AUX
8 au sans rs ni
, que dius j'en ivres jours risonydius vellechusui est nilles )nnes, hevehabiée. Il
peur faire rrains op de
Noué du sau-
vages, excédé de fatigues et mourant de faim. De pareils partis sont très nécessaires pour mettre l’épouvante parmi tous les habitants. Voilà tout ce que je puis avoir l'honneur de vous mander depuis ma dernière lettre; je rends le même compte à Monsieur le garde des sceaux.
Postscriptum.—Je rouvre ma lettre pour avoir l'honneur de vous mander que j'apprends dans le moment la prise de Choagen, dont le succès a surpassé notre attente. M. le marquis de Montcalm a remporté une victoire complète, où nous n'avons perdu que très peu de monde. É
M. le marquis de Montcalm me mande encore que mes mouvements sur l’ennemi les ont empêché de faire passer du secours à Choagen. Tous les prisonniers disent que l’Anglois se dispose à venir m'attaquer. J'ai de la peine à le croire, parce que, s’il eut dû venir, il n’auroit pas tant tardé; peut-être même a-t-il craint que je ne marchasse à lui. Ce qu’il y a de certain, c’est que, s’il vient, il sera bien reçu; je puis vous répondre du zèle de toutes les troupes qui sont ici,
MO ERP ad ets ms mr rs
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL
Le 1* septembre 1756.
J'ai reçu hier à huit heures du soir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 19 du mois dernier, par laquelle vous me faites part de la prise de Choagen. C’est une victoire des plus complètes, qui est due aux justes et sages précautions que vous avez prises. J'ai l'honneur de vous en faire mon très humble compliment. Vous ne devez point douter de la part que je prends à un pareil avantage ; j'en suis aussi aise pour M. le marquis de Montcalm que si j'eusse été moi-même chargé de cette expédition.
Je pense que les secours que vous me destinez arriveront à temps ; en tout cas je me battrai avec ce qui est ici. J’ai déjà eu l’honneur de vous mander que je vous répondois du zèle de cette armée; et, si milord Loundon s’avise de venir, il trouvera à qui parler. Cependant augmentation de bien ne nuit pas ; je recevrai avec plaisir les troupes que vous me destinez. Sans doute que Monsieur l’intendant aura pourvu à leur subsistance.
J'ai eu l'honneur de vous écrire le 28 par la barque, et, hier matin, par les sauvages; je vous rends compte dans ces deux lettres, de ma position et de ce
€e;, EC]
qui s’est passé ici. Je ferai chanter le Te Deum aujourd’hui à six heures du soir, et je ferai faire une réjouissance générale ; je compte que milord Loundon entendra l'artillerie de ce fort.
J'ai envoyé des ordres à M. de Lusignan pour me faire passer ici les troupes à mesure qu’elles arriveront au fort Saint-Frédéric.
A M. BIGOT, INTENDANT
Le 2 septembre 1756.
J'ai reçu à huit heures, hier au soir, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer. Elle m'a fait d'autant plus de plaisir que je ne m’attendois pas à un avantage si grand et si prompt.
J'ai l'honneur de vous en faire mon compliment, Vous y avez contribué autant que personne par l’ordre et l’activité que vous avez mis pour pourvoir aux subsistances et à tout ce qui a pu être nécessaire à cette entreprise.
Je prends beaucoup de part à la gloire de notre général et à celle de M. le marquis de Montcalm. Je suis aussi satisfait qu'il ait réussi que si j'en avais été chargé.
Le secours qu’on me destine arrivera assurément à
temps ; les troupes qui sont ici auroïent autant d’envie que moi qu’il prît fantaisie à milord Loundon de venir nous attaquer ; je pense qu’il s’en trouveroit fort mal.
M. Almain vous envoie l’état de ce que M. de Bleury apporta hier. Sans doute que vous aurez la bonté d’ordonner qu’il nous soit envoyé la quantité de subsistance dont cette armée pourra avoir besoin. Vous connoissez l’état de nos magasins.
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL
Le 7 septembre 1756.
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire le 22 du mois dernier. J’ai envoyé M. de Florimond avec un détachement de sauvages et de Canadiens jusques sur les hauteurs qui sont au fond du iac Saint-Sacrement, d’où l’on découvre le fort Georges. Il est arrivé avant-hier au soir; il a rapporté qu'il s’étoit mis dans un endroit où il a parfaitement vu le fort et le camp des ennemis, qu'il dit être des deux côtés du fort, et qu’il lui a paru plus considérable que le nôtre.
