‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 110 sur 123 · LA HAYE · texte numérisé non relu

LA HAYE

Jeudi matin, 3 septembre, Amsterdam. — Levés à quatre heures et demie, nous allâmes au marché aux légumes : légumes et fruits très beaux.

11 y avait d'énormes groseilles blanches que des bateaux avaient apportées au marché. Nous étions à huit heures et demie à Haarlem, où nous eûmes le plaisir de voir la maison de M. Hope, Elle est bâtie sur une légère éminence, décorée du nom de colline. Pourquoi ne pas l'appeler une montagne ? Il a fallu quatre ans pour construire la maison. La galerie de tableaux est de toute beauté.

Je regrette d'avoir à parler si souvent de la friponnerie des Hollandais. Ils nous demandèrent vingt guldens pour quatre chevaux d'xVmsterdam à ce lieu-ci, ce qui fait presque deux livres, et néanmoins ils sont si lents qu'ils nous firent attendre plus de deux heures pour changer de chevaux. A trois heures nous étions près de Leyden.

Arrivée à la Haye à six heures du soir. A huit ou dix milles de cette ville, la route traverse un bois où sont plusieurs maisons solitaires et d'apparence mélancolique. Près de la Haye s'élève le palais du Stathouder. Cette cité est propre, mais, comme Amsterdam,

pleine de canaux à eau stagnante, réceptacles de matières animales et végétales, et source perpétuelle d'air inflammable qui remplit l'atmosphère ici et à Amsterdam assez pour ternir l'argent dont on se sert communément. Nous arrivâmes à temps pour aller à la comédie, petit théâtre très ordinaire et mal éclairé. Le prince d'Orange (1) et ses deux filles (2) étaient dans la loge d'avant-scène, son fils (3) et deux autres dames dans la loge voisine.

La Haye, 4 septembre. — Il n'y a que fourberie et tromperie dans ce pays. On nous fait payer plus de deux livres pour nous conduire d'ici à Rotterdam, qui n'est qu'à neuf milles. La Haye est très bien bâtie et renferme de bonnes maisons, des places et des promenades ; mais il n'y a de vie nulle part.

Delft, grande ville, propre et triste. Arrivée à Rotterdam à une heure et demie. C'est une très grande ville, la plus belle que nous ayons vue en Hollande. Il y a beaucoup de jolies

(1) Guillaume-Henri de Nassau, né en 1748, marié à Frédérique Sophie de Prusse.

(2) Dont lune, Wilhelmine-Fredericka, devint duchesse de Brunswick.

(3) Guillaume-Frédéric, né en 1772, roi des Pays-Bas le 16 mars 1815.

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maisons, mais la plupart penchent considérablement, par suite du tassement du sol où elles sont construites. Le port est rempli de vaisseaux, et l'eau de la Maas est propre et pure, bien différente de celle des canaux que nous avions vus.

5 septembre 1789. — Nous quittâmes Rotterdam de bonne heure, après quelques difficultés concernant la voiture ; nous franchîmes le Rhin deux fois en bateau, nous déjeunâmes dans une petite ville où l'aubergiste nous vola de façon si exorbitante que nous nous adressâmes à un magistrat pour obtenir justice, mais ce fut en vain. Nous fûmes volés et dupés encore par les postillons qui s'étaient engagés à nous conduire de Rotterdam à Helvœtsluys (1) en cinq heures, et quatre heures et demie s'étaient déjà écoulées que nous n'étions encore qu'à mi-chemin.

Nous ne fûmes pas mieux traités par les bateliers. La fraude et le mensonge sont certainement ici à l'ordre du jour.

Nous arrivâmes à Helvœtsluys à une heure et demie par de mauvais chemins et un triste

(1) Ou Hcllevœlsluis.

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pays, mais mieux cullivé. Le vent, qui est grand et contraire, nous obligea à y passer la nuit.

Mercredi matin, 9 septembre 1789. — A bord d'un bateau de pêche sur la côte de Suffolk. Nous quittâmes Helvœtsluys dimanche, 6 septembre, à trois heures trois quarts de l'aprèsmidi, sur le paquebot du capitaine Flynn. Un violent coup de vent s'éleva bientôt après avoir mis à la voile, et étant contraire, nous fûmes rudement secoués jusqu'à ce matin, quand nous découvrîmes la terre, et nous trouvâmes près de Southwold.

M. Morgan et moi, apercevant un bateau de pêche à destination de Yarmouth, nous le hélâmes, et, non sans quelque difficulté, nous montâmes à son bord, M. Boddington et M. Woodhouse restèrent sur le paquebot, dans l'espoir d'atteindre Harwich avant le soir. Nous touchâmes bientôt Yarmouth et débarquâmes sur la jetée, et nous fûmes vivement conduits à Norwich en chaise, sans avoir plus aucun motif de nous plaindre de maîtres de poste fourbes ou de mauvais postillons.

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