A M. LE COMTE D’ARGENSON ET A MONSIEUR LE GARDE DES SCEAUX
Le 20 août 1756,
Depuis le 16 du mois dernier que M. le marquis de Montcalm m'a laissé le commandement du corps de | troupes qui se trouve à Carillon, je n’ai pas eu d’occa-
f| sion d’avoir l’honneur de vous écrire pour vous informer de ma position et de ce qui s’est passé ici | depuis son départ.
NE J'ai envoyé plusieurs détachements à la guerre, RTL dont deux sur les derrières pour assurer la communi- RUN cation d'ici au fort Saint-Jean qui est l’entrepôt der vivres qui viennent ici de Montréal et de wuébec. pl Il y avoit des partis ennemis qui avoient paru sur Juil la Rivière à la Loutre, qui nous faisoient craindre ht qu'ils ne voulussent faire un établissement aux sources de cette rivière ; le détachement que :’y ai envoyé s’y est rendu et n’a point trouvé que l’ernemi
se disposât à y en faire aucun. Ainsi, quant à présent, nous pouvons être tranquille pour cette partie.
J'ai aussi envoyé un détachement pour le même sujet à la Rivière Bocquette, où l’on a trouvé des traces dans les bois de quelques partis ennemis, des canots et des pirogues qu’ils y avoient cachés, à dessein sans dovte d’irtercepter quelques-uns de nos convois; on m'a ramené quelques-uns de ces bateaux et pirogues et le reste a été brûlé ou coulé à fond.
J’ai envoyé trois détachements en différentes foisau foud du lac Saint-Sacrement, auprès du fort Georges. Le premier m’a amené quatre prisonniers et a apporté quatre chevelures ; celui qui commandoit ce détachement m’a assuré qu'il y avoit eu beaucoup de monde tué, et que les sauvages n’avoient eu le temps que d'enlever les quatre chevelures, parce que l’ennemi venoit en force.
Le second détachement, commandé par M. dela Colombière, capitaine des troupes de la colonie, s’est aussi approché très près du fort Georges, a reconnu le camp des ennemis, y a donné l’alarme ; les ennemis ont envoyé un détachement à sa poursuite, avec lequel i! s’est battu une demi-heure dans le bois; il a rapporté cina chevelures et dit aussi avoir tué beaucoup de monde.
Le troisième détachement, dont la plus grande partie étoit de sauvages, s’est aussi porté au fon: du lac Saint-Sacremenñt et a laissé le fort Georges à la droite
et s’est porté sur le derrière du camp des ennemis où ils ont fait deux prisonniers et quatre chevelures.
J'ai envoyé aussi deux autres détachements au fond de la baie auprès de la Rivière au Chicot où M. de Dieskau a débarqué l’année dernière et où il laissa ses bateaux; ce détachement étoit commandé par M. de Beaujeu, capitaine des troupes de la colonie; il étoit composé de deux cent cinquante hommes. Je lui avois ordonné de se porter entre le fort Lydius et le fort Georges pour intercepter quelques convois aux ennemis; ila rencontré sur ce chemin un détachement des Anglois qui travailloit aux chemins; il l’a attaqué, a fait six prisonniers et six chevelures et a mis l’ennemi en fuite ; parmi ces prisonniers il y a un capitaine.
J’ai actuellement un autre détachement dans cette partie et un sur le lac Saint-Sacrement, du côté du fort Georges. La plus grande partie de ces deux détachements sont composés de sauvages. Je n'ai fait autant de détachements sur l'ennemi que pour l’occuper sur cette partie et lui faire faire diversion, pour favoriser l’entreprise de M. de Montcalm sur Choagen.
Si je n’étois occupé à construire ce fort, mes détachements auroient été plus considérables, et j’aurois pu en faire un assez fort pour y marcher moi-même ; mais cela ne m’a pas été possible sans faire discontinuer les travaux de ce fort, qui est dela plus grande importance pour la sûreté de cette frontière ; quelque
célérité que je puisse y apporter, il ne sauroit être en état de défense avant vingt jours.
Si on doit ajouter foi aux rapports de tous les prisonniers, l'ennemi dirige toutes ses forces pour cette partie ; il paroit qu’il les rassemble au fort Georges, où milord Loundon doit être rendu depuis quatre jours. Tous les prisonniers disent qu’ils doivent attaquer ce corps de troupes et aller faire le siège du fort Saint-Frédéric. Ils font monter leurs forces bien haut et bien supérieures aux miennes. M. le marquis de Vaudreuil m’a envoyé du renfort; mais j’ai beaucoup de malades ; ce qui fait que mes troupes ne sont point augmentées de plus de mille hommes depuis le départ de M. de Montcalm. M. le marquis de Vaudreuil me promet encore de m'en faire passer d’autres. Je suis déterminé à attendre l’ennemi avec celles que j'ai; s’il vient, je le combattrai et nous ferons tout de notre mieux. Je crois que je puis vous répondre du zèle et de la bonne volonté de toutes les troupes qui sont ici.