Il dit qu'aux environs du fort il y a sept à huit hengards, dont le moindre est plus grand que celui
té
que nous avons ici. Il n'a pas pu découvrir la quantité de bateaux qui sont dans le lac, attendu qu’ils sont dans une anse.
A la gauche du fort, du côté du nord, il a vu une barque et une autre sur le chantier prête à lancer à l’eau ; il a aussi vu plusieurs bateaux qui alloient et venoient des îles, qu’il paroït que les ennemis occupent toujours en force.
Le même jour que M. de Florimond étoit à reconnoître la position des ennemis, il y eut trois de leurs barques et dix bateaux qui vinrent jusques à une pointe qui est à deux lieues du camp de M. de Contrecœur, où nous avons deux bateaux bien armés qui y passent la nuit et le jour.
Un de ces bateaux tira trois coups de fusil sur les barques ; il y en eut une qui tira un coup de canon. Nos deux bateaux firent bonne contenance; les ennemis crurent qu’ils étoient soutenus par d’autres qui pouvoient être derrière la pointe, qu’ils ne pouvoient pas voir, et que nous avions du monde à terre; ils revirèrent de bord et s’en retournèrent, en tirant quelques coups de canon. Au premier avis que j'en eus, j'envoyai les compagnies de grenadiers et les piquets au camp de M. de Contrecœur. Je m’y rendis moi-même le lendemain avant le jour et fis armer quatre canots, et je fus jusques à l’endroit où les barques des ennemis étoient venues, d’où l’on découvre jusques à l’Ile à la Barque. Je ne vis rien dans le lac, et, depuis ce temps, il n’y a rien paru. Nos décou-
vertes continuent toujours à leur ordinaire. Il n’y a guère de jours qu’il n’y ait quelques coups tirés au camp de M. de Contrecœur ; les partis anglois sont toujours de ce côté. Il arrive souvent aussi qu’on croit d'y en avoir et qu’il n’y en à pas, ce qui fait que nos sentinelles tirent mal à propos.
Perthuis, interprète des sauvages, qui m’a apporté votre dernière lettre, est arrivé le 5 au soir avec cent goixante-quinze sauvages. J’en avois ici une trentaine, de façon qu’il y en a actuellement deux cents, avec douze Amalécites de la Rivière Saint-Jean, qui sont arrivés hier au soir.
J'en vais faire passer la plus grande partie aux postes avancés et je n’en garderai ici que le moins que je pourrai.
Il y a actuellement un parti de sept à huit sauvages qui ont été pour faire coup du côté du fort Georges ; ils n’ont pas voulu être plus nombreux ; ils m'ont promis de m’amener un prisonnier,
Je compte de former deux ou trois gros partis qui iront en même temps du côté du fort Lydius et du .côté du fort Georges, et pour reconnoître les îles que les ennemis occupent sur le lac Saint-Sacrement.
Il nous est arrivé hier un événement dont je suis très faché : ce sont deux officiers du régiment de la Reine qui avoient été à la chasse aux canards, avec une pirogue, dans une anse qui est de l’autre côté de la Rivière au Pendu, vis-à-vis la redoute, Il y avoit un parti ennemi, qui y étoit embusqué et qui a fait sa
nr *
décharge sur ces deux officiers, qui sont MM. de Biville et Tarsac, tous les deux lieutenants; ils ont été tués. On a trouvé la pirogue chavirée et percée de plusieurs coups. J’ai envoyé sur le champ tous les sauvages qui étoient ici avec un détachement à leur poursuite. Comme il faisoit un gros vent, je n’ai pas pu envoyer du côté des Deux Rochers pour tâcher de les couper sur cette partie.
