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280 LETTRES DU Ci:EVALIER DE LÉVIS
en souliers qu’en autres effets, de quoi réserver par devers vous quelques ressources pour les soldats qui seront dans le cas de manquer pendant le cours de la campagne.
Vous ferez retenir à ceux à qui vous ferez donner quelques effets suivant la taxe que le magasin vous les paye.
Le piquet de votre régiment détaché n’est point compris pour recevoir des couvertes en nature, en ayant reçu cet hiver et n’étant pas possible d'en trouver pour tout le monde; mais elles seront données en bons ainsi que les autres parties d'équipement qu’on ne peut denner en nature, afin que, 8’il.en arrive de France, on les fasse donner sur lesdits bons, et que, dans le cas contraire, on puisse se les faire payer.
Vous retiendrez le nombre de couvertes qui ont été données cet hiver, en n’en donnant point à ceux qui les ont reçues, et ferez joindre cette quantité au dépôt après avoir pris sur ce nombre celles dont votre piquet détaché sera dans le cas d’avoir absolument besoin, et observerez qu’en cas d'accidents ces couvertes doivent être à la charge de tous les soldats et non à celle de ceux pour qui elles étoient destinées.
Vous ordonnerez qu’il soit fait le plus promptement possible des guêtres avec l’étoffe des mitasses, désirant que toutes les troupes soient uniformément à ce sujet.
Je crois n’avoir pas besoin de vous observer combien
il est inutile que ces détails soient connus hors de votre corps et combien il est essentiel que le soldat connoisse ce qui lui sera dû des équipements de la campagne dernière, de celle-ci et des motifs qui me font différer à les leur faire donner en argent.
Vous défendrez aux soldats, sous peine d’être passés par les verges, de rien vendre des effets qui leur ont été donnés par le Roi, tels vieux qu'ils soient, attendu qu'ils peuvent leur être très nécessaires à l'avenir, ni de leur armement et munitions, à peine d’être mis au conseil de guerre, et que ceux qui perdront ou mettront les dits effets par leur faute en mauvais ordre ou hors d’état de service, les payeront, ainsi que les ustensiles, tentes et outils qui leur seront remis pour la campagne, ni de faire des capotes de leurs couvertes.
Vous ordonnerez à Messieurs les officiers de votre bataillon de joindre leurs quartiers et ne leur donnerez plus de permissions de s’en absenter.
Vous leur recommanderez de faire exactement la visite de leurs troupes et les rendrez responsables de tout ce qui pourra y manquer et de tout ce qui aura été ordonné. Je vous prie de m'’informer de ceux qui pourroient se négliger à ce sujet.
Je suis bien persuadé que vous tiendrez la main pour l'exécution de ce que j'ai l'honneur de vous mander.
J'oublicis de vous mander que c’est à vous à arranger les officiers de votre bataillon pour camper, en
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obligeant ceux qui ont des tentes à donner place à ceux qui n’en ont point. Je suis persuadé que Messieurs les officiers de votre bataillon qui en ont se porteront avec plaisir à cet arrangement.
A l’égard des trois tentes qu’or vous a remis, vous en ferez la répartition que vous jugerez la plus convenable.
Je vous prie, lorsque vous aurez distribué vos équipements, de m'envoyer l’état de ce en quoi consistera votre dépôt du restant des équipements et d’avoir attention de m'informer de ce que vous en tirerez par la suite, pour que je connoisse en tout temps quelle en est la situation.
A MONSIEUR DE TRIVIO, LIEUTENANT-COLONEL, ET A DIFFÉRENTS OFFICIERS COMMANDANT LES QUARTIERS
Du 20 mars 1760,
Comme nous avons besoin de grand nombre de fascines, je vous prie, dès ma lettre reçue, d: donner vos ordres aux soldats qui sont dans le bas de Berthier et dans les les, d’en faire faire la plus grande quantité qu’il sera possible. On en règlera le prix ensuite, dont ils auront lieu d’être contents. Monsieur l’intendant écrit pour le même objet au capitaine de milices et lui
mande que l'officier que je nommwerai pour 8e charger de ce détail, leur donnera les proportions; et, comme je me flatte que M. de Fouillac voudra bien s'en charger, je lui écris à ce sujet, lui envoie les lettres des capitaines et les proportions dans lesquelles lesdites fascines doivent être faites. Il désignera les endroits les plus favorables pour les embarquer, après s’être concerté avec le capitaine de milice à ce sujet ; il pourra prendre les sergents qui lui seront nécessaires. Je vous prie de lui faire parvenir ma lettre tout de suite et, supposé qu'il ne puisse remplir cette commission, vous suppléerez à son défaut en chargeant un ou plusieurs officiers, s’il le faut, de façon que la besogne se fasse avec le plus de diligence qu'il sera possible. Je vous envoie à cachet volant la lettre que j'écris à M. de Fouillac, afin que vous ayez connoïissance des attentions, précautions et dimensions qu'il doit donner à cet ouvrage.