J’ai l'honneur de vous envoyer un croquis de ma position et de la disposition des troupes en cas d’attaque. J’ai plusieurs fois été reconnoître moi-même toutes les parties que je dois faire occuper et par où l'ennemi peut venir; je me suis porté pour cela en avant des deux camps de M. le chevalier de la Corne et de M. de Contrecœur ; ils occupent les deux rives de l’entrée et de la décharge du lac Saint-Sacrement. Ce qui me fait croire que l’ennemi veut entreprendre
sur moi, c'est qu’il y a trois jours qu’il a envoyé, sans doute pour reconnoître cette partie, un assez gros détachement jusques aux premières habitations du fort Saint-Frédéric, où il a tué une vingtaine de chevaux; il n’y a point eu de soldats ni d'habitants de pris, ni de chevelures levées. Je n’en ai été averti que le lendemain matin, ce qui a fait que le détachement que j’ai envoyé à la poursuite, n’a pu le joindre ni le couper dans sa retraite.
Je mande à M. le garde des sceaux les mêmes choses dont j'ai l'honneur de vous rendre compte.
Il y a aussi quelques découvreurs qui ont paru sur une montagne pour reconnoître le camp de M. de Contrecœur ; et, hier au soir, il y a eu un détachement de sauvages et d’Anglois qui sont venus jusques auprès de la tête du camp de M. le chevalier de la Corne, où ils ont levé la chevelure à deux soldats et en ont blessé un troisième; c’étoit des soldats qui étoïent un peu en avant de la garde du camp, occupés à pêcher dans le lac Saint-Sacrement. J'ai envoyé sur-le-champ plusieurs détachements à la poursuite, sans qu’il ait été possible de les joindre, Il s’est sauvé à la faveur des bois. Je ne puis que vous rendre de très bons témoignages des trois bataillons qui sont ici; je puis avoir l'honneur de vous assurer que je n’y suis point sans occupation, commander à des sauvages et à des Canadiens n’est pas chose aisée. Je suis obligé d’entrer dans tous les détails ; il faut être général d'armée, maréchal-de-logis, ingénieur, garde-ma-
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gasin, diriger les hôpitaux, et commis des vivres, cependant tout se passe assez bien et je m’aide beaucoup du major général et de M. de Fontbrune, capitaine du régiment de la Marine.
Si les ennemis vouloient bien attendre une vingtaine de jours à venir, je serois bien mieux en état de les recevoir ; maïs il faudra bien les recevoir quand ils viendront. Toutes mes dispositions sont faites pour cela. Je pense que, s'ils viennent, il y en aura une partie qui viendra par terre pour favoriser le débarquement de celle qui pourra venir par le lac Saint- Sacrement pour débarquer au poste de MM. le chevalier de la Corne et de Contrecœur. Par les nouvelles que j'ai des ennemis par les prisonniers, ils rassemblent beaucoup de bateaux et de barques au fort Georges.
Je n’ai point de nouvelles positives de M. de Montcalm; on me mande qu'il doit être parti du 6 de Frontenac.
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL
Le 20 août 1756.
J'ai reçu hier au soir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 7 de ce mois. L'ordre
que vous avez bien voulu me donner de composer un détachement de mille hommes de ce corps de troupes et d’en prendre le commandement pour me porter entre le fort Lydius et le fort Georges, pour opérer une diversion dans cette partie, est très positif et, dans d’autres circonstances, me mettroit fort à mon aise pour exécuter le mieux que je pourrois vos intentions, auxquelles je me conformerai toujours autant par devoir que par inclination. Je crois que, dans cette occasion, ce ne seroit point les suivre, en profitant de la permission que vous me donnez de faire ce détachement, attendu que, par les dernières nouvelles que nous avons eues de l’ennemi, sa position est bien différente de ce que nous l’avions jugé. C'est ce que vous avez dû voir par ma lettre du 5 de ce mois, à laquelle étoit joint la déposition d’un capitaine anglois. J'ai eu l'honneur de vous l’adresser par les Abénakis qui vous amenoient les prisonniers faits par le détachement de M. de Beaujeu et par des sauvages de celui de M. de la Colombière. Je pense que, dans ces circonstances, hors que vous n’ayez des nouvelles contraires, nous n’avons rien de mieux à faire que de nous tenir sur la défensive.
