LA MER DE GLACE
midi. C'était le jour de l'Assomption de la Sainte Vierge, où un service spécial devait être célébré et où devait avoir lieu une procession qu'il était de leur devoir de suivre. D'ailleurs nous allâmes avec eux à l'église, et nous fûmes très frappés de la simplicité et de la dévotion de cette paroisse rurale. Un seul prêtre accomplit l'office, un curé à la physionomie douce et honnête et dont les manières étaient à l'unisson avec celles de ses ouailles. Il montrait un air de sincère dévotion et de simplicité naïve et paraissait mieux qualifié pour faire honneur à sa religion que les prêtres plus imposants de France et d'Italie. Pendant le service, toutes les femmes et quelques hommes mirent un vêtement blanc, ressemblant un peu à la blouse des paysans du Norfolk, et chacun prit une bougie.
Je compris que ces personnes devaient être les principales dans la procession qui commença dans l'église, le prêtre en tête, suivi de près par les hommes portant différentes sortes de croix. La procession fit une fois le tour de l'église, puis les fidèles retournèrent à leurs places respectives, et le service continua encore pendant une demi-heure. Nos guides étaient prêts dès lors à nous accompagner aux
Boissons, et ce fut une promenade moins fatigante et plus agréable que celle de la veille. Ce glacier est beaucoup plus sauvage et plus pittoresque que celui vu hier. En descendant, nous remarquâmes des masses considérables de rochers qui avaient été précipitées du faîte de la montagne, dit M. Symond, notre guide, avec un bruit épouvantable et en détruisant un grand nombre d'arbres. Ces rochers, très beaux, sont tous en granit de différentes natures. Mon bon guide me fournit quelques renseignements statistiques. La" terre, de première qualité à Chamonix, se vend trente sous la toise carrée, trois cents toises formant un arpent. Elle se loue pour un an moyennant un grand écu et demi de France. Il dit qu'une terre de qualité exceptionnelle s'était louée jusqu'à vingt louis l'arpent. Les habitants paient un cens annuel aux chanoines de Saint- Jacques de Sallanches. Ils voudraient s'exonérer de cette charge, et les chanoines demandent à titre de rachat 58.000 livres françaises. Une souscription se fait dans ce but parmi le peuple, et mon guide a déjà payé quatre louis pour luimême et pour sa famille. La vallée est administrée par six conseillers et un syndic. M. Symond est conseiller ; dans deux ans il sera