A MESSIEURS LES COMMANDANTS DE BATAILLON
Lettre circulaire du 25 mars 1760.
Je vous envoie copie de la lettre circulaire que M. de Vaudreuil écrit aux capitaines des côtes, avec le rôle des miliciens destinés à marcher avec votre
bataillon et à y servir pendant la campagne. Je vous prie d’en faire faire un relevé particulier pour chaque quartier et de l’envoyer à l'officier qui y commande, pour qu'il s'assure par lui-même si lesdits miliciens sont en état de marcher au premier ordre, et si leurs armes sont en état. Les capitaines leur feront fournir ce qui est porté par la lettre circulaire de M. le marquis de Vaudreuil ; ét il faut qu’ils se précautionnent pour pouvoir emporter à leur départ les vêtements et effets nécessaires pour faire campagne, n'étant pas possible de leur fournir des magasins aucune espèce: d'équipement.
Il faut mander à Messieurs les commandants des quartiers de se concilier et d’agir de concert avec les capitaines de milices, de traiter avec douceur les habitants. Vous savez qu’on nous accuse d’agir avec trop de sévérité envers eux ; il est d’ailleurs essentiel de les bien traiter, et qu’ils vivent en bonne intelligence avec nos troupes. Vous devez juger de l'importance qu’il est au bien du service que vous teniez la main pour que les officiers de votre bataillon soient exacts à voir et à examiner par eux-mêmes tout ce que vous leur prescrirez, et prennent les arrangements que vous croirez les plus convenables pour rassembler et faire marcher les habitants, pour qu’il n’en reste point en arrière, lorsque votre bataillon marchera.
Après que vous aurez pris connoissance de toutes choses à cet égard, vous m'en rendrez compte, et de
la situation desdits miliciens, pour que je sache s'ils sont tous en état de marcher. Vous voudrez bien suppléer à tout ce que je puis vous omettre, m’en rapportant entièrement à vous à cet égard.
Lorsque vous aurez donné vos ordres à ce sujet dés tous les quartiers, il faudra aller voir par vous-même ou y envoyer votre officier major pour voir s'ils ont été exactement exécutés, et, s’il y a quelques difficultés, vous verrez à les lever avec les capitaines de milices.
Il faut faire en sorte d'engager les habitants à porter avec eux la poudre et les balles qu’ils auront et dont on leur donnera un bon à leur arrivée à l’armée pour que cette munition leur soit exactement rendue, lorsqu'ils seront renvoyés chez eux.
Il faut, de façon ou d'autre, faire fournir la quantité de marmites qui sont demandées.
A MESSIEURS LES COMMANDANTS DE BATAILLON
Lettre circulaire du 29 mars 1760.
Nous touchons au moment où l’armée va s’assembler et marcher. Je ne doute pas que vous n’ayez pris tous les arrangements nécessaires pour que votre bataillon soit en état de tout point, ainsi que les mili-
ciens qui sont commandés pour y servir, pour partir au premier ordre que je puis vous envoyer d’un moment à l’autre.
Notre départ dépend de la fonte des glaces, pour profiter de l'instant où la navigation sera libre ; car il est très important que l’armée soit rendue devant Québec, avant que les ennemis aient pu travailler à des ouvrages extérieurs.
Il est inutile que je renouvelle aux troupes le zèle avec lequel elles doivent se porter à cette expédition, dont dépendent: le salut de la colonie, la gloire des armes du Roi et même celle de chacun en particulier.
Nous devons aussi par une entreprise audacieuse marquer la reconnoissance que nous devons à la colonie qui nous nourrit depuis le temps que nous y sommes. Les habitants ont reçu nos soldats comme leurs enfants, et nous ne pouvons que nous louer de l’amitié et de l’attachement que nous avons reçu, tant en général qu’en particulier, de tous les Canadiens.
Tous ces motifs sont assez pressants pour une nation généreuse et qui a l’honneur pour principe, pour nous déterminer à nous sacrifier tous, s’il le faut, pour éviter la perte de la religion dans cette colonie, les cruautés et l’esclavage que les Anglois ne manqueroient pas de faire subir aux Canadiens.
