourlamaque a de l’humeur. Il m’écrit froidement. Je continue à lui écrire sur le même ton d’amitié que j’ai toujours fait. Il faut bien qu’il s’accoutume à trouver sur sou chemin des maréchaux de camp, comme je trouverai sur le mien des lieutenants généraux. Au surplus, j'espère qu'il aura lieu d’être content de moi, et j’en agirai avec lui comme je désirerois qu’en pareilles circonstances on en usât avec moi. ;
Je crois que les ennemis qui sont vis à vis de vous, dans la partie de Québec, ne tarderont pas à partir ; et, dans ce cas, nous ne serons pas attaqués dans ces deux parties. C’est bien à désirer pour celle des Rapides ; car, pour cette année, ou du moins jusqu’au premier octobre, elle est bien en l’air.
Je crois, mon cher général, que vous ferez bien de vous tenir rassemblé le plus possible ; car les ennemis en partant doivent chercher à avoir une action qui
me
donne de la réputation à leurs armes et qui justifie la conduite que Wolff a tenue toute la campagne. Je désire bien ardemment de pouvoir vous rejoindre. Conservez-mu: votre amitié et soyez bien persuadé que personne ne la désire plus que moi et n’a l'honneur de vous être pour la vie plus sincèrement attaché que le chevalier de Lévis.
Je ne sais comme vous trouverez la proposition que je fais à M. de Vaudreuil de faire commander cet hiver Désandroins à la tête des Rapides. Je sais que c'est contre la règle ; mais c’est la seule façon pour que le Roi ait un bon fort au printemps, et qu’il ne lui coûte pas cher. Vous connoissez le mérite et la probité de Désandroins, et je pense que c’est tout ce que l’on peut faire de mieux pour le bien du service à tous égards.
Nota—M. de Montcalm a dû recevoir cette lettre le 8 ou le
9 septembre et n’y a pas répondu, ayant été tué le 13 à la bataille devant Québec.
A M" LA MARÉCHALE DE BELLE-ISLE
Le 22 septembre 1759,
M. de Joanne, aide-major du régiment de Languedoc, aura l'honneur de vous remettre cette lettre. Je le charge de vous instruire de vive voix de tout ce