Je ne saurais me porter entre le fort Lydius et le fort Georges, quelque diligence que je puisse faire, avant quatre jours de marche. D'ici au fond de la baie il y a dix lieues par eau, et du fond de la baie au chemin de Lidieux, il y a douze lieues par terre ; ce qui fait vingt-deux lieues. Si l'ennemi est en force au lac
Saint-Sacrement, il peut se porter et se rendre en douze heures au poste de la Chûte et se trouver à même d'entreprendre sur les camps de MM. de la Corne et de Contrecœur et d'opérer sur cette partie. Comme nos forces se trouveroient divisées, il lui seroit facile de culbuter nos postes avancés, et Dieu sait ce qui s’en suivroit. Après avoir poussé nos postes et obligé le corps qui resteroit ici de se mettre entre le fort et la redoute, rien n’empêcheroit alors l'ennemi d'envoyer un gros détachement aux Deux-Rochaers, qui couperoit entièrement ma retraite ; et je ae pourrois me retirer qu’au travers des bois. Jugez où j’en serois réduit, si ce malheur arrivoit ; il pourroit peut-être entraîner avec lui la perte de la colonie. Aussi toutes ces raisons me font prendre le parti de différer de faire ce détachement, jusques à ce que nous ayons des nouvelles différentes de l’ennemi. Je compte que vous voudrez bien approuver le parti que je prends qui sera toujours soumis aux ordres que vous voudrez bien m'envoyer.
Ce qui me fait penser que les ennemis veulent entreprendre sur cette partie, ce sont les manœuvres hardies qu’ils font depuis quelques jours. Il y a des découvreurs qui sont venus sur la montagne qui est de l’autre côté de la rivière, vis-à-vis notre camp, d’où il leur aura été facile de découvrir et de bien examiner le fort, qui, de cette montagne, où j'ai été hier, paroît fort peu respectable. Il y a eu aussi des découvreurs qui ont été sur les hauteurs du camp de MM. de la
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Corne et de Contrecœur. Il y a eu même un parti, composé de sauvages et d’Anglois, qui, le 14 de ce mois, s’est porté entre le camp et le bivouac du camp de M. le chevalier de la Corne, où il y a eu deux soldats, qui étoient à pêcher, qui ont eu la chevelure levée et un troisième qui a reçu un coup de fusil dans le bras. M. le chevalier de la Corne a envoyé un détachement à leur poursuite ; une vingtaine de nos sauvages Iroquois, qui se sont trouvés dans son camp, ont suivi environ un quart de lieue ce parti anglois, dont ils sont revenus disant qu’il n’étoit pas possible de les joindre. M. le chevalier de la Corne croit qu’ils n'ont pas voulu les suivre parce qu’ils ont vu qu'il y avoit des sauvages Agniès de leurs alliés et que, pour être reconnus, ils ont laissé un casse-tête auprès des gens à qui ils ont levé la chevelure. M. le chevalier de la Corne envoya un détachement par le lac pour s’embusquer à quatre ou cinq lieues du fort Georges, pour tâcher de couper la retraite à ce parti ennemi. J'ai envoyé aussi de mon côté un détachement aux Deux- Rochers pour le même objet ; mais tout cela a été sans succès ; ce parti s’est sauvé à la faveur des bois, sans que nous en ayons eu d’autres nouvelles.
Depuis ce temps-là les sauvages font beaucoup de difficulté pour aller faire la découverte du côté du fort Georges. Ils se sont mis en chemin deux fois pour y aller avec un détachement de Canadiens, et, chaque fois, sous différents prétextes, ils sont revenus de moitié chemin. Je les ai grondés et ils m’ont promis
our que
d'y retourner et d’aller découvrir jusqu’au fort Georges. Je donnerai ce détachement à M. de Florimond, qui est un très bon officier et qui connoit déjà cette partie. Il est essentiel de savoir ce qui s’y passe. Je manque de sauvages, et je n’ai actuellement qu’une vingtaine d’Iroquois, et onze Hurons qui sont arrivés hier au soir.
Je suis en peine du parti de M. du Sablé, qui est du côté du fort Lydius depuis le 7 ; il n’avoit des vivres que pour huit jours. Je l’attends avec bien de l’impatience.
Il y a longtemps que je me donne des soins pour la propreté du camp des miliciens et pour qu'ils fassent un ordinaire réglé ; ce qui s'exécute aussi bien qu’il est possible ; et c’est aux soins particuliers que M. de Sabrevoix y donne que cela est dû ; je suis extrêmement content de tout ce qu’il fait, et il tient les troupes de la colonie dans le meilleur ordre. Je vous serois bien obligé de vouloir bien lui écrire une lettre de satisfaction à cet égard ; c’est un officier très zélé et de beaucoup de mérite.
J’ai l'honneur de vous envoyer ci-joint le nombre de combattants qu’il y a dans ce corps de troupes; et, dans la totalité, on en peut bien distraire près de six cents, qui sont dans les hôpitaux de Saint-Frédéric, dans celui-ci ou malades au camp. Je joins aussi l’état des miliciens qui sont partis du fort Saint-Frédéric pour s’en retourner chez eux, ayant été jugés par les chirurgiens hors d’état de continuer la campagne.
M. Le Verrier souffre toujours beaucoup de son rhumatisme ; je le sollicite pour aller rétablir sa santé à Montréal ; si ses douleurs continuent, je compte qu'il partira par le retour de M. de Bleury.