Les sauvages que j’ai envoyés ont suivi la trace du parti ennemi tout le reste de la journée et toute la nuit; ils ne sont revenus que ce. matin, sans avoir pu les joindre, nonobstant toute la diligence qu’ils aient pu faire. C’est un parti anglois qu'ils disent être d’une cinquantaine d'hommes. Ils ont trouvé, au bord du rivage où le coup s’est fait, la tête de M. de Tarsac avec la chevelure levée; ils n’ont point trouvé le corps. De celui de M. de Biville, on n’a trouvé que le chapeau dans l’eau. Il y a apparence que les deux corps sont au fond de l’eau; j’enverrai aujourd’hui pour tâcher de les retrouver. C’esu un accident très triste et très désagréable. Je n’ai cependant rien à me reprocher à cet égard, ayant défendu à MM. les officiers d’aller à la pêche et à la chasse, et notamment sur cette partie. Pour y aller furtivement, ils avoient pris une pirogue qu'ils avoient chez eux. Je suis toujours très fâché, nonobstant les précautions que j'ai prises, que cet accident soit arrivé, d'autant plus que cela a tombé sur deux bons sujets. M. de Roquemaure
regrette beaucoup M. de Tarsac qu’il aimoit et qui lui étoit recommandé.
Le régiment de Béarn est arrivé hier, je l'ai fait camper à la Chûte pour être plus à portée de soutenir nos postes avancés. J'ai été surpris qu'ils soient arrivés sans m'apporter aucune lettre ni aucun ordre de votre part.
Voilà le temps qui s’avance. Si les ennemis ne viennent pas d'ici au 20, je ne pense pas qu’ils entreprennent rien de cette campagne sur cette partie.
Vous me faites l'honneur de me demander mon avis sur les dispositions qu’il y auroit à faire pour faire un mouvement en avant. Je le regarde comme fort difficile dans la position qu’occupent actuellement les ennemis, où vraisemblablement ils ont rassemblé toutes les forces qu’ils peuvent avoir entre le fort Lydius et le fort Georges. Ainsi je pense que dans la circonstance présente, il ne seroit pas prudent de rien entreprendre sur ces deux forts jusqu’à ce qu’on fût très certain qu’ils eussent séparé ou divisé leurs forces, ce qu’ils ne feront vraisemblablement que quand la saison sera bien avancée et qu’ils jugeront que nous aurons séparé les nôtres.
Je ne connoïis que deux moyens pour marcher en avant. Le premier seroit de se porter au fond de la baie où M. de Diesxau débarqua l’année dernière, et de là au fort Lydius ou au fort Georges. Par cette route il faut faire dix lieues par eau et douze lieues par terre, dont il y a environ quatre lieues, en partant
de la baie, de fort mauvais chemin, ce qui me fait penser qu'il ne seroit pas possible de mener par cette partie de l'artillerie. Il y auroit aussi un très grand inconvénient pour les vivres : on ne pourroit tout au plus en porter que pour huit ou dix jours. Il faut deux jours pour aller au fond de la baie, et deux pour se rendre au fort Lydius, et autant de temps pour
‘revenir; ce qui fait que, quand même on ne seroit pas
contrarié par le mauvais temps ou par l’ennemi, on n’auroit au plus que deux jours pour opérer; et, sans canon, on ne peut rien entreprendre contre ces forts. Ainsi je crois que, si on vouloit sérieusement entreprendre par cette route, il faudroit commencer par s'établir au fond de la baie, y faire un retranchement et des fours pour la subsistance des troupes qui opéreroient ; et, quelques précautions que l’on pôt prendre, la communication seroit bien longue, et il y auroit toujours à craindre qu’elle ne fût interceptée. Il faudroit même laisser un parti considérable aux Deux Rochers et laisser aussi un corps de troupes à Carillon pour couvrir cette partie et masquer ce qui pourroit venir par le lac Saint-Sacrement.
Toutes ces considérations me font penser qu’il n’est pas possible d’entreprendre rien de considérable et sans beaucoup de danger par cette route, Celle qui est la plus facile est de passer par le lac Saint-Sacrement, et qui est aussi la moins dangereuse pour les événements qui peuvent arriver. Du camp de M. de Contrecœur au fort Georges, on peut y aller dans huit à dix
% 14 \ ni
|: L 4 ’ hi À Hi 1 ! 1 | % ft HE l ] LE EE 1 fl LE F He HE
heures, et l'ennemi n’ayant aucun établissement au fond de la baie, ni de bateaux ne peut rien entreprendre sur cette route. Une simple garnison au fort Carillon peut suffire, ce qui feroit que l’on porteroit toutes ses forces par le lac Saint-Sacrement sans avoir la moindre inquiétude pour nos derrières. Mais, pour prendre ce parti, il faut ouvrir un chemin au portage pour y faire passer les bateaux et de l’artillerie. Il n’y : a qu’une demi-lieue de chemin qui ne seroit pas difficile à faire. Je suis persuadé que dans deux ou trois jours on le rendroit praticable. Il faudroit y faire passer suffisamment des bateaux pour y être supérieurs à ceux que l’ennemi y a; il faudroit préalablement s'emparer des îles qu’il occupe, d’où l’on iroit dans la baie qui est derrière ces îles, du côté du nord. L'on m'a assuré que le débarquement y est très commode et que le chemin par terre, pour aller jusques au fort Georges, seroit très aisé à faire, le pays étant plat et n’y ayant que trois lieues. Par cette route, on ne craindroit point de manquer de subsistance. L'on pourroit même établir des fours au camp de M. le chevalier de la Corne.
