‹ Lettres du chevalier de Lévis concernant la guerre du Canada (1756-1760) [microforme]Chapitre 38 sur 95 · A M. LE PRINCE DE BEAUVAU · texte numérisé non relu

A M. LE PRINCE DE BEAUVAU

Le 10 novembre 1759.

Je n’aurai pas l'honneur de vous faire le détail de tout ce qui s’est passé dans ce pays cette campagne; je charge M. Le Mercier que Monsieur de Vaudreuil envoie en France, de vous en faire part en vous remettant ma lettre; c’est un officier intelligent, à qui vous pouvez ajouter foi sur tout ce qu’il vous dira, Vous verrez que j’ai eu le bonheur d’être toujours heureux dans toutes les parties où je me suis trouvé. J'ai été très fâché de n'être pas avec M. de Montcalm à la

dernière action où il a été tué, et où j’aurois peutêtre ét6 très utile.

Je vous demande la continuation de vos bontés ; je les mérite par tous les sentiments que je vous ai voués.

A M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE

Le 10 novembre 1759.

M. le marquis de Vaudreuil envoie M. Le Mercier en France pour porter ses dépêches ; c’est un des officiers les plus instruits de la situation de la colonie, où il a toujours été employé avec distinction dans tous les différents détails. Je l’ai demandé de préférence pour m’accompagner dans les endroits où j'ai été employé pendant la campagne. Je ne puis que vous en rendre des bons témoignages. Je le charge de vous rendre un compte particulier de notre situation, et vous pouvez vous en rapporter à ce qu'il aura l’honneur de vous dire. Je vous supplie de vouloir bien lui accorder vos bontés et votre protection.

(Semblable lettre à M. Berryer.)

A MESSIEURS LES COMMANDANTS DE BATAILLON

Lettre circulaire du 20 novembre 1759.

J'ai l’honneur de vous faire part des règlements pour la police ou discipline à faire observer dans les quartiers, et que je vous prie de faire exécuter exactement.

1° Je confirme toutes les ordonnances et règlements faits par M. le marquis de Montcalm, de même que tous les arrangements particuliers qu’il avoit faits dans chaque bataillon.

2 Messieurs les commandants des bataillons se feront rendre compte exactement par les officiers, et particulièrement par ceux de l’état major, de tout ce qui concernera le détail intérieur de leur corps, de même que pour tout ce qui pourroit arriver dans leurs quartiers concernant la discipline ou le service, et les préviendront qu’ils aient à s'adresser à eux directement, ne voulant être informé ni recevoir aucune représentation que par les commandants de bataillon, désirant que chacun fasse sa charge. Ainsi je vous rends responsable de tout ce qui sera en défaut dans votre corps, soit pour l’ordre, la discipline ou le service.

Les circonstances critiques où nous nous trouvons, les ennemis pouvant à chaque instant faire un mou-

veme’it sur nos frontières, m'obligent à vous recommander d’être très réservé pour ne donner de permissions que le moins qu'il sera possible à Messieurs les officiers, à moins qu’ils n’aient des affaires indispensables, et en leur limitant le temps qu’ils peuvent être absents.

Je vous prie de m'envoyer le plus tôt possible les états de tout ce qu’il manque à votre bataillon pour être en état de marcher, pour que j’y fasse travailler tout de suite, de même que celui de sa situation et de ses changements, suivant les modèles que vous trouverez ci-joint, et l'état des soldats à qui la pistole est due, pour que je la leur fasse payer sur le pied de L’ordonnance, pour le temps qu’ils sont obligés de faire de plus pendant la guerre.

Je vous prie de vous faire rendre compte si l’économie des vivres a été exactement payée aux habitants qui ont servi pendant la campague dans votre bataillon, ainsi qu'aux soldats.

Vous vous conformerez pour tout ce qui concerne la police des troupes, vis à vis des habitants, au règlement donné l’année dernière par M. le marquis de Vaudreuil, dont vous devez avoir ‘opie.

Je vais faire fairo l‘:xamen des effets arrivés de France pou: Messieurs les officiers afin d’en ordonner une répartition égale à chaque bataillon.

M. les marquis de Vaudreuil est convenu avec moi qu’il enverroit ordre aux capitaines des côtes, pour que les habitants qui ont des soldats logés chez eux

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ussent à leur tenir toujours prêts six jours de vivres, en pain, biscuit, viande ou autre chose équivalant, pour qu’au cas qu’on fût obligé de faire marcher un détachement ou lever tous les quartiers, il n’y ait aucun empêchement pour pouvoir marcher tout de suite. Vous voudrez bien tenir la main à ce que cela soit exécuté, ainsi qu'il est convenu, et que les officiers visitent leurs compagnies pour voir si l’exécution s’en sera suivie, après que l’ordre aura été donné.

Je vous envoie ci-joint l’ordre pour faire recevoir les officiers proposés aux emplois vacants.

Vous verrez par la copie du mémoire que j’ai donné à Monsieur l’intendant, que je me suis occupé utilement de ce qui peut intéresser les troupes ; je crois n’y avoir rien omis. Je l’ai sollicité plus particulièrement pour les lieutenants, attendu la modicité de leurs appointements, et je crois qu’ils doivent être contents de ce qu’on a fait pour eux.

Je vous prie d'assurer tous les officiers de votre régiment, que, dans toutes les occasions, ils me trouveront disposé à faire valoir leur zèle et leurs services auprès du ministre, ce que j’ai déjà fait sur le mémoire que vous m'avez donné.

Si vous avez quelques lieutenants qui soient dans le cas de manquer de vêtements, mandez m'en l’état ; je verrai à leur procurer tout ce qui me sera possible ; ils pourront faire accommoder des habits de soldats que je leur ferai donner.

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