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tout le monde était d'espèce propre à se pourvoir chez les marchands anglois des douceurs nécessaires pour la traversée, et de n’avoir d’autre nourriture, au moins pour le grand nombre, que la ration du simple matelot.
A la suite de ce vent si contraire et si extraordinaire dans ce pays, les bataillons sont arrivés par lambeaux à Québec. Il a fallu les faire partir de même, vu que la saison ne permettoit plus de retard, ce qui n’a pas permis de mettre ni ordre ni règle dans cet embarquement.
J'ai borné mes soins à ce que tout ce qui étoit troupe du Roi fût embarqué; j'ai donné des ordres et des instructions à chaque officier commandant les soldats dans chaque vaisseau; j'ai pris un état à peu près des vaisseaux et du nombre des soldats qui y étoient embarqués ; je fus obligé de partir moi-même, et, en partant, j'ai chargé M. de Bourlamaque, dont le vaisseau ne devoit être prêt que des derniers, de prendre les mêmes soins pour trois bâtiments qui restoient et un nouvel état, supposé qu’il fût fait quelque changement.
Je me suis embarqué sur un bâtiment de deux cents tonneaux ; j'ai pris avec moi l’aide-major général, l’aide-maréchal général des logis, le commissaire Bernier, les sieurs de Pontleroy, de Montbeillard, de la Rochebaucourt, les deux officiers partisans et le chirurgien-major. M. de Bourlamaque a pris avec lui M. de Bougainville et le reste de nos officiers de l’artil-
lerie et du génie. Après avoir essuyé bien des vents contraires pour descendre le fleuve, étant de compagnie avec le vaisseau de M. de Vaudreuil qui a avec lui une partie de l'état-major de la colonie, nous eûmes devant Louisbourg ce qu’on appelle une tempête, qui nous sépara, fit perdre à mon vaisseau un mât et nous tint pendant deux heures dans l’incertitude de la vie ou de la mort ; et, sans autres accidents que celui d’un temps fort orageux, je suis arrivé ici après une traversée de … jours.
Je crois devoir vous informer que les Anglois voyant le peu de transports qu’ils avoient pour remplir les engagements de la capitulation me proposèrent de faire passer par la Nouvelle-Yorck nos bataillons pour y être embarqués plus commodément. Je m'y suis fortement opposé ; ils auroient été anéantis dans cette route en désertant de plein gré ou par subornation.
Je pense que ces bataillons ramènent en France quinze ou seize cents hommes ; plus de cinq cents ont quitté depuis la capitulation. Je désirerois que toutes procédures à cet égard, au cas que les corps veulent agir contre eux, fût suspendue jusqu’à ce que j'aie eu l'honneur de vous informer de ce que j’ai fait touchant ces déserteurs, et de ce qu’ils peuvent réclamer en leur faveur.
Ce mal est venu d’un abus, dès le principe, de leur avoir permis de se marier, de prendre des terres et de leur promettre leur congé après la guerre du Canada finie. Le plus grand nombre de ces déserteurs sont des
gens établis, ou qui avoient pris des mesures pour l'être, et qui n’ont point voulu abandonner un état qu’on leur avoit permis de se faire.
Puis-je, avant de finir cette lettre, vous représenter la circonstance où se trouvent tous les officiers qui reviennent du Canada, depuis le premier jusqu’au dernier, qui sont absolument dépourvus d'argent. Les appointements leur ont été payés en lettres de change jusqu’au dernier août ; chacun d’eux peut être pourvu d'argent papier, mais qui ne leur est ici d’aucune ressource. Tous attendent avec impatience les ordres que vous jugerez à propos de donner pour les secourir dans un moment si pressé, où ils arrivent dans un besoin général de hardes et de choses les plus nécesgaires.
Je n'ai trouvé à mon arrivée ici que le vaisseau l’Elisabeth-Marie, portant partie du régiment de Béarn. Le même jour sont arrivés deux transports portant des troupes de la colonie. J'espère que nous ne tarderons pas à en recevoir d’autres.
A M. BERRYER
De la Rochelle, le 25 novembre 1760.
J'ai l’honneur de vous envoyer ma relation de nos opérations depuis l'hiver dernier jusqu’au 8 septembre.
L'événement en est peu heureux; mais pouvait-il ne pas étre tel, en faisant la comparaison de nos forces et de nos moyens avec ceux de l’ennemi ?
Sans chercher à donner des éloges déplacés, je crois pouvoir dire que M. le marquis de Vaudreuil a mis en usage, jusqu’au dernier moment, toutes les ressources dont la prudence et l’expérience humaines peuvent être capables.
J'ai fait de mon côté tout ce qui a dépendu de moi pour le seconder, soit pour le concert des sentiments les plus unanimes entre nous deux, soit en exécutant ses ordres, ou en lui suggérant les moyens qui me paroissoient devoir être utiles au bien du service.
Les troupes de la colonie, celles de terre, les habitants même, ont donné des preuves réitérées, surtout le 28 avril dernier, que la conservation de la colonie ne pouvoit dépendre ni de leur zèle pour la gloire de Sa Majesté, ni de leur courage à se défendre, ni de leur bonne volonté à endurer les plus grandes fatigues et la privation des choses les plus nécessaires.
C’est une suite des malheurs auxquels, depuis quelque temps, cette colonie étoit en butte par une fatalité inexplicable, que les secours envoyés cette année de France ne soient pas arrivés dans le moment critique. Quelque médiocres qu’ils fussent, joints au succès des armes du Roi, le 28 avril, je crois pouvoir assurer que Québec auroit été repris.
Je ne m’étends pas davantage sur un objet actuellement décidé ; je réserve à mon retour à Versailles à