Voilà tous les moyens que je connois pour entreprendre sur l’ennemi. Je pense qu’il seroit à souhaiter que nous eussions des barques et des bateaux sur le lac Saint-Sacrement ; il seroit facile d’y en faire construire ; mais je crois que la saison est bien avancée pour y penser cette année.
Puisque vous m'avez permis d’avoir l’honneur de
vous dire mon avis, le voilà tel que je le pense ; je le soumets à vos réflexions et aux gens qui connoissent peut-être mieux cette partie que moi.
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL Le 11 septembre 1756.
J'ai l'honneur de vous informer que le parti de huit sauvages que j’avois envoyé du côté du fort Georges, qui m’avoit promis de m’amener des prisonniers, est de retour depuis deux jours, sans qu’ils aient pu effectuer leur promesse. Ils m'ont assuré qu'ils se sont approchés de très près du camp des ennemis, qu’ils ont compté sept rangs de tentes de cent trente chacun, qu’ils ont vu beaucoup de drapeaux à la tête du camp, qu’il est placé des deux côtés du fort, ainsi que M. de Florimond l’a dit ; ils disent aussi qu'il y a un retranchement autour, et qu’ils en ont été si près qu’ils ont vu faire l’exercice aux troupes.
J’avois formé un détachement de trois cents hommes, tant Canadiens que sauvages, dont j'avais destiné le commandement à M. de la Perrière. Il devoit se porter par le côté du nord du lac Saint-Sacrement, partie par eau et partie par terre, jusques à la hauteur des îles que les ennemis occupent. M. de la Perrière
devoit former un détachement de cinquante des meilleures jambes, qui se seroit approché du camp des ennemis pour reconnoître la position et tâcher de faire quelques prisonniers.
M. de Florimond devoit aussi commander un détachement de sauvages Amalécites et Abénakis, qui devoit se porter du côté du sud du lac Saint-Sacrement jusques à la hauteur des îles, d’où il devoit prendre au travers des terres pour se porter sur le chemin du fort Georges au fort Lydius, pour tâcher d'y faire aussi quelques prisonniers. Ces détachements alloient partir, quand ils ont appris la nouvelle de l’arrivée de M. de Montcalm, ce qui a fait relâcher tous les sauvages qui ont voulu le voir avant que de partir. Pour les satisfaire et pour les y déterminer, M. de Montcalm, qui est arrivé hier au soir, a été ce matin au camp de M. de Contrecœur. Il a approuvé les dispositions que j’avois faites pour le départ de ces deux détachements et a engagé les sauvages à partir, ce qu'ils ont promis de faire demain matin.
J'ai fait camper le régiment de Guyenne, qui est arrivé hier matin, à la Chute, à droite du régiment de Béarn.
J'ai fait voir tous les arrangements et dispositions que j'ai faites à M. le marquis de Montcalm ; il me paroit les approuver, et je ne crois pas qu’il y fasse de changement.
J'ai reçu hier par le régiment de Guyenne lu lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 30 du
mois dernier. Vous me trouverez toujours disposé à exécuter avec zèle les ordres qu'il vous plaira me donner
XXXIIT A M. LE COMTE D’ARGENSON
Le 18 septembre 1756,
Depuis la dernière lettre que j’ai eu l'honneur de vous écrire du premier du mois, il ne s’est rien passé de bien intéressant dans cette partie.