Trouvez bon que Mme la marquise trouve ici les assurances de mon respect. Je ferai recevoir les offciers dont vous m'avez envoyé la liste.
Je ferai tenir le conseil de guerre pour juger les trois soldats qui ont déserté de la colonie.
A M. BIGOT, INTENDANT
Le 4 août 1756,
J'ai reçu hier les deux lettres dont vous m'avez honoré le 7 de ce mois. M. Almain doit vous avoir envoyé l’état général de ce que nous avons et de ce que nous avons reçu ; j'espère que vous voudrez bien suppléer à ce qui nous manque et qu’on a cru nous avoir été envoyé.
Nous n'avons au magasin actuellement que cent vingt-trois quarts de farine ; ce qui ne fait du pain que pour vingt jours à ce corps de troupes. Comme c’est ce qu'il y a de plus nécessaire, la provision doit en étre la plus assurée ; et, si cela étoit possible, il faudroit qu'il y eût ici pour faire du pain pour deux mois à toute l’armée, parce que, si l'ennemi nous réduisoit
au point de nous obliger à nous retirer entre le fort et la redoute, il lui seroit facile de nous rendre la communication de nos convois très difficile d'ici à Saint- Frédéric, en faisant occuper par ses détachements les endroits de la rivière qui sont les plus étroits. Ainsi je vous prie de vouloir bien nous faire arriver en droiture ici toutes les subsistances que vous destinez pour ce corps de troupes et de ne faire laisser au fort Saint- Frédéric que ce qui peut regarder l'hôpital.
Depuis le retour de M. de Beaujeu, j'ai cru qu’il n’étoit pas prudent d'envoyer de gros détachements à la guerre parce que, d’uprès les nouvelles que nous avons appris par la déposition des prisonniers, les forces et la position des ennemis sont bien différentes de ce que nous croyons ; et, si les prisonniers disent vrai, c’est à nous à nous tenir sur la défensive.
Par la dernière de M. le marquis de Vaudreuil il me mettoit fort à mon aise, et ses ordres étoient positifs pour me mettre à la tête d’un détachement ; et, si les circonstances n’étoient pas changées, j’aurois exécuté ses ordres avec grand plaisir. J’attendrai, avant d’opérer selon ses désirs, sa réponse à ma lettre du 5, par laquelle je lui envoie la déposition des prisonniers; et, à moins qu'il n’ait des nouvelles différentes, je m’attends qu'il m’enverra des ordres contraires à sa der-
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de cette lettre, que nous supprimons, contient la étitis »# considérations déjà exposées dans la lettre précéate à M, de Vaudreuil.
J'ai l'honneur de vous remercier du plan et du mémoire que vous m'avez envoyé pour l’attaque de Choagen ; je vous le renvoie ci-joint. Je souhaite beaucoup de succès à Monsieur le marquis de Montcalm ; muis je pense toujours de même pour cette opération.
Je prendrai les arrangements que vous demandez au sujet de l’eau-de-vie et de la mélasse ; je mande au sieur Almain de venir ici pour en conférer avec moi. Je crois que sa résidence devroit être ici, comme le dépôt des principales consommations et qu’il y seroit plus utile qu’au fort Saint-Frédéric.
Je ne vous écris pas de ma main, parce que, hier, j'ai été sur la montagne de l'autre côté de la rivière, vis-à-vis de notre camp, à l’endroit où sont venus les découvreurs ennemis ; j'ai fait re chute ; je me suis foulé le poignet et j’ai été fort heureux de ne m'être pas cassé le col.
Je suis toujours bien sensible aux marques d'amitié que vous me donnez, je vous prie de vouloir bien me les conserver, et d’être bien persuadé du sincère attachement, etc.
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL Le 16 août 1756.
J'ai reçu les deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m'écrire du 10 et du 14 de ce mois. Je n'ai
pu y répondre plutôt ni vous rendre compte de ce qui s’est passé ici, parce que M. de Bleury est arrivé au fort Saint-Frédéric, où il a débarqué son convoi, et il en est parti le lendemain matin, de façon que j'ai été aussitôt averti de son départ que de son arrivée. Je n’avais rien d’assez pressé à vous mander pour vous dépêcher un bateau.
Je me conformerai à ce que vous me faites l’honneur de me mander par vos deux lettres ; je ne donnerai plus de billets aux sauvages pour des fusils.
A l’égo:d de la direction des travaux en temps de guerre, elle regarde l'officier supérieur qui est chargé de la défensive de la frontière ; c’est à lui à ordonner ce qu’il juge nécessaire d’être fait aux places, de même que pour faire les retranchements qu’il juge convenable, pour mettre en sûreté les troupes et accélérer les travaux suivant les circonstances ; et c’est aux ingénieurs à se conformer aux ordres que le général juge à propos de leur donner. Tant qu’il vous plaira me donner le commandement des troupes de la frontière, je vous supplie de trouver bon que j'en use de même, et je ne saurois en être chargé autrement.
