‹ Lettres du chevalier de Lévis concernant la guerre du Canada (1756-1760) [microforme]Chapitre 67 sur 95 · AU COMMANDANT DE LA FLOTTE, LE VICE-AMIRAL SUNDERS · texte numérisé non relu

AU COMMANDANT DE LA FLOTTE, LE VICE-AMIRAL SUNDERS

Du 14 septembre 1760.

J'envoie à Québec M. de Bougainville, colonel d'infanterie, pour disposer l’embarquement des troupes. J'ai l'honneur de vous l’adresser, et je vous prie de vouloir lui procurer et aux troupes, conformément à la capitulation, les facilités qui pourront rendre cet embarquement commode et sûr.

Je suis charmé que nous dépendions de vons : our cet article, et j’ose me flatter de vous trouver disposé à accorder aux troupes, et à moi personnellement, tous les services qui dépendront de vous. Je suivrai les arrangements qu’il vous plaira de prendre avec M. de Bougainville.

À M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE

De la Rochelle, le 25 novembre 1760,

Je débarque dans le moment ; j’aurois désiré de pouvoir partir aussitôt pour Versailles ; mais les fatigues et les périls même que j'ai essuyés dans la traversée que je viens de faire, me forcent à prendre cinq ou six jours pour le rétablissement de ma santé.

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Je n'ai eu cette année pour vous écrire d'autre occasion que celle des vaisseaux partis dans le mois d'avril dernier de Bordeaux, qui ont relâché à la baie des Chaleurs, d’où l’on nous a rapporté les paquets de la cour. J’eus l’honneur de répondre par ces mêmes vaisseaux à vos lettres du mois d’avril dernier et de vous envoyer une relation de nos opérations de l’hiver, de mon ouverture de campagne et de mes sentiments sur la situation de la colonie alors (c'étoit à la fin du mois de juin) ; mais ces vaisseaux, ayant été devancés dans la rivière du Canada par une escadre angloise, et ensuite défaits par une division de cette même escadre, j'ai lieu de craindre que mes lettres ne vous soient pas parvenues.

Je joins ici un duplicata de cette relation ; je n’ai d'autre réflexion à faire à cet égard que celle de vous assurer qu'il n’a point dépendu du courage des troupes, de l’union et du concert dans les partis les meilleurs à prendre pour le service du Roi, du zèle et de la fidélité des habitants, de la prudence des chefs, si la colonie n’a point éprouvé un sort plus heureux.

Les troupes de terre et de la colonie méritent cet éloge qu’elles ont fait des prodiges de valeur, le 28 avril, pour reprendre un avantage qu’elles auroient eu certainement si la bravoure tenoit lieu de moyens. Elles ont soutenu le même caractère avec des peines incroyables jusqu’au 8 septembre, qu’il a enfin fallu céder au nombre et à l’appareil formidable de trois armées réunies dans leurs opérations combinées. En-

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core n'est-ce qu'après s'être offerte à s'immoler et après avoir témoigné tout leur désespoir à subir les conditions qu’on leur a imposées.

Je réserve au temps de mon retour à Versailles à vous remettre sous les yeux les autres objets sur lesquels j’avois l'honneur de vous écrire en juin dernier, les demandes que je faisois alors, celles que j'ai à faire depuis cette époque en faveur des troupes, et de vous supplier de présenter à Sa Majesté dans un jour favorable tout ce que ces troupes ont fait et souffert, depuis plusieurs années, dans un climat si dur. Un plus digne événement étoit dû à leur courage; mais il étoit prédit et prévu depuis longtemps.

Je joins pareillement ici la suite de la relation de la campagne qui finit à la signature de la capitulation faite par M. le marquis de Vaudreuil, à laquelle je n'ai d'autre part que celle d’avoir protesté contre, touchant ce qui regarde le traitement fait aux troupes de terre, qui auroient dû mériter plus d’attention de M. de Vaudreuil et plus d’estime du général Amherst. Mes démarches à cette occasion ne m'ont point permis de recevoir du général Amherst, ni de lui faire personnellement, les politesses usitées en semblable rencontre entre généraux. J’ai cru en devoir marquer mon ressentiment et ne point goûter les raisons que ce général anglois a données pour cause, savoir que c'étoit en satisfaction des cruautés commises par les sauvages, avec lesquels les troupes avoient été associées.

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Aussitôt après la ville de Montréal livrée, je fis la revue des huit bataillons que je trouvai d'environ deux mille deux cents hommes tout compris, hôpitaux, blessés et invalides. Comme ces troupes et tout le monde devoit se rendre par la rivière sur les vaisseaux anglois à Québec, où se devoit faire la répartition des embarquements, je fis partir aussitôt M. de Bougainville pour les y devancer et les contenir dans l’ordre et la discipline, de même que le commissaire Bernier pour travailler avec les commissaires anglois pour leur subsistance et logements, et le chargeai de donner ses mêmes soins aux troupes de la Marine et matelots, n’y ayant personne pour représenter pour la Marine.

Après que les bataillons furent partis de Montréal, je les suivis avec M. de Bourlamaque, avec la résolution de partir le dernier de Québec, afin de leur obtenir, par ma présence, du chef d'escadre anglois toutes les commodités possibles pour leur traversée. Malgré mes peines et mes soins, ils ont dû souffrir extraordinairement, 1° par le peu de vaisseaux de transport qu’avoient les Anglois ; 2° par un vent affreux de nordest qui les a tenus en rivière avec danger pendant vingt-deux jours, et a mis plusieurs vaisseaux hors d'état de servir ; 3° ce qui a contraint les Anglois de les trop resserrer dans les vaisseaux qui leur restoient, quoiqu'ils n’aient point excédé leur règle ordinaire de ne mettre qu’un homme par tonneau, sur quoi j'ai veillé avec la plus grande attention ; 4° ie manque où

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