Il y a eu seulement trois barques angloises et dix bateaux qui ont paru le 3 de ce mois dans le lac Saint- Facrement, à la vue du camp de M. de Contrecœur. Deux canots armés, de vingt hommes chacun, que nous avions à la découverte, avertirent qu’il paroissoit des barques et des bateaux anglois. Au premier avis que j’en eus, je fis marcher les grenadiers et les piquets au camp de M. de Contrecœur, où je me rendis aussi. Je fis sur le champ armer une dizaine de canots pour aller soutenir les deux que nous avions à la découverte, qui firent bonne contenance à la vue des barques angloises qui tiroient quelques coups de canon ; nos canots répondirent par quelques coups de fusil. Les barques angloises, qui ne pouvoient pas voir la quantité de nos canots, parce qu'ils s’étoient rangés derrière un cap et qu’elles craignoïent que nous n’eussions du
monde à terre, revirèrent de bord, firent leur retraite en continuant de tirer quelques coups de canon. Le lendemain, à la pointe du jour, je fis armer tous les canots que nous avions dans le Jc Saint-Sacrement, et je fus reconnoître jusques à l’Ile à la Barque, qui est à près de quatre lieues du camp de M. de Contrecœur, où je craignois que les ennemis ne fissent quelques dispositions pour venir m’attaquer. Je n’y vis ni barques ni bateaux. Depuis ce temps-là, ils n’ont point reparu dans cette partie. J'ai lieu de croire que nos manœuvres leur en ont imposé.
Le 6 de ce mois, MM. de Biville et de Tarsac, lieutenants au régiment de la Reine, ont été tués et ont eu la chevelure levée, étant à la chasse, malgré l'es défenses réitérées que j’avois faites. Pour y aller furtivement, ils avoient pris une pirogue pour tirer des canards. Ils furent jusques à un quart de lieue du camp, de l’autre côté de la rivière, où un parti de sauvages anglois s’étoit embusqué, qui leur fit une décharge à bout portant, dont ils ont été percés en plusieurs endroits. J'en fus avertis sur-le-champ et j’envoyai deux cents sauvages à la poursuite de ce parti, qu’ils ont suivi pendant deux jours, sans pouvoir le joindre. Quoique je n'’aie rien à ne reprocher, ayant défendu la chasse et la pêche, je suis très fâché de cet événement, qui est la perte de deux officiers qui étoient d’ailleurs deu:: bons sujets.
Les régiments de Béarn et de Guyenne sont arrivés ici dans les premiers jours de ce mois. Je les ai fait
camper au poste de la Chute, pour être plus à portée de se porter et de soutenir les camps avancés que nous avons sur le lac Saint-Sacrement.
M. le marquis de Montcalm est arrivé avant-hier. Il n’a rien changé à mes dispositions et les a toutes approuvées, de même que le départ d’un détachement de quatre cents sauvages ou Canadiens, qui doit aller pour reconnoître les îles que les ennemis occupent dans le lac Saint-Sacrement et, de là, se porter du côté du fort Georges, pour faire des prisonniers sur cette partie et savoir au vrai la position de l’ennemi. Ce détachement partira aussitôt que les sauvages des différentes nations dont il est composé seront unis.
Selon les dernières nouvelles que j’ai eu des ennemis, le 6 de ce mois, par un détachement de sauvages et Canadiens, commandés par M. de Florimond, officier des troupes de la Marine, qui s’est porté jusques sur les hauteurs qui découvrent le fort Georges, il paroit, par ce qu'il a vû du fort et du camp des ennemis, qu’il est beaucoup plus nombreux que celui que nous avons ici. Il dit qu’il est situé des deux côtés du fort et qu’il est entouré d’un retranchement ; il n’a pas pu bien découvrir la quantité de bateaux et de barques qu'ils ont dans le lac Saint-Sacrement.
Quoiqu'il n’y ait point à douter que les ennemis n'aient toutes leurs forces au fort Georges et au fort Lydius, je suis très persuadé qu'ils ne viendront point nous attaquer ; s'ils avoient dû le faire, ils n’auroient pas tant tardé et ne nous auroient pas donné le temps
de réunir nos forces. M. le marquis de Montcalm pense de même que moi à cet égard et compte s’en retourner dans fort peu de jours à Montréal.
A M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE
Le 9 octobre 1756.
Il y a longtemps que les vœux de la France et de l’état militaire vous destinoit une place au Conseil. J'ai tant de raisons particulières pour m'intéresser à ce qui vous regarde, que vous devez être bien persuadé de la sincérité de mon compliment dans cette occasion.