M. de Lobinière s’est conformé aux ordres que je lui ai donnés pour les travaux du fort, et je suis content de la célérité que l’on y apporte. Depuis que M. le marquis de Montcalm et moi y avons tenu la main, les choses en vont beaucoup mieux. Je fais travailler actuellement aux batteries ; je compte qu’à la fin de la semaine prochaine, celles des deux bastions du
front de l’attaque seront finies, et on travaillera tout: de suite à celle du troisième bastion, qui est aussi tourné du côté de l’attaque. On élève en même temps le reste du fort à la hauteur où il doit être. Jusques à la fin du mois prochain, je ferai travailler avec toute la diligence possible aux ouvrages de la défense du fort ; après quoi, je ferai travailler aux logements pour mettre à couvert les troupes que vous jugerez devoir laisser ici pendant l’hiver, et j’en laisserai toute la direction à M. de Lotbinière. Vous pouvez être assuré que je lui laïsserai tous les agréments qui pourront dépendre de moi, et qui ne seront pas contraires au service. Je ne pense pas que personne puisse ge plaindre de manque d’attention et d’égards de ma part, et que je ne donne pas à tous Messieurs les officiers et aux troupes toutes les douceurs dont je puis être le maître.
J'ai envoyé plusieurs partis et détachements à la
” guerre et à la découverte, sans qu’il leur ait été possi-
ble de faire des prisonniers. Depuis que les sauvages ennemis approchent si fort de nous, les nôtres, qui sont ici en très petit nombre, sont fort intimidés et n'osent pas s’écarter, et, sous différents prétextes, reviennent et font rétrograder les détachements de moitié chemin des endroits où ils doivent aller.
M. de Florimond, après être parti trois fois et les sauvages l'ayant toujours obligé de revenir, j’ai pris le parti de lui former un détachement de cent cinquante hommes, soldats ou Canadiens, pour aller reconnoître
jusques au fond du lac et savoir ce qui se passe dans cette partie. Il a été jusques aux îles qui sont à trois ou quatre lieues du fort Georges, et a trouvé que les ennemis les occupoient en force, qu’ils y avoient environ cinquante bateaux et une barque à deux mâts, ce qui l’a empêché d’aller plus avant ; et peu s’en est fallu que, pendant la nuit, il ne se soit trouvé parmi les ennemis. Depuis ce temps là M. le chevalier de la Corne et moi avons fait tout ce qui nous a été possible pour envoyer des sauvages par les terres pour reconnoître ces îles et voir le camp qui peut être au fort Georges. Mais toutes ces précautions ont été inutiles ; les sauvages s’en sont retournés de moitié chemin, et les François ont été obligés de les suivre.
I1 m'est arrivé neuf Abénakis, qui m'ont promis d’y aller avec les Hurons ; ils doivent partir ce soir. Je leur donnerai les officiers et les Canadiens qu'ils demandent. Je souhaite beaucoup que ce détachement soit plus heureux que les autres, étant très essentiel d’avoir dans l’occasion présente des nouvelles de l’ennemi. S'il vient, je prends toujours mes arrangements pour le bien recevoir.
Nous avons eu quelques alertes ; j'ai envoyé sur le champ des grenadiers et des piquets aux camps de MM. de la Corne et de Contrecœur, et j’avois ordonné que l’armée se tînt prête À marcher.
Le 19, il y a eu un parti de sauvages anglois qui est venu à cent cinquante pas du camp de M. de Contrecœur, qui a tué deux soldats et leur a levé la cheve-
lure. Quelque diligence qu’on ait pu faire pour se mettre à leur poursuite, on n’a pu les joindre, et on n’a pris que sept à huit couvertures, quelques capots et des fourreaux de sabres qu’ils ont laissés en chemin. Par les traces que l’on voit des partis anglois, soit du côté de nos camps ou du côté de Saint-Frédéric, il paroît qu’ils cherchent à faire des prisonniers pour savoir nos forces. J’ai pris les plus justes mesures pour que cela n’arrive point, ayant défendu aux soldats de passer les gardes et les sentinelles. J’envoie tous les jours d’assez gros détachements à la découverte, pour tâcher de couper quelque parti ennemi, pour étre averti des mouvement qu'il peut faire dans le bois pour venir nous attaquer en force. Par les arrangements que j'ai pris, si tout le monde fait son devoir, nous ne devons pas être surpris. Nous avons aussi des bateaux qui sont continuellement à la découverte dans le lac, qui vont jusques à trois à quatre lieues d’où ils peuvent découvrir fort loin.
Par les alertes qu’il y a eues, les troujes des camps avancés étoient fort fatiguées et un peu ébranlées ; pour les rassurer, j’ai envoyé soixante hommes de troupes de terre au camp de M. de Contrecæœur, qui seront relevées tous les quatre jours ; ils ne sont commandés que par deux lieutenants pour éviter que nos capitaines Ôtassent le commandement à M. de Contrecœur par leur ancienneté.