J'ai l'honneur de vous prévenir que M. le marquis de Vaudreuil envoie des ordres aux capitaines des
côtes pour faire fournir huit jours de vivres, à compter du jour du départ, à tous les soldats et miliciens qui composent votre bataillon. Je vous prie de les prévenir qu'ils doivent s'attendre à faire une campagne dure. Je ne vois la subsistance bien assurée qu’en pain et, lorsque nous serons devant Québec, nous ne mangerons, soit en cheval ou en bœuf, que la viande que nous pourrons avoir. Ceux qui pourront emporter quelques douceurs feront bien de les prendre.
Vous préviendrez aussi Messieurs les officiers qu'ils se pourvoient autant qu’ils le pourront des douceurs les plus utiles pour la vie, ne devant espérer que la même ration du soldat, et leur eau-de-vie qu'ils recevront en nature.
Je pense que toutes les troupes me rendent la justice de croire que je serai très attentif à leur procurer’ tout le bien-être qui pourra dépendre de moi et que les circonstances me permettront.
Je vous prie de tenir la main et d’inspirer d'avance la plus exacte discipline dans votre bataillon.
Nous avons à combattre des troupes qui l’observent et, pour les vaincre, il ne faut pas s’écarter de ce principe.
Je vous prie de vouloir bien faire examiner si les capitaines des côtes exécutent l’ordre qu'ils ont de faire déglacer les bateaux, et leur faire donner des soldats, s’ils en ont besoin, pour les tirer à terre.
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Je vous prie de communiquer ma lettre à Messieurs les officiers et même aux soldats de votre bataillon.
A MESSIEURS LES COMMANDANTS DE BATAILLON
Lettre circulaire du 16 avril 1760.
Je vous envoie ci-joint l’ordre pour le départ de votre bataillon, et celui de M. le marquis de Vaudreuil pour les Canadiens destinés à vous suivre. Je vous prie de tenir la main 4 ce que lesdits habitants emportent des fusils en état, les munitions qu’ils auront, des marmites et ustensiles, ainsi qu’il leur est ordonné, et des vêtements, ne devant rien espérer des magasins, qui sont dépourvus de tout.
I1 faut faire rassembler exactement par chaque bateau les huit jours de vivres qui doivent y être emportés de la côte, par les hommes qui doivent y être embarqués, et il faut avoir attention qu’on mette quelques planches ou écorces sous les vivres pour empêcher que les bateaux qui feroient eau ne les gâtent, et ordonner aussi qu’ils soient couverts avec les tentes ; car il n’est point de cas qui puissent leur procurer d’autres vivres avant l’expiration des huit
jours.
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LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS 289 Il faut qu'on ait la même attention pour les munitions.
Il sera donné aux Canadiens à l’armée des prélarts et des manteaux d'armes pour camper, ainsi que des couteaux propres à mettre au bout du canon du fusil.
Je vous envoie ci-joint une instruction pour les dispositions et ordre de bataille que doit suivre votre bataillon, de même qu’une instruction particulière pour la formation et l’ordre dans lequel vous devez disposer et faire servir vos miliciens. Je m’en rapporte à vous pour le choix du capitaine pour commander la milice, de même que des lieutenants, sergents et autres qui seront nécessaires pour cet objet. Vous marquerez d'avance les miliciens que vous destinez à faire les fonctions de bas officiers. Je leur donnerai une commission pour remplir cet emploi à l’armée.
Je vous prie de donner toute votre attention à faire exécuter tout ce qui est porté dans ces deux instructions et d’en donner connoïssance à Messieurs les offciers et même aux soldats et miliciens pour tout ce qui les concerne.
Le corps de la Marine a formé deux compagnies de grenadiers; je vous prie de prévenir la vôtre que je serois très fâché qu'ils ne vécussent pas bien ensemble.
J'espère que vous ne négligerez rien pour accélérer votre départ et lever tous les obstacles à ce sujet, prendre toutes les précautions pour que les habitants
et soldats n'oublient rien de ce qu'il leur est nécessaire, qu’on ne fasse aucun tort aux habitants dans votre route, et pour ne laisser personne derrière.
M. de la Pause, maréchal de logis de l’armée, doit se rendre à la Pointe aux Trembles, où il désignera plus particulièrement qu’il n’est dit dans votre ordre, l'endroit où chaque bataillon sera placé.
Tous les bataillons doivent se mettre en mouvement pour partir dimanche prochain 20 du courant. Ainsi disposez-vous pour pouvoir en faire de même.