VALLÉE DU RHÔNE
fois son cours fait beaucoup de détours. Nous pûmes souvent nous croire au milieu d'un vaste lac, et je me souviens d'un endroit où il nous sembla qu'un cirque de montagnes nous entourait.
Les ruines de quelques constructions romaines et de nombreux châteaux gothiques existent encore sur les bords du fleuve ; beaucoup s'élèvent au sommet même des plus hauts rochers où, malgré leur situation exposée, ils ont défié les orages et les tempêtes de plusieurs siècles.
La vallée du Rhône, surtout dans son cours supérieur, est extrêmement peuplée : les villes, les villages et les fermes sont innombrables. Chaque parcelle du sol, et même les fissures des rochers que le temps a remplies d'un peu de terreau, sont cultivées avec le plus grand soin. La vigne semble prospérer là où aucune autre plante ne peut végéter; on dirait qu'il suffit qu'elle soit fixée ferme au rocher, et que l'air et le soleil lui fournissent tous les éléments nécessaires à sa végétation. Plus au sud les mûriers croissent en grande abondance, et près d'Avignon nous commençâmes à voir l'olivier.
Notre premier arrêt eut lieu dans l'antique cité de Vienne, qui renferme de nombreuses manufactures. Elle est aussi le siège d'un archevêché et la résidence de beaucoup d'ecclésiastiques. Nous descendîmes à terre pour visiter les antiquités romaines de la ville, et nous fûmes accompagnés par une femme qui n'y entendait absolument rien. Après avoir monté plusieurs rues étroites et sales à pente très raide, nous arrivâmes dans un lieu étrange, comme un appartement creusé dans le rocher, où un monsieur qui sortait d'une autre excavation du rocher nous demanda si nous étions Anglais. Il appela notre attention sur un monument érigé à la mémoire d'un jeune Anglais, mort il y a un an environ. Mais ce jeune homme ayant été inhumé dans une terre non consacrée et indigne, on avait obtenu la permission d'arranger cette place pour y déposer le corps des étrangers et de ceux qui avaient professé une religion étrangère, et les restes de son ami, notre compatriote, devaient précisément y être apportés. Le défunt était un docteur Stark ou le frère d'un docteur Stark, âgé seulement de vingt-quatre ans.
Ce monsieur insista beaucoup pour que nous assistions aux obsèques ; mais comme elles ne