J'ai aussi jugé que la distance des cx1:ps de MM. le chevalier de la Corne et de Contrecœur étoit trop
grande, et que l’ennemi, venant du côté de la montagne et par le bois, pourroit en couper la communication ; ce qui m'a fait prendre le parti d'envoyer MM. de Saint-Martin, Le Borgne et Villejouin, avec un détachement de cent vingt soldats des troupes de la Marine, pour être placé à moitié chemin des deux camps à la côte du nord du lac Saint-Sacrement, pour en assurer la communication et pour pouvoir donner du secours à celui des deux qui seroit attaqué. Je pense qu’au moyen de ces précautions, ces deux camps seront en sûreté. M. de Saint-Martin est un officier expérimenté qui s’acquittera très bien de cette commission.
J'ai envoyé un parti de douze sauvages au fond de la baie où M. de Dieskau débarqua l’année dernière, pour savoi: si l'ennemi, comme les prisonniers l’annonçoient, ne fait point travailler dans cette partie. Il est rentré hier et assure que l'ennemi n’y a point encore fait travailler, maïs qu’il avoit trouvé beaucoup de traces des partis qu’ils y envoient. Ce même parti de sauvages s’est porté près du fort I ydius, où il dit avoir vu beaucoup de monde et entendu beaucoup de sauvages,
Monsieur du Sablé n’est point encore de retour avec son détachement de sauvages ; il est cependant parti depuis le 7 et n’avoit des vivres que pour huit jours ; je crains bien qu’il ne lui soit arrivé quelque fâcheux accident.
Si l'ennemi est dans le dessein d'opérer sur cette
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partie, je pense que nous sommes au moment. S'il n’entreprend pas avant le 20 du mois, la saison devenant avancée, je crois qu’il n’y aura plus rien à craindre.
Si l'ennemi, malgré toute la résistance que je me propose d’y faire dans le bois, par des forces très supérieures, m'obligeoit à venir camper entre le fort et la redoute, dans ce cas il lui seroit facile de venir occuper les hauteurs qui sont à la portée du canon du fort, d’où il pourroit faire des détachements qui iroient se placer aux endroits les plus étroits de la rivière d'ici au fort Saint-Frédéric et qui pourroient facilement intercepter nos convois. Ainsi, je pense qu’il est très essentiel que ce corps de troupes soit assuré de sa subsistance au moins pour ce qui regarde le pain pour deux mois. J'ai déjà prévenu de cet article Monsieur l’intendant par ma dernière lettre du 17.
La santé de Monsieur LeVerrier va beaucoup mieux ; je serois très flatté de lui être bon à quelque chose ; je l’ai prié de disposer de tout ce qui esten mon pouvoir.
J'ai l'honneur d'écrire par ce courrier à Mme de Vaudreuil.
A M. BIGOT, INTENDANT
Le 28 août 1756.
J’ai reçu la lettre dont vous m’avez honoré le 30 de ce mois; je vous suis bien obligé des nouvelles dont
il vous avez bien voulu me faire part; elles sont toutes 2 fort intéressantes. Je pense que Messieurs les Anglois à ne sont pas à se repentir d’avoir commencé cette guerre; je compte que Mahon les mettra à la raison Le et que cela nous procurera bientôt la paix. é- Il ne m'a pas été possible de vous écrire plutôt a parce que M. de Bleury n’est venu que jusques au 1- fort Saint-Frédéric, et que j'ai su son départ aussitôt t, que son arrivée.
3e M. Almain vous envoie l’état de ce qu’il a apporté, à ci de même que de ce qui nous est venu hier par la bar- : at que. Nous n'avons, tant à Saint-Frédéric qu’à Caril- ] lon que onze cents quarts de farine, ce qui ne fait tout D- au plus de pain que pour vingt jours pour toute l’arir mée. J’ai déjà eu l’honneur de vous mander que je 1 pense qu’il seroit absolument nécessaire qu'il y eut de la farine à Carillon pour deux mois. Je n’ai pu faire ; aucun usage de la mélasse faute de chaudière. A peine e en avons-nous suffisamment pour les hôpitaux. J'ai r. fait essayer de faire faire de la bierre aux soldats avec e leurs marmittes, mais cela n’a pas réussi, parce qu’elles sont beaucoup trop petites. Si vous pouviez nous en envoyer de plus grandes bien promptement ce seroit un grand bien pour ce corps de troupes ; j’ai empêché qu'on ne distribuât davantage de mélasse, crainte que les soldats ne la mangeassent et que cela ne leur eût fait beaucoup de mal, * e * La suite de cette lettre contient la répétition des nouvelles t données dans la lettre précédente à M. de Vaudreuil. Nous la
supprimons comme inutile.
Dans toutes les alertes qu'il y a eues ici, j'ai fait marcher les grenadiers et des piquets; je me suis porté moi-même aux postes avancés, et l’armée étoit prête à marcher.
