EN SUISSE
A trois heures, nous étions sur nos montures, sauf deux de mes compagnons, qui, n'aimant pas l'allure bizarre de ces extraordinaires animaux, préférèrent marcher.
Quant à moi, sachant que la difficulté du chemin m'obligerait à faire un long trajet à pied, j'aimais mieux épargner mes jambes quand je le pouvais. Nous descendîmes d'abord, et comme le chemin était escarpé et rocailleux et, d'ailleurs, très peu fréquenté par les voyageurs, nous le trouvâmes vraiment affreux. Un instant je craignis même que ma monture ne vînt à buter et à m'envoyer la tête la première dans quelque précipice. Mais M. Symond, qui avait maintenant toute notre confiance, m'ayant assuré que ces animaux ne tombaient presque jamais, et comme luimême était en tête, j'avançai hardiment, encore que ce fût sur un chemin où l'on ne croirait pas qu'un animal à quatre pattes pût passer. Mais il est merveilleux de voir avec quelles précautions, quelle intelligence évidente, ces bêtes choisissent les endroits pour poser le pied. J'étais impatient de parvenir aussi près que possible du faîte de la montagne avant le lever du soleil, car j'ai souvent entendu dire que les sommets neigeux de ces
montagnes sont particulièrement beaux quand les premiers rayons les touchent, et je ne fus pas déçu. Le ciel était clair, et toute cette grande chaîne de montagnes qui est reliée au mont Blanc était distinctement visible au clair de lune. Peu à peu l'Orient s'éclaira, et au moment où, si nous avions été dans la plaine, nous aurions vu le soleil se lever, la cime même du mont Blanc commença à s'illuminer et à briller d'une belle couleur orange. A mesure que le soleil montait, la couleur devenait plus jaune et, en peu de temps, apparut le blanc parfait de la neige. Les sommets de tous les monts, dont quelques-uns se terminaient en pics pointus, resplendirent bientôt et formèrent contraste avec les sombres forêts recouvrant leurs flancs et les fertiles vallées s'étendant encore dans l'ombre à leurs pieds ; c'était un tableau extrêmement pittoresque. ... Nous nous trouvions à environ neuf milles de Chamonix et nous étions encore loin du sommet ; aussi continuâmes-nous à monter en passant à diverses reprises sur de la neige assez dure pour nous porter; et, un peu avant neuf heures, nous atteignîmes le point culminant de la montagne. Là s'élève une grosse pierre marquant la limite entre la Savoie et