‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 1 sur 123 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

C'est ce vœu que l'on réalise aujourd'hui.

Young et Rigby se ressemblent tous deux par un côté essentiel : leur connaissance approfondie des questions agricoles; mais ils diffèrent totalement dans le résultat de leurs observations.

Le témoignage de Rigby est très favorable à l'état agricole de la France en 1789 et, contrebalançant celui d'Young, il devra désormais prendre une place honorable dans le dossier de l'histoire révolutionnaire.

Le docteur Edward Rigby naquit en 1747 à Ghawbent dans le Lancashire ; on connaît peu de choses de son père. Sa mère, douée d'une grande beauté dont le souvenir s'est perpétué dans la famille de Rigby, était née Sarah Taylor. Elle était fille du docteur Taylor, orientaliste distingué et compilateur de la Concordance hébraïque. Les Taylor étaient gens de science et d'esprit. Ils tenaient par les liens d'une étroite parenté à la famille Martineau, race profondément attachée à la religion protestante ; les Martineau avaient émigré en Angleterre après la révocation de l'Editde Nantes, emportant de l'autre côté du détroit de sourdes haines et d'invincibles rancunes contre la Monarchie qui les avait bannis de France.

Par sa mère, lo docteur Rigby était cousin germain du fameux navigateur polaire Parry. Il était également allié par elle à de notables familles de Norwich, ce qui le décida sans doute à venir étudier la médecine dans cette ville, après avoir fait ses premières études dans l'Ecole du docteur Priestley, l'ami de Voltaire et de Lavoisier.

Il y acquit de bonne heure par son intelligence et ses connaissances générales, aussi bien que pat

INTRODUCTION Vif

l'exercice de sa profession, une repu talion qui s'étendit bien au delà de sa province. Savant médecin, physiologiste distingué, à la fois naturaliste et économiste, il se distingua dans des branches diverses grâce à « son esprit particulièrement sain », qui, écrit Lady Eastlake, se sentait attiré par la plupart des sujets intellectuels et moraux. Apprécié comme magistrat municipal, fondateur de la Société médicale de bienfaisance de Norwich, prisé pour son amour des belles-lettres et son excellente connaissance de la langue française, il se signale mieux encore à l'attention de ses contemporains comme agronome.

Agronome, il le fut aussi bien par la pratique que par la théorie. Ami intime du philanthrope Coke de Nolkham, créé depuis comte de Leicester, qui lui donna l'amour de la terre, il exploita avec succès les trois cents acres de sa propriété de Framingham située à cinq milles de Norwich. « Un opuscule de mon père, écrit Lady Eastlake, intitulé Nolkham, décrit la solennité annuelle de la tonte des moutons, qui durait trois jours et qui réunissait six cents invités à un banquet. Il y expose les améliorations introduites dans l'agriculture par l'inlassable énergie et la philanthropie de M. Coke... Ce petit livre est peut-être l'un des rares souvenirs écrits avec un soin intelligent de ces fêtes généreuses. Un autre ouvrage intitulé « Framingham... » donne également en détail le résultat du nouveau système de culture sur une plus petite échelle. Je me rappelle fort bien la taille gigantesque de certains navets de Suède et choux-raves disposés sur la pelouse sous les yeux des amis, et surtout un certain chou monstrueux transporté à Norwich et sur lequel reposaient mes pieds lorsque j'étais

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