Le patron de la barque qui est arrivé hier au soir au fort Saint-Frédéric a apporté une nouvelle fort intéressante, qui est celle de la prise de Choagen avec une victoire complète sur l'ennemi ; ce qui fait grand plaisir ici à tout le monde. J’ai peine à y ajouter foi, parce que je me flatte que Monsieur le général et vous auriez eu la bonté de me le faire savoir en diligence.
(l A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL
| | Le 31 août 1756.
J'ai l’honneur de vous écrire par les Iroquois du L'EUIE Sault qui vont vous amener un prisonnier et vous f A apportent deux chevelures qu’ils ont fait à cinquante is milles de Baston sur la Rivière de Connecticut. C’est HAE ! le parti de M. du Sablé qui est de retour, duquel j’é- À | HAE | tois fort en peine. Il est arrivé excédé de fatigues, de ane même que les sauvages et mourant de faim.
Ce prisonnier est un habitant qui ne nous apprend rien d’intéressant, si ce n’est que les gens du pays ont grand peur des sauvages, ce qui les empêche de faire
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leur récolte. M. du Sablé m'a dit qu’elle est sur pied et que le grain se perdoit par trop de maturité.
Ce parti a mis la terreur dans toute cette contrée; tous les forts des ennemis ont tiré du canon. Outre le prisonnier qu'ils ont fait et les chevelures qu’ils portent, ils disent avoir tué trois ou quatre personnes, et en avoir mis un grand nombre en fuite. Il ne me reste ici que trois ou quatre sauvages ; il ne m'a pas été possible de retenir les autres.
J’ai eu l'honneur de vous écrire le 28 par la barque qui a dû partir hier. Je vous rend compte de tout ce qui s’est passé d’intéressant, M. Artel, que j’avois envoyé avec les Hurons et les Abénakis pour savoir des nouvelles de ce qui se passoit au camp des ennemis, est revenu hier matin. Ils n’ont été que jusques aux îles qui sont dans le lac, qu’ils ont trouvées occupées en force par les ennemis ; de la façon qu'ils en parlent, il paroît que le nombre de tentes et des feux n’est point augmenté.
Je fais encore partir ce soir M. de Florimond avec des sauvages et quelques Canadiens, pour aller au travers des terres y reconnoître jusques au camp des ennemis. Ils m'ont fort promis de ne point revenir sans m'en donner des nouvelles positives; les sauvages promettent toujours beaucoup en partant, et je trouve qu’ils tiennent fort peu de leurs promesses. Le fait est qu’ils ont peur des sauvages ennemis qu’ils disent être en grand nombre. Il seroit bien à désirer
que j’en eusse beaucoup ici, et j'attends avec bien de l’impatience ceux que vous m'avez annoncés.
M. de Lusignan m'a mandé du fort Saint-Frédéric, qu’un canonnier, une femme et une petite fille avoient été dans une pirogue à une habitation des environs de ce fort. Comme ils ne sont point revenus le soir, M. de Lusignan a fait tirer deux coups de canon.
Craignant qu’ils n’eussent été pris par quelques partis anglois, j'ai sur-le-champ fait partir des détachements pour tâcher de les couper. Ils sont rentrés ce matin et ils n’ont rien vu.
Comme on a trouvé la pirogue où ces gens étoient embarqués, sur la grève, je pense que cette pirogue aura chaviré et que ces gens se seront noyés.
Nos postes avancés, qui se tiennent fort alertes, découvrent tous les jours des traces des partis ennemis aux environs de leurs camps. Par les précautions que nous prenons, j'espère que, quelque jour, il nous en tombera quelqu'un entre nos mains; ce qui seroit fort à désirer. Il paroït par leurs manœuvres qu'ils cherchent à faire des prisonniers pour savoir et connoître nos forces.
J'ai pris les plus sages précautions pour éviter cet accident qui, dans cette occasion-ci, en seroit un grand. Le patron de la barque assure à M. de Lusignan la prise de Choagen et en a dit bien des circonstances; il dit même que M. de Sacquespée en a fait faire la réjouissance au fort Saint-Jean. Si cela n’est pas vrai,
il mérite punition d’avoir porté ici une pareille nouvelle, que j'ai toujours beaucoup de peine à croire, puisque je ne reçois rien de votre part qui me le confirme.
A M. LE COMTE D'ARGENSON
Le 1°" septembre 1756.
Je viens d'apprendre que le vaisseau marchand qui doit partir pour la France, ne l’est pas encore, et j’en profite pour vous rendre compte de ce qui s’est passé depuis la lettre que j'ai eu l’honneur de vous écrire du 20 du mois dernier.
Un détachement que j’avois envoyé pour savoir ce qui se passoit au fond du lac Saint-Sacrement a trouvé les îles qui sont à quatre lieues en-deça du fort Georgés, occupées par les ennemis, où il y a une cinquantaine de bateaux et une barque à deux mâts, ce qui l’a empêché d’aller plus avant.