J'ose me flatter que vous avez appris avec quelque satisfaction le succès de notre campagne et que l’on puisse croire que deux officiers qui vous sont aussi attachés que M. le marquis de Montcalm et moi y avons eu quelque part. Avec au plus trois mille hommes, il a pris le fort de Choagen, où les ennemis en avoient dix-huit cents avec beaucoup d'artillerie. Avec le même nombre que je n’ai pas toujours eu, jai mis hors d’insulte un fort à quatre bastions commencé le 15 octobre de l’année dernière ; je me suis fait respecter par les ennemis qui ont toujours eu six à sept mille hommes devant moi. Je m'’étois posté de façon
à bien défendre mon terrain à milord Loundon. J'ai toujours eu de très gros détachements sur eux, qui ont très bien réussi, avec des partis de sauvages, qui ont pénétré jusques dans l’intérieur de la Nouvelle-Angleterre, où ils ont fait beaucoup de prisonniers et de chevelures, ont porté l’effroi et la terreur parmi les habitants qui ont laissé perdre la plus grande partie de leur récolte. Tout cela les a si fort occupés, et je les ai observés de si près qu'ils n’ont pu rien entreprendre sur moi, ni envoyer du secours à Choagen.
M. le marquis de Montcalm qui est resté ici environ un mois et qui est parti hier pour Montréal, n’a rien changé à mes dispositions ; au contraire, il les a confirmées, ainsi que toutes mes manœuvres.
Malgré le succès de cette campagne où, s’il y a eu du bien joué, il y a eu aussi du bonheur, la paix est à désirer partout et surtout dans un pays où il y a des obstacles inconnus en Europe. 4
La saison commence à devenir rude. Je ferai commencer à défiler l’armée pour entrer dans ses quartiers à la fin de ce mois. Je ne partirai qu'avec la dernière division qui sera du 12 au 15 de novembre.
Vous connoissez les sentiments inséparables du nom que je porte ; je vous les ai voués, et à M. le comte de Gisors, et jy joins ceux du respect avec lesquels, etc.
A M. LE MARQUIS DE PAULMY
Le 9 octobre 1756,
Je me serois fait un devoir de vous écrire dans le courant de la campagne, si je n’avois su l’exactitude de M. le marquis de Montcalm à cet égard. Je ne veux cependant pas la terminer sans avoir l'honneur de me rappeler à celui de votre souvenir et vous demander vos bontés dans toutes ies occasions.
J'ai fait tous mes efforts pour me maintenir contre des forces très supérieures sur la frontière du lac Saint- Sacrement.. *
Postscriptum.—Comme j’ai plus de part que personne à l’heureuse expédition de M. de Montcalm sur la prise de Choagen, j'espère que, si on lui accorde des grâces, je ne serai point oublié. Quoique j'écrive à Monsieur votre oncle et que je ne lui demande rien, il est trop juste et trop équitable, s’il lui en fait donner, pour que j’en sois frustré. Il seroit désagréable pour moi qu’il en eut et que je n’en eusse point. Aussi j’espère tout de vos bontés pour moi dans cette occasion, etc.
* La suite de cette letire n'est que la répétition de la lettre précédente au maréchal de Belle-Isle.
À M. LE COMTE D’ARGENSON
Le 26 octobre 1756.
J'ai l'honneur de vous envoyer par la frégate l’Abénakise, qui est le dernier bâtiment qui partira cetteannée-ci pour la France, les duplicata des lettres que j'ai eu celui de vous écrire pendant tout le cours de la campagne, où je joins le croquis de la position de cette partie, qui, par les connoissances que j’en ai acquises, est un peu plus exact que le premier.
Vous trouverez aussi la disposition de l’ordre de marche et.de bataille que j’avois faite en cas d'attaque. M. le marquis de Montcalm n’y a apporté d’autres changements que celui de me remplacer au poste de la Chûte, où il auroit été à portée de faire passer ses ordres dans toutes les parties. Je devois me porter avec les régiments de Guyenne et de Béarn, qui sont campés à la Chute, au secours des trois camps avancés que nous avions sur le lac Saint-Sacrement.
Le régiment de Royal-Roussillon, la compagnie de grenadiers et un piquet du régiment de la Sarre avec quatre compagnies de la Marine devoient rester à la Chute avec M. le marquis de Montcalm. Les régiments de la Reine et de Languedoc, avec deux compagnies de la Marine, devoient marcher aux ordres de M. de Bourlamaque, qui devoit remplir l’objet dont M. de
+: 1 (nl