Comme nous n’avons dans le lac Saint-Sacrement que quelques canots d'écorce, il ne nous est pas possible d'envoyer de gros détachements pour chasser les ennemis de ces îles qu’ils paroissent occuper en force. Les bateaux qui sont ici dans la rivière ne peuvent point remonter par la décharge du lac Saint-
Sacrement à cause des chutes et des rapides ; pour y en faire passer, il faudroit faire un chemin qui pourroit nous devenir contraire, si les ennemis entreprenoient avec avantage sur cette partie, parce qu’il leur serviroit pour faire passer l'artillerie.
Les partis ennemis et les découvreurs continuent toujours à faire des découvertes et à approcher des postes avancés, il y a eu des sauvages qui sont venus lever la chevelure à deux soldats de la Marine à cent cinquante pas de la tête du camp de M. de Contrecœur. On a été sur-le-champ à leur poursuite ; mais il a été impossible de les joindre ; ils se sont sauvés à la faveur des bois, et on n’a pu avoir que quelques fusils, couvertes, capots et casse-têtes, qu'ils ont abandonnés en fuyant.
Les sauvages que j’ai ici sont en très petit nombre. La plus grande partie est à Choagen avec M. de Montcalm. Ils sont fort intimidés, parce que l’ennemi a tous les siens dans cette partie ce qui fait qu’ils n'osent point suivre les partis anglois qui se présentent.
Les postes avancés étoient un peu ébranlés de voir continuellement l’ennemi si près d’eux ; pour les rassurer, j'ai envoyé soixante soldats de nos troupes de terre, commandés par deux lieutenants, au camp de M. de Contrecœur, afin que l’ancienneté de nos capitaines ne lui otât pas le commandement.
J'ai aussi envoyé M. de Saint-Martin, officier des troupes de la Marine, qui est très intelligent et sur
lequel on peut compter, avec cent-vingt hommes pour être placé entre les camps de MM. le chevalier de la Corne et de Contrecœur, à la côte du nord du lac Saint-Sacrement, pour en assurer la communication. De son poste il découvre les deux camps. Moyennant ces précautions, je crois tous mes postes avancés très en sûreté ; je vais les visiter très souvent. J'ai, nuit et jour, des canots d’écorce dans le lac Saint-Sacrement et des détachements, qui vont tous les jours dans le bois aux endroits par où l'ennemi peut venir; moyennant quoi, si tout le monde fait son devoir, comme j'y compte, je ne saurois être surpris.
Par ma dernière lettre, j'ai eu l’honneur de vous envoyer mes dispositions en cas d’attaque auxquelles quant à présent je ne vois rien à changer.
Si l'ennemi est dans le dessein d'entreprendre sur cette partie, je pense que nous sommes au moment parce que s’il retardoit jusques à la fin de ce mois la saison seroit trop avancée.
M. le marquis de Vaudreuil, par sa dernière lettre, me mande qu'il a tout disposé pour m'envoyer de nouvelles forces; je les attends. M. le marquis de Montcalm doit être devant Choagen, dont je ne sais positivement aucune nouvelle; je pense qu’actuellement son expédition est faite ou manquée.
Le dernier détachement de sauvages que j'ai envoyé du côté du fort Lydius, m’a rapporté que les ennemis ne travailloient à aucun établissement, comme les prisonniers l’annonçoient, au fond de la
Rivière au Chicot, où M. de Dieskau laissa ses bateaux l’année dernière.
Ils se sont portés sur le chemin du fort Georges au fort F.ydius, où ils ont vu beaucoup de monde sans qu'il leur ait été possible de faire des prisonniers ni des chevelures.
M. du Sablé, officier des troupes de la colonie, que j'avois envoyé avec des sauvages entre le fort Lydius et Albany, est revenu hier avec tout son monde; j’en étois fort en peine, parce qu’il n’avoit pris des vivres que pour dix jours et qu’il a été vingt-trois jours dehors. Les sauvages n'ayant pas pu faire des prisonniers ni lever des chevelures du côté du fort Lydius ont demandé à M. du Sablé d’aller dans la Nouvelle- Angleterre. Ils ont été dans le comté de Massachussets à Halfield, sur lu rivière de Connecticut, qui est à plus de deux cents milles d’ici et à cinquante milles de Baston, où ils ont tué une dizaine de personnes, dont ils n’ont eu le temps que de lever quatre chevelures, et m'ont amené un prisonnier, qui est un habitant, qui ne sait rien de ce qui se passe à l’armée. Il m'a dit que, dans sa contrée, on y avoit grand peur des sauvages et que ies habitants n’osoient pas faire la récolte. M. du $ablé in’a dit aussi que les grains n’étoient pas coupés et qu’ils se perdoient par trop de maturité.
Il prétend que l'alarme a été grande dans la Nouvelle-Angleterre et que tous les forts ont tiré du canon. Il est revenu ici, de même que tous les sau-